Bien-être animal: peut-on décemment se passer de viande?

Bien-être animal: peut-on décemment se passer de viande?

Publié le :

Mercredi 20 Avril 2016 - 14:37

Mise à jour :

Mercredi 27 Avril 2016 - 15:47
Alors que de plus en plus de personnes préoccupées par le bien-être animal font le choix de devenir végétariennes, "FranceSoir" a interrogé Mathilde Touvier, chercheuse en épidémiologie nutritionnelle à l'Inserm, et Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, sur le bien-fondé d'un tel régime alimentaire.
©Anthony Jauneaud/Flickr
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Raphaëlle de Tappie

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"Même dans un abattoir tourné vers le bio et le local, les animaux perdent la vie dans la souffrance", déplorait Nili Hadida, chanteuse du groupe Lilly Wood and the Prick, alors qu'elle présentait une vidéo montrant des animaux maltraités dans un abattoir bio du Vigan. Sur son site, l'association L214 à l'origine de ces images encourageait donc "les consommateurs à adopter une attitude d’achat responsable, au mieux en se passant de produits d’origine animale, au minimum en réduisant leur consommation de tels produits et en refusant ceux issus des élevages intensifs". Mais, alors que la France compte de plus en plus de végétariens, est-il sain de se passer de viande?  

Pour Mathilde Touvier, chercheuse à l'Inserm en épidémiologie nutritionnelle et Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, interrogés par FranceSoir, la viande ne nous est pas physiologiquement indispensable, la plupart des consommateurs en mangent d'ailleurs trop, ce qui n'est pas viable à long terme. "En l'an 2050, nous devrions être neuf milliards d'individus sur Terre, nous ne pourrons pas tous continuer à manger de la viande", amorce Arnaud Cocaul. Et si la viande contient des éléments "nutritifs potentiellement intéressants", "il est possible en tout cas dans un pays comme la France, d’avoir une offre alimentaire équilibrée en l'excluant", note Mathilde Touvier. Ceux qui souhaitent arrêter d'en consommer (à ne surtout pas faire sans l'avis de son médecin quand on est malade) trouveront le fer qui leur est nécessaire dans les légumineuses (lentilles...) et la vitamine B12 (qui participe à la synthèse des neuromédiateurs) dans les produits enrichis comme les céréales. Les protéines sont quant à elles présentes dans le poisson, les oeufs, les steaks de soja ou les produits laitiers.

"Je connais beaucoup de végétariens qui se portent très bien", explique d'ailleurs Arnaud Cocaul, selon qui les personnes adoptant ce mode alimentaire ont tendance à plus prendre soin de leur santé que les autres. "Les études montrent que chez les végétariens il y a moins de fumeurs, ils mangent plus de fruits et légumes et suivent davantage les recommandations nutritionnelles classiques. Les gros mangeurs de viande sont en revanche souvent amateurs de charcuterie ou de plats en sauce".

Or, la charcuterie est cancérigène tandis que la viande rouge l'est "probablement""Il y a des liens établis entre une consommation trop élevée de viande et le cancer colorectal", notamment à cause du fer héminique, déclare Mathilde Touvier. "A l’heure actuelle en France, on se base sur les recommandations faites par le World Cancer Research Found qui conseille de ne pas dépasser les 500 g par semaine de viande rouge et pas plus de 50 g par jour de charcuterie", ajoute-t-elle. Et quand on consomme de la viande rouge, l'accompagnement a son importance. "Il n'est pas indiqué de manger un steak tartare avec des frites. Avec des haricots verts vous êtes déjà plus dans un équilibre alimentaire", précise Arnaud Cocaul.

Les pièces de viande choisies et leur façon de les cuisiner ont également un impact sur l'équilibre alimentaire. "Par exemple, le faux filet, le filet mignon de porc et l’onglet sont des morceaux plus nobles que l’entrecôte et il faut éviter les viandes persillées", souligne Arnaud Cocaul. "Aujourd'hui, les éleveurs ont de gros efforts au niveau de la qualité: on peut trouver de la viande élevée avec des graines de lin donc enrichie en oméga 3 et en acides gras polyinsaturés qui sont bénéfiques pour la santé", poursuit-il, citant notamment la filière Bleu-Blanc-Coeur. Au niveau de la cuisson, le barbecue est à bannir. "Il ne faut pas carboniser la viande car vous allez développer un condensé cancérigène. La cuisson doit être médium".

En conclusion, les deux médecins conseillent de suivre "sur le long terme" les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) qui prône les fameux cinq fruits et légumes par jour. L'idéal est de commencer par exemple par des crudités, une soupe aux légumes ou un gaspacho, explique Arnaud Cocaul. "Le plat principal doit contenir une part de protéines végétales ou animales avec des oeufs, du poisson, de la viande, un steak de soja ou des légumes secs. Associez cela à des féculents ou des céréales et à des légumes". Ensuite, vient le produit laitier "mais vous n'êtes pas obligés si vous n'aimez pas ça ou que vous êtes allergique ou intolérant". Enfin, pour finir, "prenez un fruit ou une salade de fruits". Le tout accompagné d'eau bien sûr. "Quoi que les bons vivants peuvent prendre un verre de vin rouge par repas", nuance Arnaud Cocaul car le principal reste encore de se faire plaisir.

 

Cet article fait partie de notre dossier "Comment mieux consommer de la viande?", à consulter en cliquant ICI.

 

 

Il est fortement déconseillé de cuisiner sa viande au barbecue.


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