
Quand Sarko fait de son mieux
Gérard Carreyrou, le mercredi 1 octobre 2008 à 04:00
Ce préambule pour dire que je ne partage pas la critique acerbe de notre ami Roland Dumas à l’égard de la gestion par le président de la République de la crise financière mondiale. Homme de droite réformateur et intelligent comme l’a qualifié un ancien Premier ministre de gauche, Nicolas Sarkozy s’emploie sans relâche depuis quelques jours à rassurer et à protéger au mieux les Français des suites d’une crise dramatique aux conséquences douloureuses. A New York, à Toulon ou à l’Elysée, il tient le même langage de fermeté d’un chef d’Etat dans une passe difficile pour son pays. Prend-il l’engagement de protéger l’épargne jusqu’au dernier euro déposé dans les banques que l’on ironise sur ce Sarko de gauche étatiste et colbertiste.
Préférerait-on qu’il dise, lui aussi, qu’il ne peut rien faire et qu’il faut laisser faire face aux dérèglements du capitalisme financier ? Son Premier ministre François Fillon en appelle-t-il à l’union nationale face à la crise, et l’on se gausse de cet appel à la solidarité des Français dans l’épreuve. Préférerait-on que le gouvernement préconise l’égoïsme et la débrouille individuelle plutôt que la discipline collective ?
Nicolas Sarkozy, élu depuis quinze mois, n’est pas responsable de la crise actuelle provoquée en grande partie par « l’immoralité globale de la profession bancaire d’abord américaine puis mondiale » (Michel Rocard). Il est notoire que depuis une dizaine d’années la finance internationale ressemble à un jeu de casino où les spéculateurs s’en mettent plein les poches à coups de bonus, de parachutes dorés et autres retraites chapeaux.
L’économie virtuelle avait de plus en plus tendance à se substituer à l’économie réelle reposant sur des entreprises, des produits et des savoir-faire. La crise des subprimes américaine a commencé il y a quatorze mois, elle aurait dû servir d’alerte mondiale et les banquiers auraient dû sonner le tocsin au lieu de continuer à s’occuper de la gestion de leurs privilèges, tandis que les gouvernements faisaient preuve d’autisme collectif en attendant le déluge.
Nicolas Sarkozy n’est pas responsable, mais il serait coupable de ne pas intervenir pour mettre en place, avec les dents s’il le faut, des mécanismes de régulation comme le fit le président Roosevelt en Amérique après le krach de 1929.
Deux premières mesures seraient à la fois symboliques et nécessaires
1. La fin des parachutes dorés et autres prébendes par l’imposition massive voire confiscatoire des millions d’euros en question. C’est aussi une affaire de morale.
2. La mise en place à l’échelle européenne d’un véritable plan de rachat des « créances toxiques ou pourries », comme s’efforcent de le faire les Américains. Sous l’égide de la Banque centrale européenne, une réponse transnationale deviendrait possible. Nicolas Sarkozy, en tant que président en exercice de l’Europe, pourrait en être l’inspirateur et l’artisan.
Edition France Soir du mercredi 1 octobre 2008 n°19916 page 4















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