Pour avoir aidé une réfugiée de 4 ans, il risque la prison

Pour avoir aidé une réfugiée de 4 ans, il risque la prison

Publié le :

Lundi 09 Novembre 2015 - 15:38

Mise à jour :

Lundi 09 Novembre 2015 - 16:02
©Pascal Rossignol/Reuters
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Le britannique Rob Lawrie, ex-soldat devenu bénévole humanitaire à Calais, risque la prison pour avoir tenté d'aider une petite réfugiée de 4 ans. Il s'est fait prendre en tentant de faire traverser la frontière illégalement à la fillette, comme le lui avait demandé son père.

Il risque cinq ans de prison, mais dit ne rien regretter. Rob Lawrie, un Britannique de 49 ans, a été arrêté le 24 octobre dernier à la frontière franco-anglaise pour avoir tenté de faire passer la Manche à une petite fille afghane de 4 ans, à la demande de son père avec qui l'enfant vit dans la "jungle" de Calais dans une grande précarité. Il doit être jugé en janvier prochain par la justice française.

Ancien soldat devenu bénévole humanitaire, cet habitant d'une petite ville de la banlieue de Leeds (nord de l'Angleterre), a fait la connaissance de la famille à Calais, rapporte le quotidien The Independent. "Son père m’a demandé plusieurs fois de la prendre avec moi et j’avais toujours refusé", a-t-il raconté. "Et puis, lors de mon dernier passage, nous étions assis autour d’un feu de camp, Bahar était assise sur mes genoux et elle s’est pelotonnée contre moi et s’est endormie dans mes bras. (...) J’ai juste dit +Ce n’est pas une vie pour une enfant de 4 ans+. J’ai perdu toute rationalité, je savais ce que j’avais à faire".

L'homme a alors caché la petite Bahar dans un compartiment de sa camionnette et pris la direction de la frontière. Son objectif: sortir l'enfant de la "jungle" et la conduire à Leeds, où elle a de la famille prête à l'accueillir. Sauf que des Erythréens s'étaient cachés à son insu dans son véhicule et ont été découverts par les douaniers, qui ont alors lancé une fouille approfondie. Les agents ont trouvé la fillette, qui a été renvoyée dans le camp de Calais, et arrêté Rob Lawrie.

"Pas besoin de me dire que je suis un idiot, je le sais déjà. J’ai fait une erreur, je n’ai aucun doute là-dessus, et je m’excuserai devant le juge. Je ne dis pas +Hé, regardez-moi, je suis un héros+, je dis +J’ai pris la mauvaise voie, trouvons la bonne+", a réagi l'ancien soldat. Un autre humanitaire, Jim Innes, cité par The Independent, s'est pour sa part dit "pas favorable aux gens qui ne respectent pas la loi, mais je ne sais pas ce que j'aurais fait dans la même situation. Les gens qui ont sauvé des enfants pendant la Seconde guerre mondiale sont considérés comme des héros. Mais la loi considère Rob comme un criminel. Cela veut dire que la loi doit être changée".

Jim Innes a ainsi lancé une pétition de soutien à Rob Lawrie. Celle-ci a recueilli plus de 15.000 signatures en 24 heures et en comptait plus de 43.000 ce lundi 9 après-midi, tandis qu'une autre, française, a été signée par plus de 2.000 personnes.

De son côté, Rob Lawrie dit ne rien regretter. Ses pensées vont aux migrants: "ce qui me préoccupe, c'est que des enfants plus jeunes que le moins âgé des miens se promènent dans la +jungle+ vêtus de quatre couches à cause du froid. Et nous ne sommes que début novembre".

Les autorités préfectorales de la région de Calais estiment qu'environ 6.000 migrants, venus principalement d’Afrique de l’Est, d’Afghanistan et de Syrie, se trouvent actuellement dans la région avec l’espoir de rejoindre l’Angleterre. La très grande majorité d'entre eux vivent dans le camp dit "la jungle" dans des conditions sanitaires déplorables comparables à une "atteinte aux droits fondamentaux", selon le Défenseur des droits Jacques Toubon. Les tensions sont également très vives sur place, comme le prouvent les échauffourées qui ont fait plusieurs blessés parmi les policiers dans la nuit de dimanche 8 à ce lundi 9.

 

 

Les conditions sanitaires de la "jungle" de Calais sont une "atteinte aux droits fondamentaux", selon le Défenseur des droits Jacques Toubon.


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