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Nicolas, pardonnez nos offenses
A peine dix-huit mois après son élection, Sarkozy a déjà battu un record par l’intermédiaire de son avocat : il a porté plainte sept fois, la plupart du temps pour offense au chef de l’Etat.

Si j’ai bonne mémoire, la première contradiction présidentielle portait sur une publicité pour les beaux voyages très chers qu’offrait une agence en tentant d’attirer le client par la photo d’un homme et d’une femme visiblement ravis de se trouver à l’autre bout du monde dans un hôtel de luxe ; l’ennui, c’est que le couple n’était autre que celui formé par Carla et Nicolas. Et puis il y a eu l’affaire de la pancarte où un chômeur avait inscrit « Casse-toi pauv’con ! » sur le passage du chef de l’Etat. Dans sa grande mansuétude, la justice a accordé le sursis au contrevenant, le condamnant à 30 euros d’amende auxquels s’ajoutent 90 euros de droit de procédure, réduits à 75 euros s’ils sont réglés dans le mois qui suit la condamnation. Le pauvre chômeur aurait bien voulu savoir pourquoi Sarko n’a pas été condamné quand il a donné le même conseil au visiteur du Salon de l’agriculture qui refusait de lui serrer la main ; mais il n’avait pas les moyens de se payer un avocat et a pensé, à juste titre, que ça lui coûterait moins cher de se payer la tête du président de la République.

Dieu merci, on s’en sort mieux quand on pratique avec humour ce qui peut paraître se rapporter à l’offense au chef de l’Etat, sinon le théâtre où j’ai la joie d’officier tous les soirs avec, notamment, mon vieux complice Jean Amadou serait fermé depuis longtemps.

Le sujet qui nous intéresse me conduit à vous raconter une histoire vraie : au début des années 50, le fameux Pierre Dac se produisait dans un cabaret où il affirmait : « Le président de la République Vincent Auriol à une tête à faire tourner une mayonnaise. » Figurez-vous que le préfet de police convoque les trois compères qui se succédaient sur la même scène, soit Pierre Dac, Jean Rigaux et Francis Blanche, excusez du peu ! Le préfet les accueille et demande à Pierre Dac de bien vouloir retirer la phrase de son tour de scène. Le temps de revenir de sa surprise, l’auteur de cette autre affirmation fameuse : « Il vaut mieux s’enfoncer dans la nuit qu’un clou dans la fesse », répond au préfet : « D’accord, à une condition, j’irai voir le président demain, j’aurai un pot de mayonnaise à la main, si la mayonnaise ne tourne pas je retirerai ma phrase ! » Bien entendu l’affaire en est restée là mais que Sarko se méfie car un jour un citoyen pourrait bien dire de lui qu’il n’est pas drôle et se présenter à l’Elysée en disant au Président : « Si vous me faites rire, je retire ma phrase. » Et le chef de l’Etat ne pourra pas lui dire : « Casse-toi pauv’con ! », car le citoyen en question pourra se permettre de rétorquer : « Celle-là, je la connais déjà, vous pourriez vous renouveler un peu. »

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