Arnaud Montebourg aura-t-il encore eu le nez creux ? A quelques jours de l’université d’été de La Rochelle, le député de Saône-et-Loire recevait hier Pierre Moscovici, candidat qui monte au poste de premier secrétaire du PS, pour la traditionnelle Fête de la rose de Frangy-en-Bresse. Un rendez-vous « pique-nique politique », instauré en 1973 par Pierre Joxe, qui sonne désormais la rentrée socialiste, et est devenu un véritable rite d’intronisation des stars montantes du parti. En 2006, le rassemblement avait propulsé Ségolène Royal sur le devant de la scène avant sa désignation à la candidature présidentielle. L’an passé, pour montrer que la rénovation serait collective, était convié le contre-gouvernement des députés socialistes à l’Assemblée (Aurélie Filippetti, Gaëtan Gorce, Philippe Martin, Sandrine Mazetier et Manuel Valls). Après la gazelle et les jeunes lions, place à l’éléphanteau.
« Aujourd’hui, à Frangy, je vous appelle à poser la première pierre du Parti socialiste nouveau », a lancé Pierre Moscovici en conclusion d’un discours victime de quelques coupures de micro. « On a des problèmes de courant au Parti socialiste », a résumé son hôte. Très axé sur les questions internationales, l’ancien ministre chargé des Affaires européennes du gouvernement Jospin a également fait feu sur la politique gouvernementale en matière de pouvoir d’achat, d’éducation, de libertés publiques. Reste, pour « proposer une alternative crédible au sarkozysme », à souder les courants du PS en vue du congrès de Reims.
Les « M & M’s » du PS
« Si on se loupe au congrès, on est mort. On ne survivra pas à une quatrième défaite à la présidentielle. Pour éviter ça, nous avons besoin de nouvelles têtes qui se mettent au boulot », explique Pierre Moscovici. Pour y parvenir, il propose de contourner la guerre des chefs en repoussant au premier semestre 2011 le choix du candidat à l’élection présidentielle, qui serait désigné par des primaires ouvertes au reste de la gauche. C’est la particularité de sa contribution « Besoin de gauche », déposée en juin et signée par Arnaud Montebourg. Les « M & M’s », comme on les appelle au PS, se sont depuis « rapprochés » de Martine Aubry et Marylise Lebranchu. Ils ont également su séduire les grands élus locaux signataires de la contribution « La ligne claire », des ténors des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guerini ou Patrick Menucci au maire de Lyon Gérard Collomb, qui n’avaient cependant pas fait le déplacement. Côté société civile, on a également vu le journaliste sportif Charles Biétry venir soutenir celui en qui il voit « un meneur d’hommes ».
Reste à trancher la question du leadership. Pour les tenants du ni Ségolène Royal ni Bertrand Delanoë, le choix du premier secrétaire se fera donc entre Pierre Moscovici et Martine Aubry. La maire de Lille compte dans ses soutiens des proches de Bertrand Delanoë ou de Laurent Fabius. Elle a également rencontré, il y a quelques jours, Dominique Strauss-Kahn à Marrakech. Une rencontre qui n’inquiète pas outre mesure Pierre Moscovici, ancien poulain de l’actuel président du FMI. « Contrairement à certains qui jouent les ventriloques ou entendent des voix, moi je sais ce qu’il pense », souffle-t-il. Longtemps dans l’ombre de son mentor, le discret et timide éléphanteau souffre encore d’un déficit de notoriété. Mais s’il parvenait à s’imposer, le poste de premier secrétaire ne lui permettrait-il pas d’affûter ses défenses pour se transformer en présidentiable comme les autres ? « Je ne serai pas candidat en 2012, quoi qu’il arrive. Je compte prendre cet engagement tellement fort que je serai immunisé contre toute tentation de revenir sur ma parole », assure-t-il.


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