Politiques

Les Européens déçus par leur nouveau président

Christine Ollivier, le samedi 21 novembre 2009 à 04:00

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Une Europe qui « atteint le fond », un président « fade », une « caricature » : la nomination du Belge Herman Van Rompuy à la tête du Conseil européen a déclenché vendredi un flot de critiques.

« Quel numéro de téléphone pour appeler l’Europe ? », avait lancé dans les années 1970 le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger. Apparemment, la réponse n’est guère plus évidente après la désignation par les 27 du Belge Herman Van Rompuy comme président du Conseil européen.

A la question de savoir qui Barack Obama devrait appeler en cas de besoin, les principaux dirigeants européens ont répondu jeudi soir… par un long silence embarrassé. « J’attends avec impatience le premier coup de fil », a fini par lancer le Premier ministre belge en souriant.

La désignation à la tête de l’UE de deux parfaits inconnus pour la population européenne a été accueillie avec consternation hier par une bonne partie de la presse européenne et de la classe politique française.

« L’Europe a atteint le fond », en nommant « un président du Conseil fade et une haute représentante insignifiante », a tonné le chef de file des députés écologistes européens, Daniel Cohn-Bendit. Déçu également, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, qui attendait un « George Washington européen ».

« Vous risquez d’avoir une sacrée surprise »

Avec Herman Van Rompuy, flanqué de la Britannique Catherine Ashton au poste de haut représentant pour les Affaires étrangères, « Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou Gordon Brown vont pouvoir continuer à donner le ton en Europe », résumait un haut fonctionnaire européen.

Le Premier ministre belge « a été choisi pour ne faire d’ombre à personne », a acccusé le président du Modem, François Bayrou.

« Quant à l’idée de confier la diplomatie de l’Europe à l’Angleterre, c’est-à-dire à un pays qui ne veut de diplomatie européenne en aucun cas, là on est dans la caricature », s’est indigné l’ancien Premier ministre (PS) Michel Rocard.

Herman Van Rompuy a cependant demandé à être jugé aux « résultats ». « Ce n’est pas du tout un choix par défaut », a aussi protesté Nicolas Sarkozy jeudi soir. Et « si le reproche que l’on peut lui faire est d’être peu déterminé et trop souple, vous risquez d’avoir une sacrée surprise », a assuré le président français.

La France, il est vrai, a des raisons d’être satisfaite du sommet de Bruxelles, avec la nomination au poste de secrétaire général du Conseil européen du Français Pierre de Boissieu, ce qui assure ainsi une présence tricolore au cœur du dispositif administratif de l’Union. Et un autre Français, Michel Barnier, est désormais pratiquement assuré d’obtenir le poste stratégique de commissaire chargé du Marché intérieur.

 


Catherine Ashton, une baronne à la tête de la diplomatie européenne


Quasi inconnue dans son propre pays, raillée pour son manque d’expérience internationale, la Britannique Catherine Ashton, nouveau visage de la diplomatie européenne, a promis hier de prouver qu’elle était « la meilleure » pour ce poste. « Jugez-moi sur ce que je ferai », a lancé la baronne « Cathy » Ashton of Upholland, 53 ans.

Celle qui dirigeait les services de santé d’un comté anglais il y a dix ans encore, avant d’occuper plusieurs secrétariats d’Etat, va s’attaquer dans quelques jours à des dossiers aussi brûlants que le nucléaire iranien ou l’Afghanistan.

En 2007, elle avait été nommée Leader (présidente) de la Chambre des lords britannique par Gordon Brown. Déjà certains observateurs avaient haussé les sourcils sur le mode : « Qui est-elle ? »

A ce poste, elle avait activement œuvré pour la ratification du traité de Lisbonne. Un an plus tard, elle était envoyée à Bruxelles, afin de succéder à Peter Mandelson au poste de commissaire européen au Commerce.

 

Edition France Soir du samedi 21 novembre 2009 page 4

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