Abattoirs: "la course au rendement pousse les hommes à bout", témoigne un ancien salarié

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Abattoirs: "la course au rendement pousse les hommes à bout", témoigne un ancien salarié

Publié le :

Vendredi 17 Février 2017 - 12:59

Mise à jour :

Vendredi 17 Février 2017 - 15:15
A l'heure où la question du bien-être animal est très présente, nombreux sont ceux qui incriminent les salariés en poste dans les abattoirs, parfois décrits comme des "sadiques". Contacté par "FranceSoir", Michel, un ancien responsable de la protection animale qui travaillait dans l'un de ses établissements, explique l'envers du décor de ces lieux cachés du grand public.
©Remy Gabalda / AFP
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Auteur : La rédaction de FranceSoir.fr

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Comment en êtes-vous arrivé à travailler dans un abattoir et comment l'avez-vous vécu?

"C'est un peu par hasard. J'ai toujours travaillé dans le domaine animalier. J'ai une formation d'éleveur. Ensuite, j'ai travaillé dans les rongeurs en laboratoire et suite à un déménagement, j'ai cherché sur Pôle emploi et je suis tombé sur une annonce où il fallait s'occuper d'animaux en abattoir. Lorsque la place de bouvier s'est libérée, j'ai été mis à ce poste là pour réceptionner les animaux vivants, les emmener jusqu'à la tuerie.

"J'ai toujours mangé de la viande en sachant très bien comment les animaux avaient été élevés. Puis, j'ai passé une formation pour être responsable protection animale afin de savoir interpréter quels étaient les bons gestes à faire et surtout pour pouvoir traduire le mal-être des animaux".

Avez-vous déjà constaté des pratiques non conformes à la règlementation? Quel était l'état d'esprit des salariés?

"Très peu. Là où j'ai travaillé, il n'y pas eu d'incident de ce côté-là. Mais la course au rendement, les horaires décalés, le côté physique et bruyant poussent les hommes à bout. Ils peuvent de temps en temps être un peu virils, ce qui entraîne parfois des bagarres. Ils sont sous pression. Donc effectivement, l'ambiance est assez tendue. Le turn-over est une réalité, surtout sur les nouveaux employés qui décident de ne pas rester. Il est vrai que ce travail est peu gratifiant. L'entourage est rarement ravi à l'idée de savoir que l'un de leurs proches travaille en abattoir. Désormais, les embauches, quels que soit les domaines, se font de plus en plus en CDD. Il y a une certaine instabilité de l'emploi".

Quelles sont les solutions lorsqu'un appareil ne fonctionne pas correctement?

"Pour les appareils d'étourdissement, il est prévu qu'il y ait toujours un appareil de secours au cas où le processus se passe mal afin de pouvoir étourdir l'animal le plus rapidement possible. Tout ça pour l'empêcher de souffrir. Un appareil est contrôlé très régulièrement, que ce soit l'entretien ou le contrôle de bon fonctionnement, pour éviter qu'il ne soit défaillant. Et lorsqu'il l'est, il faut le remplacer. Le seul souci peut être le problème de financement qui fait que l'on ne peut pas remplacer un appareil trop vieux".

Que pensez-vous de la nouvelle vidéo publiée par L214?

"Il y a effectivement des soucis, notamment la surpopulation de cochons mais aussi du côté de la manipulation. Après je n'aime pas du tout L214 pour leur côté abolitionniste de la viande. Ils ont tendance à prendre des célébrités pour interpréter leurs vidéos alors que ceux-ci ne sont pas qualifiés pour comprendre vraiment ce qui se passe sur ces images. Ils en rajoutent une couche pour faire du sensationnel et de l'émotionnel". 

Auteur : La rédaction de FranceSoir.fr

Les salariés, qui travaillent en abattoir, sont souvent victimes des cadences intensives.

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