Chronique Covid N°11 – « Bas les masques : une efficacité trop incertaine »

Chronique Covid N°11 – « Bas les masques : une efficacité trop incertaine »

Publié le 21/07/2020 à 14:40 - Mise à jour à 16:18
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Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir

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Ça peut paraitre incroyable, mais nous vous devons la vérité.

L’actualité brûlante me pousse à chambouler la programmation des sujets abordés dans mes Chroniques pour FranceSoir. J’avais prévu aujourd’hui de parler enfin d’une « bonne nouvelle passée, complètement inaperçue ». Mais, cela attendra…

14 juillet 2020 – Emmanuel Macron, interviewé le jour de la fête nationale par Léa Salamé et Gilles Bouleau : « Je souhaite que dans les prochaines semaines on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos »

« On le fait dans les transports, ça marche très bien »

Doit-on comprendre que les usagers des transports en commun qui portent un masque sont moins souvent contaminés par le sars-cov-2 que ceux qui n’en portent pas ? Ou mieux, qu’ils ne sont jamais contaminés lors de leurs déplacements en train, métro, tramway, bus ? Dispose-t-on d’essais comparatifs démontrant l’affirmation de notre président ?

« Les protocoles dans les restaurants fonctionnent très bien, doivent être respectés, mais dans les magasins, etc… »

Le chef de l’État, incitait vigoureusement et sans attendre, les françaises et les français à porter le masque partout, tout le temps et pour tout le monde :

« Mettez des masques, mettez des masques… même en extérieur, même quand on a une bonne distance, c’est plus prudent… même les jeunes qui ont souvent des formes légères, ou asymptomatiques qui considèrent que ce n’est pas grave et qu’ils peuvent prendre des risques. Simplement quand ils prennent ces risques, ils accélèrent la propagation du virus »

Comme lors du confinement, nous sommes devant une mesure généralisée, sans aucun discernement. Une mesure technocratique que seuls des Enarques peuvent prendre en vertu d’un principe de précaution poussé jusqu’à l’absurde.

Avec cette recommandation d’Emmanuel MACRON (au nom de qui ? au nom de quoi ? Que connait-il de l’efficacité des masques ?), nous sommes aux antipodes de ce que préconisait le Pr Jean-François DELFRAISSY et le conseil scientifique auditionnés le 18 juin 2020 par la commission d’enquête de l’assemblée nationale, juste après avoir reconnu qu’un (nouveau) « confinement généralisé ne sera ni possible, ni souhaitable » en déclarant que :

« Il faudra (en cas de 2ème vague ou résurgence du virus) expliquer qu’il va y avoir une population jeune qui a peu de risque, qui peut travailler, qui peut aller à l’école pour les plus jeunes, et de l’autre côté des populations plus âgées, plus à risque qu’il va falloir protéger »

15 juillet 2020 – Olivier Véran « J’invite les français à sans délai, sans attendre la parution d’un décret et sans que l’obligation soit inscrite dans le marbre, à porter un masque dans tous les lieux clos, quels qu’ils soient, et lorsqu’ils sont regroupés encore davantage. Tout en rappelant Monsieur le Député, que porter un masque ne protège pas en soi, si l’on ne fait pas attention, notamment au passage par les mains, et qu’il faut conserver de la distanciation sociale, il faut se laver les mains, il faut utiliser du gel hydro-alcoolique, il faut changer son masque, le porter correctement, tout cela est un travail de vigilance de tous les instants absolument nécessaire, surtout à l’heure où un certain nombre d’indicateurs tentent à montrer que non seulement l’épidémie n’est pas terminée, mais qu’il y a des signes de résurgence çà et là du virus. Je pense notamment à la Mayenne ou à certains hôpitaux parisiens… »

Remarque : Je ne sais pas trop bien si ce n’était pas plutôt « masque en soie » que ce que j’ai écrit dans la transcription ci-dessus…

15 juillet encore. Justement la Mayenne, il en est question dans la matinale de BFM, avec la décision du Préfet d’imposer l’obligation du port du masque dès à présent, suites au franchissement du (nouveau) seuil épidémique de la covid-19 et à l’élévation à la marge de quelques indicateurs. Bien vite, nous en reparlerons, car il s’agit d’une scandaleuse manipulation !

16 juillet 2020 – Jean Castex, nouveau Premier Ministre, devant les sénatrices et les sénateurs « Le port du masque, constitue avec le respect des gestes dits « barrière » une mesure de prévention et de protection efficace »

Il serait intéressant de savoir sur quoi il s’appuie pour parler d’efficacité à propos des masques…

« J’ai donc proposé que l’obligation de le porter soit renforcé dans tous les établissements recevant du public clos. En particulier, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, les commerces. Cela nécessite un décret, alors que dans les locaux professionnels, cela suppose une évolution des protocoles sanitaires régissant les activités concernées. Nous envisagions une entrée en vigueur de ces dispositions le 1er août, parce qu’encore une fois nous agissons dans une logique préventive et pas sous l’empire de l’urgence. J’ai entendu et compris que cette échéance paraissait tardive ou suscitait quelques interrogations. Le décret entrera donc en vigueur la semaine prochaine ».

17 juillet, à Bruxelles, 3 jours seulement après avoir largement prôné le masque, notre président retire le sien au bout de 3 secondes seulement dans la vidéo suivante. Pourtant il se trouvait bien dans un espace clos qui reçoit du public… Allez comprendre.

Mais, ce ne sera ni le premier ni le dernier à recommander et ne pas porter un masque. Souvenons-nous, de passage à « Bourdin Direct », le Pr Jean-François DELFRAISSY, président du conseil scientifique

Espérons que l’équipe sur le plateau BFM ait bien désinfecté le micro après son passage. Un peu plus loin au cours de son interview par Jean-Jacques Bourdin, il déclare « Nous n’avons pas de médicament, mais la recherche est en cours », et là il nous balance un gros postillon ! D’où la nécessité de bien nettoyer le micro. Pour bien voir le postillon géant de Jean-François DELFRAISSY, ouvrez en plein écran la vidéo sur Youtube exactement ici

Plus sérieusement, nous allons examiner à présent les preuves les plus robustes de l’efficacité des masques pour lutter contre les pandémies à virus respiratoires

Le meilleur moyen d’évaluer l’efficacité d’un produit de santé (médicament ou dispositif médical) dans une indication donnée, est de réaliser un essai clinique randomisé et contrôlé, comparatif à un placebo ou un comparateur actif.

De la même manière qu’une « hirondelle ne fait pas le printemps », un seul essai clinique positif n’est pas suffisant, il en faut au moins deux ou davantage pour confirmer l’efficacité.

Dès que l’on dispose de plusieurs essais cliniques supposés répondre à une même question, il devient possible de réaliser une analyse combinée de l’ensemble des données, appelée « méta-analyse ».

Il existe une organisation internationale d’experts médicaux indépendants, de grande renommée, la « Collaboration Cochrane » qui réalise régulièrement dans le but d’éclairer les recommandations de bonne pratique, ce que l’on appelle des « revues méthodiques et méta-analyses ».

 

1. Une première revue méthodique et méta-analyse portant sur l’efficacité des masques a été publiée par la Collaboration Cochrane en juin 2011 après trois pandémies, le SRAS en 2003, la grippe aviaire H5N1 en 2006, et la grippe porcine H1N1 en 2009 (rapport complet). Le moins que l’on puisse dire c’est que les études retenues ne sont pas très probantes. Sur les 215 études sélectionnées, les auteurs ont retenu 66 publications objets de cette revue méthodique. Seules les études cas témoins étaient suffisamment homogènes pour faire l’objet d’une méta-analyse.

 

Seules 10 à 15 % des études retenues par les experts indépendants sont jugées à faible risque de biais selon les types de biais. Par exemple, un biais de sélection peut être observé si la population incluse dans l’essai n’est pas représentative de la population qui utilisera les masques, ou si les deux groupes inclus dans l’essai (ceux qui portent des masques et ceux qui n’en portent pas) ne sont pas comparables. Autre exemple, normalement dans un essai clinique randomisé, l’analyse doit porter sur la totalité des patients inclus. Le biais d’attrition survient lorsque des patients ou des données de patients ont été exclues de l’analyse des résultats. Le biais de reporting consiste à ne pas publier les résultats défavorables…

 

 L’examen de la table 2 (ci-dessous) page 112 du rapport complet, permet d’appréhender les résultats de toutes les études examinées par la Cochrane sur les masques et les « respirateurs N95 » (masque filtrant)

L’analyse « 1.3 - Etudes cas-témoins sur le port du masque (page 108 du rapport complet) permet de détailler et de commenter les 7 études « cas-témoins » retenues par l’organisation indépendante sur l’efficacité des masques utilisés par le grand public et les soignants.

Ci-dessous, le résumé simplifié en français.

Ainsi, selon la Cochrane, rien ne permet d’affirmer que le port du masque à lui seul permette de se protéger efficacement des virus respiratoires. Les masques filtrants n’ont pas prouvé de supériorité aux masques chirurgicaux. La distanciation physique d’un mètre n’a pas non plus prouvé son efficacité.

 

2. Une actualisation en cours de publication, en attente de relecture critique par des pairs, a été prépubliée en ligne le 7 avril (en version anglaise). Ce n’est pas miraculeux, loin de là…

Cette seconde revue méthodique et méta-analyse, conduite dans l’urgence de la pandémie de covid-19, n’a pas retenu les études observationnelles et les études cas témoins contrairement à la première, mais uniquement les études randomisées ou de « clusters » randomisés, chez des personnes de tout âge, qui évaluaient la protection des yeux, les masques faciaux, la distanciation physique par rapport aux pratiques habituelles ou à d’autres barrières physiques.

Compte-tenu de l’absence d’études observationnelles ou cas-témoins, les essais à faible risque de biais sont heureusement plus nombreux que lors de l’évaluation 2011.

 

Mais, quels en sont les résultats ?

 

Traduction (avec DeepL) :

« Résultats : Nous avons inclus 15 essais randomisés (en clusters) étudiant l'effet des masques (14 essais) chez les professionnels de santé et dans la population générale et celui de la quarantaine (1 essai). Nous n'avons trouvé aucun essai testant la protection des yeux. Par rapport à l'absence de masque, il n'y a pas eu de réduction des cas de syndromes grippaux (Risk Ratio 0,93, 95% IC 0,83 à 1,05) ou de grippe (Risk Ratio 0,84, 95% IC 0,61-1,17) pour les masques dans la population générale, comme chez les professionnels de santé (Risk Ratio 0,37, 95% IC 0,05 à 2,50). Aucune différence n'a été constatée entre les masques chirurgicaux et les respirateurs N95 : pour les syndromes grippaux (rapport de risque de 0,83, 95 % IC 0,63 à 1,08), et pour la grippe confirmée par test de laboratoire (rapport de risque de 1,02, 95 % IC 0,73 à 1,43). Les nuisances ont été mal signalées et se sont limitées à une gêne avec une moindre observance. Le seul essai testant les travailleurs en quarantaine ayant des contacts avec des syndromes grippaux dans leur foyer a révélé une réduction des cas sur le lieu de travail, mais un risque accru de contracter la grippe pour les travailleurs en quarantaine (confinés dans leurs foyers). Tous les essais ont été menés pendant la saison des SG »

Traduction : CONCLUSIONS : La plupart des essais inclus ont été mal conçus, ont fait l'objet de rapports incomplets et n'ont donné lieu qu'à de rares notifications d’événements indésirables. Il n'y avait pas suffisamment de preuves pour recommander l'utilisation de barrières faciales sans autres mesures. Nous avons trouvé des preuves insuffisantes s’agissant de la différence entre les masques chirurgicaux et les respirateurs N95 et des preuves limitées pour soutenir l'efficacité de la quarantaine. Sur la base des données des études observationnelles de la précédente épidémie de SRAS incluses dans la version 2011 de notre revue méthodique Cochrane, nous recommandons (néanmoins) l'utilisation de masques combinés à d'autres mesures.

Quand on sait que les études observationnelles sont très critiquables et qu’elles n’ont et n’auront jamais la force des essais randomisés et contrôlés, bien conduits…

Bref, on ne sait toujours pas en 2020, quelle est l’efficacité des masques, quelles nuisances, quel rapport bénéfice / risque ?

Nous sommes devant des croyances, une religion et non pas une doctrine qui repose sur de solides preuves scientifiques

A ce propos, il est très instructif d’écouter ce que dit le Pr François Bourdillon, préfigurateur et ancien directeur général de Santé Publique France, auditionné par la mission d’enquête de l’assemblée nationale le 17 juin 2020, l’archétype de l’expertise épidémiologique « au doigt mouillé » et de « l’argument d’autorité », pas du tout « Evidence Based Medicine ». Voici ce qu’il déclarait :

« Plutôt qu’une expérimentation de port de masque pour acculturer les français à la japonaise… il faudrait promouvoir les masques et pas attendre l’expérimentation parce que la logique du masque, c’est de la réduction des risques et quand il y a une vraie épidémie, même si on a 30% ou 40% d’efficacité, ça a tout de même une efficacité et ça peut permettre de diminuer les transmissions, et comme il y a 10.000 morts chaque année de grippe, ça vaut le coup »

Je ne sais pas d’où sortent les 30% ou 40% d’efficacité de François Bourdillon, mais citons une dernière revue systématique canadienne publiée ce mois-ci, qui présente les résultats d’une manière plus facilement compréhensible. Le résumé en français se trouve en page 2. Nous sommes très loin de ces 30 ou 40%. Il s’agit de ce que les anglosaxons appellent le « number needed to treat » (NNT), nombre de patients à traiter pour éviter un événement. En l’occurrence, il s’agit ici du nombre nécessaire de personnes porteuses d’un masque pour éviter une seule contamination.

Cependant, le port du masque en famille 1 à 3 jours après qu’un des membres ait développé des symptômes d’infection virale respiratoire, ne permet pas d’éviter la transmission aux autres membres, que les masques soient portés par le malade, les personnes saines, ou toutes.

 

Pour en savoir plus, et si vous vous demandez encore s’il faut porter un masque, un magnifique article écrit par deux australiens, Chris Del Mar et Paul Glasziou co-auteurs de la nouvelle revue méthodique Cochrane 2020 en cours de publication. Traduit en Français par mes soins. Il est accessible librement ici.

Ces auteurs concluent leur article sur l’urgence à vérifier dans des essais cliniques rigoureux que les masques portés par des personnes supposées infectées, permettent réellement d’éviter la propagation de l’infection virale respiratoire. Seulement dans ce cas, le port du masque serait une bonne alternative ou un complément utile aux autres mesures, distanciation sociale, lavage des mains, confinement.

 

3. Quant à l’Académie Nationale de Médecine, en France, qui dès le 22 mars avait pondu un « avis » approuvé à l’unanimité par son Conseil d’administration. Il ne s’agit que d’un avis d’experts, c’est-à-dire le plus bas niveau de preuve.

Préparé par la « Cellule de veille scientifique sur l’épidémie à Covid-19 de l’Académie Nationale de Médecine », dont la composition est la suivante : Patrick Berche, Jeanne Brugère-Picoux, Yves Buisson (Président), Anne-Claude Crémieux, Gérard Dubois, Didier Houssin (Secrétaire), Dominique Kérouedan et Christine Rouzioux, que des experts n’est-ce pas, cet avis ne cite aucune référence scientifique d’étude publiée dans une grande revue médicale permettant d’affirmer l’efficacité des masques (chirurgicaux, en tissus pour le grand public, filtrants…) à réduire la propagation du virus, encore moins à contribuer à la diminution des décès par infection respiratoire…

Le pompon étant son communiqué de presse du 2 avril recommandant le port du masque « grand public » obligatoire lors des sorties nécessaires pendant le confinement. Une obligation maintenue pendant la phase de déconfinement.

Mais les académiciens ont un énorme conflit d’intérêt intellectuel avec le #coronavirus. Ils doivent presque tous avoir plus de 75 ans, voir aussi (ici)…

Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir


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