Saint-Etienne-du-Rouvray: comment les renseignements ont étouffé leur incapacité à empêcher un attentat prévisible

Saint-Etienne-du-Rouvray: comment les renseignements ont étouffé leur incapacité à empêcher un attentat prévisible

Publié le :

Vendredi 05 Janvier 2018 - 09:53

Mise à jour :

Vendredi 05 Janvier 2018 - 11:24
Une semaine avant que le père Hamel soit assassiné à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), en juillet 2016, les services de renseignement ont détecté la volonté d'un des terroristes de passer à l'acte selon Mediapart. Ils n'ont pas traité l'information puis ont falsifié des documents pour dissimuler leur raté.
©Capture d'écran YouTube
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La rédaction de FranceSoir.fr

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L'accusation portée par Mediapart à l'encontre des services de renseignements français est particulièrement lourde. "Comment les renseignements ont étouffé leur raté après l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray" tel est le titre de l’enquête de six mois réalisée par Matthieu Suc et publié jeudi 4 sur le site du média d'investigation.

Le journaliste explique dans son article que les hommes de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) avaient intercepté des messages de l’un des terroristes responsables de l'assassinat du père Hamel, à Saint-Etienne-du Rouvray, le 26 juillet 2016, une semaine plus tôt.

L'émetteur des messages, qui préconisait l'application de la loi du Talion en France, se dévoilait sur Telegram et racontait ses tentatives de départ en Syrie, l'obligation qu'il avait de porter un bracelet électronique et les cours qu'il donnait trois fois par semaine dans une mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray. 

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"Tu vas dans une église où il y a du polythéisme et tu déglingues tout le monde, je ne sais pas moi! Tu fais ce qu’il y a à faire et voilà!", exposait Adel Kermich, car c'est de lui dont il s'agissait, cinq jours avant l'attentat.

Ce que ne sait pas le djihadiste, qui fanfaronnait sur sa chaîne allant même jusqu'à revendiquer l'excellence de sa Taqiya (l'art de se dissimuler parmi les mécréants), c'est que parmi ses abonnés se trouvait un brigadier de la DRPP. Le policer a donc rédigé une note avec ces informations, qui aurait dû aboutir à l'interpellation du terroriste. Seulement voilà, elle devait encore être validée par quatre niveaux hiérarchiques avant d’être éventuellement transmise à la DGSI qui a la compétence pour intervenir dans la région rouennaise où a été localisé Kermiche (hors de la juridiction de la DRPP). Cette note ne sera jamais validée en raison des congés d'été, la plupart des gradés censés la valider et la transmettre étaient alors en vacances.

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Le 25 juillet, Abel Kermich annonce sur Telegram quelque chose d'exceptionnel à venir. Le lendemain, avec Abdel Malik Petitjean, ils pénètrent dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, assassinent le père Jacques Hamel, et prennent des otages. Ils seront abattus par la BRI de Rouen peu après.

Mediapart révèle de plus qu'après l'attentat, la hiérarchie du brigadier s'est rendu compte de sa terrible bévue. L'agent a alors été convoqué par ses supérieurs pour écraser la précédente note, effacer son historique de navigation sur Internet et réécrire les documents avec la date du jour. Et d'expliquer qu'"effectuée dans la précipitation, la manipulation sur le fichier Gester conserve dans l’onglet Propriétés la date initiale, celle remontant à une semaine plutôt". Une information confirmée à Mediapart par plusieurs témoins. 

Les services de renseignement savaient qu'Abel Kermiche allait attaquer une église.


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