Alexandre H. a 24 ans. Lui a commencé à fumer du haschich à 14 ans, « en soirée, après les cours, avec les copains, pour se marrer et passer le temps », nous confie-t-il. Depuis, sa consommation n’a cessé d’augmenter, passant d’un joint occasionnel fumé en réunion, à une quinzaine de joints par jour, fumés seul. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de « se marrer et de passer le temps », mais d’assouvir un besoin. « C’est devenu un réflexe. Je roule mes joints, je fume, sans réfléchir. Ça ne me fait plus autant d’effets qu’avant, mon corps s’est habitué. J’achète mon shit (cannabis) auprès de la même personne depuis plusieurs années. Arrêter, oui, j’y ai déjà pensé. Je tiens quelques jours… Après, je craque, c’est tellement plus simple de céder. » Incapable de se concentrer plusieurs heures d’affilée, Alexandre a arrêté ses études après avoir commencé une année d’université, en médecine... Aujourd’hui, il fait de la manutention pour un grand magasin parisien, « un boulot crevant mais temporaire », espère-t-il.
« La pilule de l’arrêt cardiaque »
Comme lui, ils seraient près de 4 millions en France à consommer régulièrement des drogues. C’est pour eux, et plus particulièrement pour les jeunes, que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) ont lancé lundi une campagne d’information intitulée « Drogues : ne fermons pas les yeux », qui se déclinera à la télévision, la radio et sur Internet, jusqu’à la fin du mois d’octobre. Elle met en regard des situations qui banalisent l’usage de drogue (scènes de convivialité, unes de magazine…), avec des situations dramatiques (accidents, précarité…).
On peut par exemple y voir un « dealer » hilare renommer « pilule de l’arrêt cardiaque » l’ecstasy, connue comme « la pilule du bonheur » dans le monde de la drogue. En novembre, une campagne judiciaire sur les risques encourus prendra le relais. « Il s’agit de sensibiliser chacun aux effets physiques et neuropsychiques des produits stupéfiants. En France, on consomme plus de drogues qu’auparavant, plus souvent et plus jeune », a expliqué lundi la ministre Roselyne Bachelot, rappelant que la dernière campagne datait de 2005. « Si on m’avait vraiment montré ce que je deviendrais dix ans plus tard à cause du shit, à savoir une “loque” », j’aurais peut-être arrêté à temps », reconnaît Alexandre, interrogé sur l’utilité d’une telle campagne.
La consommation de cannabis a certes baissé depuis 2003, mais reste une des plus élevées d’Europe. Ainsi, 40 % des jeunes de 17 ans déclarent en avoir fumé au moins une fois dans leur vie, tandis que d’autres drogues, plus dangereuses, se démocratisent et sortent des cercles d’initiés, comme la cocaïne ou les produits de synthèse accessibles aisément par Internet, à l’instar du « spice ». Pour exemple, le prix du gramme de cocaïne, stable depuis cinq ans, a été divisé par deux par rapport au début des années 1990, et peut coûter entre 40 et 60 euros. Stable depuis 2006, le prix du gramme d’héroïne, lui, est passé en dix ans de 70 à 40 euros.
Plus d’informations sur www.drogues.gouv.fr ou au 0.800.23.13.13 (appel gratuit depuis un poste fixe) ou 01.70.23.13.13 (coût d’un appel ordinaire depuis un téléphone mobile).



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