La collecte de vêtements chez Zara et H&M a-t-elle vraiment un impact?

La collecte de vêtements chez Zara et H&M a-t-elle vraiment un impact?

Publié le 24/01/2020 à 10:22 - Mise à jour à 12:46
Becca McHaffie / Unsplash
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Auteur(s): France-Soir

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A ce rythme l'industrie de la mode pourrait constituer plus du quart de l’empreinte carbone d'ici 2050, selon la Fondation Ellen MacArthur. Un tableau terrible qui peut être corrigé de 3 façons: côté usagers, porter plus longtemps ses vêtements,  remettre dans les bons bacs pour les recycler. Coté revendeur, recycler les invendus. Certains y travaillent.

Les chaînes de prêt-à-porter rencontrent un beau succès en offrant les pièces tendances, inspirées des marques de luxe à prix accessibles à tout le monde. Les clients renouvellent leur garde robe chaque année, en suivant à la trace le style des dernières collections de haute couture… Mais ce type de mode appelé “fast fashion” est un désastre écologique. Le taux moyen d’utilisation d’un vêtement a diminué de 36% entre 2002 et 2017, et la quantité de vêtements achetée en un an a augmenté de 60 % entre 2000 et 2014.

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La collecte de vêtements: l'espoir des magasins de mode

Pour éviter que les consommateurs se détournent de leurs enseignes de “mode jetable”, l’objectif des marques de mode est clair: s’engager pour le climat. H&M espère utiliser 100% de matériaux recyclés ou durables d'ici 2030 au plus tard pour fabriquer ses vêtements, et de son côté, Zara veut que toutes ses collections soient fabriquées à partir de tissus 100 % durables d'ici à 2025. Enfin, de nombreuses chaînes de prêt-à-porter ont installé des bacs pour collecter les habits délaissés en échange de coupons de réduction.

La réutilisation de la matière textile pour un vrai impact environnemental

Alors que les marques commencent à sensibiliser leurs clients à l' intérêt de rapporter ses habits au magasin, la suite des processus de recyclage reste encore à développer. Sans de vrais mécanismes pour réutiliser les tissus, tous ces efforts de sensibilisation à l’utilisation des poubelles de collecte de vêtements ne seront que du “greenwashing”.

En 2017, H&M a récolté près de 18 000 tonnes de vêtements, soit 89 millions de T-shirts.  Selon l’entreprise suédoise, 60% des habits collectés sont de suffisamment bonne qualité pour intégrer des marchés d’occasion, mais, ceux qui sont trop abîmés (34% des habits collectés) sont triés et transformés pour intégrer l’industrie du textile ou d’autres industries comme  l'automobile, notamment pour les rembourrages des sièges autos ou dans la construction pour fabriquer du matériel d’isolation.

Le défi le plus complexe concerne la réutilisation des tissus provenant de la production de vêtements. Aujourd’hui, 87% des habits sont mis en décharge ou incinérés après leur utilisation finale. Moins de 1% du matériau utilisé pour produire des vêtements est recyclé pour produire de nouveaux vêtements ou trié et transformé pour intégrer d’autres industries. Cela est dû au manque de technologies pour transformer les vêtements en matière première pure et biodégradable et à la difficulté de trouver des partenaires dans d’autres secteurs pour placer la matière transformée.

Pour assurer un impact environnemental le recyclage doit être rentable

La façon dont nous recyclons les vêtements n'a pas beaucoup changé depuis des siècles. H&M estime avoir joué un rôle important dans l'accélération des technologies de recyclage des vêtements. À ce jour, la Fondation H&M a investi 6 millions d'euros dans le Hong Kong Research Institute of Textiles and Apparel (HKRITA), un centre de recherche développant des solutions de séparation et de recyclage des mélanges textiles. Ce centre cherche à avoir un impact sur l'ensemble de l'industrie de la mode, en mettant cette technologie à disposition de tout le monde.

Outre les technologies de transformation, les matières transformées doivent être integrées dans un cercle économique pour assurer la rentabilité du recyclage. Selon Renewcell AB, entreprise de transformation textile, en abandonnant des modèles de production linéaires, les marques de vêtement pourraient atteindre le graal du cycle vertueux sans fin de conception, d'utilisation, de récupération, etc.

Le recyclage, mais aussi la décroissance contre la pollution textile

Timo Rissanen, professeur agrégé de design de mode et de durabilité à l’école de design Parsons, soutient que les mesures entreprises par les marques de mode ne sont pas suffisantes pour avoir un réel impact positif sur l'environnement. Il affirme que “nous avons besoin d'une réduction drastique de la production globale de vêtements: une décroissance stratégique de l'industrie de la mode qui est à la mesure de l'urgence planétaire dans laquelle nous nous trouvons."

Afin de minimiser ses impacts environnementaux, l'industrie de la mode doit combiner les investissements dans le recyclage des vêtements, qui peuvent réduire l'utilisation de ressources vierges, avec une stratégie pour inverser la croissance, selon Rissanen. "Si toute la production de l'industrie est finalement recyclée mais que la production de l'industrie croît globalement en même temps, je n'ai pas trop d'espoir pour notre avenir", a-t-il déclaré. Toujours la même...impasse.

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Pour éviter que les consommateurs ne se détournent de leurs enseignes de “mode jetable” les marques s’engagent pour le climat

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