Après avoir commenté le récent remaniement, Bernard Debré, élu UMP et, de son propre aveu, « fier de l’être », dénonce « l’absurdité » de certaines attitudes du PS, mais aussi le comportement, à ses yeux, choquant de quelques « ex-membres » du gouvernement…
FRANCE-SOIR. Quel est votre sentiment au sujet du gouvernement Fillon V ?
BERNARD DEBRÉ. Une remarque d’emblée au sujet du récent remaniement qui, à mon sens, a été une mesure tout à fait normale et heureuse. Nicolas Sarkozy l’avait annoncé en diverses circonstances. Et il m’en avait parlé à plusieurs reprises, lors de conversations en tête à tête, avant son élection à la présidence. Le chef de l’Etat voyait notamment dans ce remaniement une bonne occasion de former des jeunes à l’exercice du pouvoir.
L’entrée de Frédéric Mitterrand au gouvernement n’en a pas moins fait sensation…
C’est vrai. Mais franchement, y avait-il lieu de s’en émouvoir ? Il ne s’agissait pas d’un quelconque débauchage. Frédéric Mitterrand avait appelé à voter pour Jacques Chirac. Outre les sérieux états de service dont il pouvait se prévaloir, il était en poste à la Villa Médicis… Son seul problème finalement, c’était son nom : Mitterrand. Il se serait appelé Dupont et aurait été à la Villa Médicis que l’on aurait trouvé la nomination bien normale. Quand on s’appelle Debré, on est, je crois, assez bien placé pour prendre la mesure de ce type de difficulté…
Les autres nominations vous ont-elles inspiré des commentaires ?
En règle générale, fort peu. J’ai simplement perçu de manière positive l’arrivée de Michèle Alliot-Marie Place Vendôme. En revanche, ce que je regrette, c’est que les « partants », membres de l’ancienne équipe gouvernementale, aient eu le mauvais goût de se plaindre. J’ai été très frappé, et même choqué, par leur attitude. Franchement, ils ne sont pas propriétaires de leur poste ! Un fauteuil ministériel n’est tout de même pas un siège à vie ! Bon, je sais bien qu’ici ou là, on invoque les formes qui n’auraient pas été respectées. Mais entre nous, ce n’est pas nouveau : il en a toujours été ainsi. De tout temps. Pour ma part, un coup de fil d’Edouard Balladur a suffi pour me nommer ministre. Et par la suite, il n’a fallu que deux temps trois mouvements, si je puis dire, pour que mes fonctions cessent après l’élection de Jacques Chirac.
D’une manière générale, comment jugez-vous la politique gouvernementale ?
Elle me fait chaud au cœur car elle me paraît courageuse. Ce n’est pas un mince mérite dans le contexte que nous connaissons. Comme de nombreux Français, je suis inquiet au sujet de l’évolution de la situation économique et surtout des dettes qui se creusent… Au train où vont les choses, elles vont représenter 100 % du PIB ! Nicolas Sarkozy fait donc preuve d’un réel courage. Il prend les problèmes à bras-le-corps. Au risque d’être mal compris, il n’hésite pas à distinguer la mauvaise dette qui disparaîtra après la crise et la « bonne », celle de l’investissement, pour les générations à venir… Cette idée de l’emprunt national, il fallait la lancer.
Je m’étonne d’ailleurs que la gauche lui soit maintenant hostile. Au point de se discréditer complètement par l’absurdité de son attitude. Seul Jean-François Kahn a eu le bon réflexe de reconnaître qu’après avoir appelé cet emprunt de ses vœux, la gauche était particulièrement malvenue de venir se plaindre…
Vous-même, vous n’avez aucune critique à formuler…
Plus d’une, forcément ! S’agissant des lois au sujet d’Hadopi ou de l’ouverture des magasins le dimanche, je me demande vraiment s’il était judicieux de passer par la voie législative. Je veux bien qu’il soit légitime de lutter contre le piratage ou de favoriser la consommation dominicale des touristes étrangers. Mais au lieu de provoquer en permanence des débats un peu oiseux à l’Assemblée nationale, on aurait pu, me semble-t-il, en ce qui concerne l’ouverture dominicale des commerces, procéder par arrêté préfectoral. Enfin, s’agissant de la loi sur la santé, je prends acte qu’elle a été votée. Mais là encore, je ne suis pas sûr du tout qu’elle va métamorphoser nos hôpitaux. Je crois qu’il aurait fallu favoriser le regroupement des structures hospitalières, supprimer les petits centres de soins, et surtout refuser de faire croire à nos concitoyens que tous les plateaux techniques peuvent être à la hauteur ou que les médecins doivent être cloués au pilori ! En fait, cette énième loi sur la santé – la dixième peut-être – n’est qu’un texte bavard et guère courageux. Il va falloir nous en accommoder, en essayant, autant que faire se peut, de le transformer au mieux des intérêts de tous.



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