Ruée vers l’électrique, transports publics délaissés: le Covid a-t-il un impact écologique positif?

Ruée vers l’électrique, transports publics délaissés: le Covid a-t-il un impact écologique positif?

Publié le 14/09/2020 à 09:52 - Mise à jour à 10:00
Andrew Roberts / Unsplash
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Auteur(s): FranceSoir

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De nombreux secteurs ont été affectés par la crise économique provoquée par l’épidémie de coronavirus. Le secteur des transports, qui a connu un coup d’arrêt presque total pendant les mois de confinement, voit ses tendances profondément modifiées par la peur des contaminations mais aussi les préoccupations écologiques plus fortes. Après le confinement, les Français ont repensé leurs moyens de transport: 17% des français ont davantage envie d'acquérir un vélo électrique et 14% ont davantage envie d'acheter une voiture électrique.  Cet engouement pour les transports électriques est à première vue un progrès écologique, vers des moyens de transports moins polluants. Mais cet élan concerne surtout des moyens de transport individuels, au détriment des transports en commun, encore moins polluants, et surtout, il ne tient pas compte de l'impact écologique des technologies électriques, qui sont loin d’être propres.

Voitures et vélos électriques ont le vent en poupe

Au premier semestre en France, la voiture électrique a représenté 6,3 % du total des ventes de véhicules, contre 1,8 % l’an dernier, selon le Comité des constructeurs français d’automobile (CCFA). Les véhicules hybrides sont quant à eux passés de 5 % à 11,3 % de part de marché.
Les Français, qui privilégient les transports en commun pour des raisons environnementales avant la crise, choisissent désormais le transport électrique, qu’ils voient comme une alternative plus sûre pour éviter les contagions, tout en restant écologique. Cet engouement coïncide aussi avec les incitations gouvernementales qui visent à permettre à tous les Français, (même les plus modestes), de se doter d’un véhicule propre, moins polluant et moins émetteur de gaz à effet de serre.

La voiture électrique n’est pas si “propre”

Les nombreuses recherches qui étudient l'impact de la voiture électrique s’accordent sur le fait, qui peut paraître contradictoire, que la production d’un véhicule électrique demande beaucoup plus d’énergie, et émet deux fois plus de gaz à effet de serre que celle d’un véhicule thermique. La faute à la production de la batterie et à sa motorisation.
La Renault Zoe, par exemple qui a particulièrement beneficié de la tendance écologique liée à l’épidémie, en doublant ses ventes au premier semestre , rejette "6 tonnes de CO2" environ au cours de sa production, alors qu’une voiture comparable de type Clio émet moitié moins de Co2 (3 tonnes) au cours de sa construction. 

L’ONU alerte sur l’impact environnemental et social de l’extraction des minéraux liées à la production de la voiture électrique

L’Organisation des Nations Unies (ONU) estime que d’ici 10 ans, 23 millions d’unités de voitures électriques seront lancées sur les routes. L’organisation internationale n’hésite donc pas à lancer l’alerte quant aux problèmes majeurs entourant la production de batteries, tout en assurant que la voiture électrique reste une alternative écologique valable.
Selon un rapport de février 2020 de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) l’extraction de matières premières se fait aujourd’hui dans des conditions peu respectueuses de l'environnement et de droits sociaux. Encore 40.000 enfants seraient exploités dans des conditions inhumaines et pour des salaires de misère pour l’extraction de cobalt, minerai indispensable à la production des batteries.
Selon Philippe Schwoerer, qui écrit dans Automobile propre , cette situation pourrait s’atténuer voire prendre fin, mais pas avant 5 ans. Les plus grands constructeurs qui proposent des véhicules électriques en Europe se sont engagés depuis quelques années à n’employer pour leurs modèles que des batteries exemptes de cobalt obtenu du travail des enfants, et pour certifier cela, les fabricants font appel au traçage. Renault a par exemple récemment communiqué sur un projet de blockchain pour certifier la conformité des composants du véhicule dans un contexte réglementaire de plus en plus exigeant.

Le type de batterie rend une voiture électrique plus ou moins propre

Selon une enquête de Reporterre, il devrait être indispensable de déterminer le nombre de kilomètres parcourus à partir duquel un véhicule électrique devient avantageux ou plus écologique que son homologue essence ou diesel. Pour cela il faut aussi prendre en compte l’énergie qui a servi à produire le véhicule, et bien sûr celle nécessaire à la production de l’électricité qui le fait rouler : nucléaire, charbon, diesel, énergies renouvelables.
La taille de la batterie est aussi à prendre en compte, car les émissions Co2 pour la  production d’une batterie de 700 kg d’une Audi e-Tron sont bien supérieures à celles issues dela  production d’une batterie de 305 kg de Renault Zoe.
Toutes les batteries ont un cycle de vie assez court, qu’elles soient grosses ou petites: ce renouvellement régulier et nécessaire rend les grosses batteries d’autant plus polluantes, et inversement, les petite batteries plus écologiques.

La voiture électrique et le coût supplémentaire de la mobilité intelligente

Reporterre encourage aussi à questionner la place de la voiture électrique, dans une société qui valorise la surmobilité et la surconsommation, et tout cela en restant en permanence “hyper connecté”.
La stratégie du gouvernement a pour objectif de lutter contre le réchauffement climatique en subventionnant l’industrie automobile, qui embarque de plus en plus de technologies numériques dans ses véhicules, car du fait de leur motorisation et de leurs batteries, les véhicules électriques favorisent la transition vers des véhicules sans conducteur, pilotés par des capteurs et des algorithmes. Ces fonctionnalités ouvrent grande la porte à toute une série de plateformes et services numériques qui favorisent la consommation et la mobilité pilotée par les données.
L'économie numérique et son empreinte environnementale viendra donc se mêler et s’ajouter à  l’empreinte environnementale de la voiture électrique . La « smart mobility » pourrait donc faire exploser le volume de trafic sur les réseaux et dans les data centers.

En fin de compte, les transports en commun restent l’option la plus propre

En guise de conclusion de toutes ces considérations qui tendent à nuancer l’impact positif de la voiture électrique, il faut tenir compte du fait que les véhicules autonomes risquent de provoquer des effets rebonds  comme souligne le gouvernement dans sa synthèse sur les voitures autonomes,  : « L’amélioration du confort de conduite devrait améliorer significativement l’attractivité du mode automobile (individuel), en soi et par rapport aux transports collectifs. [Elle] pourrait générer une augmentation de la congestion pour les trajets domicile/travail et un renforcement de l'étalement urbain.  »
On peut donc imaginer à l'avenir, au lieu d'une baisse de la tendance au “tout voiture”, une explosion de nombre de voitures sur les routes, au détriment des transports en commun et des modes de transports doux, comme le vélo électrique, mais sans oublier la bonne vieille bicyclette sans moteur, qui marche toujours très bien!

Auteur(s): FranceSoir


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La production d’un véhicule électrique demande beaucoup plus d’énergie, et émet deux fois plus de gaz à effet de serre que celle d’un véhicule thermique.

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