Planter des arbres pour compenser son empreinte carbone, une fausse bonne idée

Planter des arbres pour compenser son empreinte carbone, une fausse bonne idée

Publié le 03/02/2020 à 16:18 - Mise à jour à 16:19
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Auteur(s): France-Soir

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Prendre l’avion, rouler en 4x4 en ville, trop chauffer en hiver… De nombreux comportements sont de plus en plus impopulaires en raison de leur empreinte carbone. Alors pour éviter de perdre des clients, les entreprises essaient de les déculpabiliser avec des programmes de «compensation carbone», dont le principal est le reboisement. L’idée est simple: il n’y a pas de honte à polluer en prenant l’avion, car en payant votre billet un peu plus cher, vous pouvez planter 4 arbres, qui absorberont les émissions de CO2 de votre vol. C’est rassurant, mais en réalité, ces programmes sont trompeurs, car les arbres plantés sont loin d’absorber les émissions de CO2 actuelles.

 Le reboisement relève plus du marketing que de la lutte contre le changement climatique

Le cas le plus emblématique est celui des compagnies aériennes. Air France par exemple, engage beaucoup de moyens pour lutter contre le concept scandinave du «flygskam» ou «la honte de prendre l’avion». La compagnie finance donc des programmes de plantation d'arbres et encourage même ses employés à planter eux-mêmes des arbres. Avec son programme "Trip and Tree", Air France affirme qu’en plantant des arbres, ses clients deviennent des “éco-voyageurs” en prenant l’avion.
Autre exemple avec Hopper, une application permettant la réservation de billets d’avion et de vacances, qui promet de planter 4 arbres pour chaque vol vendu sur sa plateforme. En 2020, Hopper prévoit de planter un peu plus de 6 millions d’arbres.
Les entreprises de la fast fashion, de leur côté, veulent  elles aussi participer à la re-plantation, pour améliorer leur image d’enseignes de “mode jetable”, désastreuse pour l’environnement. H&M par exemple affirme planter un arbre chaque fois que 22 kilos de vêtements sont recyclés aux Etats Unis, ce qui devrait donner 100 000 arbres plantés en 2020.
Ces discours sont très enthousiastes, mais pour Frédéric Lalonde, fondateur de Hopper, sa proposition reste une mesure d’urgence, "Sur un horizon de 30 ans, il va falloir faire plus, mais il n’y a aucune excuse pour ne pas agir maintenant si vous êtes en position de contrôler les fonds d’une société privée". AirFrance de son côté, accompagne le reboisement d’autres mesures anti-gaspillage, comme la suppression du plastique  à usage unique à bord, et H&M investit aussi dans la recherche pour la transformation du tissu recyclé en matière première.

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Le reboisement ne compense pas les émissions de CO2

Ces programmes complémentaires au reboisement sont essentiels, car en réalité, les actions de plantations d'arbres ne deviennnet pas immédiatement neutres en carbone. L’effet de la plantation d'un arbre ne se fera sentir que dans des décennies, et malheureusement le CO2 émis par un avion est immédiat, et il aggrave le réchauffement climatique.

En outre, les arbres plantés pourraient eux-mêmes être soumis à des sécheresses, des incendies de forêt, des maladies ou à la déforestation, annulant ainsi les efforts de reboisement.
Pour que les arbres jouent un rôle majeur dans le climat, il faut aussi trouver les surfaces pour les planter en nombre considérable. La plupart des pays n'ont pas de vastes étendues de terres convenables et la conversion de ces espaces a un coût pour l'agriculture, la production alimentaire, l'exploitation forestière et d'autres utilisations. Il y a aussi beaucoup d'autres problèmes compliqués à prendre en compte, notamment le coût élevé des efforts de reboisement à grande échelle ou même les émissions supplémentaires résultant de la plantation et de l'entretien des arbres !

Planter des arbres c’est bien, mais changer de comportement c’est mieux

Malheureusement il est beaucoup plus facile de penser que les arbres peuvent résoudre le réchauffement climatique que de s’attaquer à la façon de consommer, et de produire de l’énergie.
Pour Augustin Fragnière, auteur d’une analyse approfondie sur le marché de la compensation volontaire (La compensation carbone : illusion ou solution ?) la compensation carbone permet de continuer à faire des choix problématiques pour le climat à moindre coût: il est toujours moins douloureux de compenser que de changer de comportement.
Selon un rapport paru dans la revue Science, même s’il existe une opportunité d’atténuer le changement climatique à long terme grâce à la restauration des arbres à l'échelle mondiale, il est prioritaire d'agir urgemment contre les émissions de CO2. Et cela veut dire limiter les déplacement en avion, conduire des voitures économiques, et surtout, pousser les gouvernements à réduire les émissions de CO2 en délaissant les énergies fossiles.

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