Pour des raisons obscures voire artificielles, Michael Jackson et Prince ont souvent été mis en concurrence dans les années 80, qu’ils ont dominées de la tête et des épaules artistiquement ou commercialement. En 2010, le bilan est simple : le premier est mort l’année dernière avant même de donner le premier d’une série de concerts événementiels à Londres, quant au deuxième, il va mieux, merci. Telle une étoile filante échappée d’un ciel jadis glorieux, Prince continue de scintiller, loin de cette période éprouvante et schizophrénique où on ne savait plus comment l’appeler. The artist formerly known as Prince ? Symbol ? The Purple One ? Lui-même avait l’air assez perdu. Maintenant qu’il a la tête davantage au clair, le petit génie de Minneapolis affiche à nouveau une créativité rafraîchissante, illustrée jusque dans le moyen de diffusion de son nouvel album,
20 ten, qui sera distribué le 22 juillet dans tous les kiosques avec l’hebdomadaire
Courrier international (3 € 50). Si c’est pas du contre-pied, ça… Cette démarche est d’ailleurs appliquée dans quatre autres pays européens avec d’autres supports presse. A quand le prochain Madonna avec
France-Soir ? Autre preuve de son esprit bouillonnant, les concerts-surprises qui jaillissent parfois au hasard du calendrier. On se souvient de ces deux shows donnés à Paris le 11 octobre dernier au Grand Palais et annoncés au dernier moment.
20 ten réserve lui aussi une belle surprise et révèle un Prince en grande forme et au goût sûr. Un album qui renoue avec ses meilleures productions sans en atteindre toutefois les sommets créatifs.
Groove et pure guimauve
Points forts du Prince version 2010 : une simplicité et une immédiateté payantes. Ici, pas de chemin tortueux ou de compositions surchargées par une production clinquante, mais des morceaux ciselés au scalpel qui tranchent avec le tout-venant. Soit des grooves entêtants et élégants :
Sticky Like Glue ou
Beginning Endlessy et son habile motif de synthé. Prince y fait preuve d’une belle souplesse dans la composition. Tel un aristochat de la soul et du funk, il retombe toujours sur ses pattes et ses tempos. On trouve aussi de bien agréables chansons guimauve à l’image de Future Soul Song. Des balades-canapé dont l’auditeur devenu tout mou a toutes les peines à émerger.
Walk In Sand offre même une torpeur assez délicieuse. Un vrai album d’été qui sent bon l’ambre solaire et qu’on a de moins en moins envie de lâcher au fil des écoutes. On peut encore souligner le morceau caché, un principe un peu daté, que tout le monde a trouvé sans chercher : le convaincant
#77 (Laydown), un genre de hip-hop mâtiné de guitares électriques appuyées. Jamais on ne sent le travail et l’effort, tout coule de source, parfois même un peu trop facilement (
Act of God, plutôt inoffensif), mais le génie de Prince, c’est aussi de savoir transcender des morceaux qui auraient sonné sans saveur chez les autres :
Lavaux ou plus net encore,
Everybody Loves Me, sauvé assez miraculeusement de la niaiserie pop. Après un concert élégant donné à Arras le 9 juillet dernier, le nain pourpre sera à Nice le 25 juillet, et
20 ten sautillant et chaloupé, arrive à point nommé. Oui, Prince en a encore sous le capot de sa Corvette.