Quand l'ennui est une maltraitance: premier cas de "bore-out" au travail devant les prud'hommes

Quand l'ennui est une maltraitance: premier cas de "bore-out" au travail devant les prud'hommes

Publié le :

Lundi 02 Mai 2016 - 12:43

Mise à jour :

Lundi 02 Mai 2016 - 12:44
Le procès d'un cas de "bore-out", ou "placardisation" comme on disait autrefois, s'ouvre ce lundi devant les prud'hommes de Paris. Le plaignant dit avoir fait une grave dépression après avoir été intentionnellement ostracisé, ce que l'entreprise nie.
©Your Stress Coach/Flickr
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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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L'ennui peut faire autant de ravages que le surmenage. Un cas d'épuisement professionnel par "placardisation", désigné par "bore-out" dans sa nouvelle terminologie, sera examiné ce lundi 2 par le conseil de prud'hommes de Paris.

Au cœur de l'affaire, un homme, Frédéric Desnard, 44 ans, licencié fin septembre 2014, après un arrêt maladie de sept mois, par l'entreprise de luxe française Interparfums, spécialisée dans la licence de parfums prestigieux, où il a travaillé pendant huit ans.

M. Desnard a décrit à l'AFP sa "mise au placard" comme une "descente aux enfers insidieuse, un cauchemar", à l'origine, selon lui, de ses "graves problèmes de santé: épilepsie, ulcère, troubles du sommeil, grave dépression". Cette "placardisation" est survenue, selon lui, à la "suite à la perte d'un gros contrat pour l'entreprise et d'une restructuration à venir".

Responsable des services généraux où il s'occupait à la fois des tâches logistiques et administratives, il explique avoir été brusquement ostracisé, perdant toutes ses attributions, n'ayant "plus aucune tâche" à exécuter, ses "amis" devenant "ses ennemis", "chacun ne pensant plus qu'à sauver son poste". "J'ai déprimé, j'avais honte d'être payé à ne rien faire. Je suis épileptique et j'ai eu un accident de voiture dû à cette épilepsie, puis une grave dépression. Le plus terrible, c'est la négation de cette souffrance", ajoute-t-il.

Pour son avocat, Montasser Charni, "M. Desnard a clairement été victime d'une mise à l'écart intentionnelle de la part de son ex-employeur qui a atteint son objectif: le licencier sans avoir à lui payer d'indemnités et notamment d'indemnité compensatrice de préavis". Outre le paiement du préavis, Me Charni réclame des dommages intérêts à hauteur de 150.000 euros.

L'avocat d'Interparfums, Jean-Philippe Benissan, dit rejeter l'ensemble des accusations du plaignant, dont il entend pointer les "incohérences" et "l'absence de preuves". Il relève que M. Desnard a été condamné en décembre 2015 pour "diffamation", le tribunal évoquant une "animosité personnelle de sa part envers la société" Interparfums, "dont les effectifs sont restés quasiment stables" à la suite de la perte de contrat à laquelle se réfère M. Desnard et pour laquelle elle a touché un dédommagement de "181 millions d'euros".

L'avocat s'étonne que le plaignant ne se soit "jamais manifesté, ni par courriel, ni par courrier auprès de l'entreprise pour faire part de son mal-être". Selon lui, il aurait même "changé d'argumentaire au fil du temps, parlant d'abord de +burn-out+, épuisement professionnel par suractivité, puis à partir de 2015 seulement, de +bore-out+".

Si le "burn-out", comme le "bore-out", ne sont pas reconnus en France dans leur nouvelle terminologie comme maladies professionnelles, les faits qu'ils désignent l'ont été plusieurs fois, selon Sylvain Niel, avocat spécialiste du droit du travail: "il existe 244 arrêts de la chambre sociale de la cour de Cassation portant sur des faits de mise au placard ou de déshérence professionnelle intentionnelles, considérés comme harcèlement moral".

 

"J'ai déprimé, j'avais honte d'être payé à ne rien faire", dit le plaignant, Frédéric Desnard, 44 ans.


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