La destruction de la nature est-elle responsable de Covid-19?

La destruction de la nature est-elle responsable de Covid-19?

Publié le 04/05/2020 à 09:20 - Mise à jour le 05/05/2020 à 07:05
Edvin Karlsson / Unsplash
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Auteur(s): FranceSoir

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Pendant le confinement, la nature a repris possession des espaces laissés vides par l’homme: mi-avril, deux cerfs ont été aperçus en pleine ville par les habitants de Boissy-Saint-Léger, dans le Val-de-Marne. À Marseille, deux rorquals ont été vus près des calanques. Ces images font penser que la nature avait été chassée, et reprend sa place. L’humain détruit la nature pour construire des villes et prendre possession de zones toujours plus reculées. Cette destruction de la biodiversité en faisant tomber les barrières naturelles, nous expose-t-elle  à des virus dangereux comme le covid-19?

La destruction de la nature favorise la propagation des virus 

La construction de routes, l'exploitation minière, la chasse et l'exploitation forestière détruisent les habitats de nombreuses espèces d'animaux et de plantes. La modification destructive des écosystèmes, permet et incite les virus à s’échapper de leurs territoires naturels.  Ils circulent dans de nouveaux environnements pour se développer, notamment chez les humains.
L’humain, en colonisant les territoires sauvages, comme les forêts denses, est de plus en plus souvent en contact avec les espèces sauvages et donc plus exposé à leurs pathologies. La communauté scientifique étudie donc l’hypothèse qui lie environnement et santé et une série de spécialistes font le lien entre altération de la biodiversité et propagation des maladies. Kate Jones, présidente du laboratoire de recherche en écologie et biodiversité à UCL, explique: les habitats dégradés sont susceptibles de transporter plus de virus qui peuvent infecter les humains.

Le changement climatique a aussi un effet sur la propagation du virus.
Climat et pandémie sont aussi étroitement liés . Les grippes et les virus que nous attrapons sont saisonniers.  Cependant, avec le changement climatique, les saisons se confondent les unes avec les autres modifiant les conditions de propagation des virus. La saison propice à la grippe se prolonge quasiment toute l’année, comme c’est déjà le cas sous les tropiques. Cette prolongation permet aux virus de muter en souches plus dangereuses.

Le changement climatique peut, à cause de l’expansion des insectes vecteurs de maladies et de la libération des bactéries et virus inconnus ou oubliés (comme lors du déglacement des arctiques), stimuler les pandémies et autres menaces sur la santé.

Que faire pour stopper cette tendance ?
Selon Brian Bird, chercheur en virologie à l'Université de Californie,

"Les risques ont augmenté ces dernières années ...Les maladies peuvent voyager plus loin et plus rapidement qu'auparavant et cela nécessite qu’on soit plus rapides dans nos réponses ».

Les premières pistes pour endiguer ces tendances sont avant tout l'éducation et la sensibilisation. Il est essentiel de transmettre les consignes de sécurités sur les agents pathogènes et les maladies, aux chasseurs, aux bûcherons, aux commerçants sur les marchés et aux consommateurs, lorsqu’ils se trouvent dans des zones à risque.
Les infrastructures urbaines, en particulier dans les quartiers pauvres et informels, devraient être repensées, pour Eric Fèvre, professeur de maladies infectieuses vétérinaires à l'Université de Liverpool et Cecilia Tacoli, chercheuse principale sur l’humain au sein du IIED (Institut International pour l'Environnement et le développement)

Mieux construire les villes et réglementer le commerce d'espèces sauvages
L’urbanisation joue un rôle important. Les milieux densément peuplés, créent des interactions intenses et des opportunités pour que les virus se transmettent d'une espèce à l'autre.

Repenser le modèle urbain pourrait donc éviter la propagation inter-espèces, mais aussi entre humains. Les Français ne sont pas en reste et réagissent de manière instinctive : les professionnels de l’immobilier observent actuellement une hausse des demandes de maison de campagne et 60 % des recherches sur seloger.com concernent des maisons avec jardin, alors que celles d’appartements parisiens ont baissé de 20 % depuis le confinement.

On constate donc une volonté d’échapper aux villes, mais cela pourrait se faire au détriment des campagnes, où les nouveaux arrivants vont empiéter sur la nature.
En Chine, on a vu la fermeture des marchés vendant des animaux vivants afin de répondre à l’épidémie du coronavirus. Selon certains scientifiques, interdire le commerce d'animaux vivants dans les zones urbaines ou les marchés informels n’est pas la solution. On ne sait que trop que les interdictions mènent à la clandestinité, où moins d’attention est portée aux normes et à l’hygiène. De plus, on observe que les virus sont plus véhiculés par les animaux sauvages que domestiques.

Il est donc primordial d’intégrer que les contacts, avec la nature et la vie à l’état sauvage, sont toujours des facteurs de risques, pour les humains comme pour les animaux. Cette information n’est malheureusement pas toujours prise en compte lorsque les touristes recherchent le grand frisson du trek dans la jungle, des photos avec les singes à Bali, ou de l'escapade en brousse en Afrique.

 

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Auteur(s): FranceSoir


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La construction de routes, l'exploitation minière, la chasse et l'exploitation forestière détruisent les habitats de nombreuses d'espèces d'animaux et de plantes

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