Un AVC (accident vasculaire cérébral) toutes les douze secondes dans le monde. C’est beaucoup. C’est trop. Parmi les personnes atteintes, 20 % souffrent de fibrillation auriculaire, le trouble cardiaque le plus fréquent. Trois millions de victimes par an, dont la moitié meurt dans les mois qui suivent. En France, plus de 800.000 personnes sont atteintes de cette arythmie, caractérisée par une accélération des contractions de l’oreillette, qui multiplie par 5 le risque d’AVC. Et «
le nombre de patients devrait doubler d’ici trente ans, avec le vieillissement de la population », alerte le Pr Claus W Wallesch, chef de service cardiologie à la BDH clinic d’Elzach (Allemagne). Il rappelle que « si la fibrillation auriculaire touche 0,1 % de la population générale, elle concerne 3,8 % des plus de 60 ans et 9 % des plus de 80 ans. » Il est urgent de prévenir, à défaut de ne pouvoir guérir totalement.
Or un nouvel espoir s’ouvre depuis la publication, lundi dernier, de nouvelles directives de la Société européenne de cardiologie (European society of cardiology, ESC), lors de son congrès annuel à Stockholm : la prochaine mise sur le marché (en 2011) d’un anticoagulant oral nouvelle génération, le Dabigatran, issu de la recherche Boeringer Ingelheim, destiné à lutter contre la formation des caillots responsables de 80 % des AVC liés à la fibrillation auriculaire.
Jusqu’ici, les patients à faible risque se voient prescrire, préventivement, de l’aspirine, connue pour ses propriétés fluidifiantes ; ceux plus exposés suivent le traitement de référence actuel par anti-vitamine K : la Warfarine, efficace mais… compliqué. Un de ces traitements qui font le cauchemar des malades comme des médecins. D’abord, son efficacité varie en fonction des sujets ; ensuite, chez un même malade, elle fluctue en fonction de multiples interactions médicamenteuses ou même alimentaires. En clair, les brocolis, le pamplemousse, la laitue, la mangue ou même le café, peuvent réduire son action ! Pire, la Warfarine peut vous faire tomber de Charybde en Scylla et, à force de limiter le risque de caillot, augmenter celui… d’hémorragie. Un comble. Seul moyen de lui garder efficacité et sécurité : des contrôles mensuels et des règles de vie drastiques. Résultat ? «
50 % des patients ne peuvent recevoir de la Warfarine à cause de traitements pour d’autres pathologies, et parmi ceux qui en prennent, la moitié sortent du champ thérapeutique, trop étroit », déplore le professeur Ariel Cohen, chef de service cardiologie à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Conséquence, les AVK seraient responsables de 12,3 % des hospitalisations pour accident thérapeutique en France.
De son côté, le Dabigatran offre une anticoagulation efficace, prévisible et constante, ne nécessitant aucune surveillance particulière. L’étude RE-LY, présentée en 2009 au congrès de l’ESC à Barcelone, réalisée sur 18.000 patients dans 44 pays, compare Warfarine bien contrôlée et dabigatran et démontre une réduction significative du risque d’AVC avec le Dabigatran. Déjà autorisé dans 75 pays pour prévenir la formation de caillots sanguins chez les patients opérés pour des prothèses de hanche ou de genou, ce médicament devrait d’ici quelques mois apporter un nouvel espoir aux 800.000 Français atteints de fibrillation auriculaire.
Par
De notre envoyée spéciale à Stockholm, Marie Marvier