
Défense - La colère noire de Juppé
Philippe Cohen-Grillet, le vendredi 25 juillet 2008 à 04:00
L’ancien Premier ministre « regrette » que François Fillon ne l’ait pas entendu, et fait feu sur la « technostructure militaire ».
Les grandes douleurs sont muettes, celle d’Alain Juppé est matinale. Dès 7 h 26, hier, le maire de Bordeaux annonçait sur son blog que l’école de santé des armées, une des fiertés de la ville depuis 1890, allait fermer ses portes pour fusionner avec son homologue lyonnaise. Juppé raconte en avoir été informé la veille au soir par un « coup de téléphone expéditif d’Hervé Morin, ministre de la Défense » en ces termes : « Je te confirme ce que tu sais déjà, Santé navale (NDLR, l’appellation traditionnelle de l’école qui forme les médecins militaires) quitte Bordeaux pour Lyon. » Ce méchant coup, certes symbolique, pour Bordeaux, est aussi une forme de mauvaise manière faite à Juppé, un bon soldat – voire un général – de la majorité, qui n’a pas démérité du parti (UMP). Le premier édile bordelais n’a en tout cas pas pu résister à l’assaut comme son prédécesseur. En 1982, Jacques Chaban-Delmas avait obtenu que les « Navalais » demeurent dans sa ville, alors que le Premier ministre de l’époque souhaitait déjà leur départ.
« Pas de compensation »
Hier, Juppé confiait sa « grande déception ». « J’avais pourtant saisi le Premier ministre de ce dossier, je me suis battu, ajoutait-il. Bordeaux avait de solides arguments pour conserver Santé navale, mais Matignon a finalement tranché pour Lyon. » Après cette charge contre François Fillon, Juppé a ouvert le feu sur la Défense, flinguée d’une phrase : « La technostructure militaire a fait son choix. » Fermez le ban. En ancien chef du gouvernement, Juppé dit « comprendre la nécessité de certains choix budgétaires ». Et le départ de l’école, qui appartient au « patrimoine historique » bordelais ne fera pas peser sur la ville un quelconque péril économique. D’ailleurs, Juppé souligne qu’aucune compensation ne lui a été offerte et qu’il n’en demandera pas. Il se contente, accessoirement, de rappeler que Bordeaux est candidate à l’accueil de l’Ecole des officiers de police, dont le déménagement pourrait être annoncé en septembre. Mais la « technostructure » policière et Matignon peuvent encore faire un autre choix.Edition France Soir du vendredi 25 juillet 2008 n°19858 page 4




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