Le diable est dans le détail : et si le silence de Discovery était la pièce manquante du puzzle?

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Le diable est dans le détail : et si le silence de Discovery était la pièce manquante du puzzle?

Publié le 02/06/2020 à 20:57 - Mise à jour à 21:19
Arek Socha de Pixabay
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Auteur(s): Xavier Azalbert et Eric Gyssler pour FranceSoir

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L'hydroxychloroquine, Raoult, Discovery, Recovery, Lancet, Veran, HCSP depuis maintenant plusieurs semaines ces mots sont prononcés de multiples fois chaque jour des plateaux télévision aux réseaux sociaux alimentant les discussions et divisant les camps.  Difficle d'y voir clair dans le puzzle de l'information avec des avis et des décisions qui peuvent sembler parfois incompréhensibles pour le citoyen français, chacun cherchant une pièce du puzzle.  Le ministre de la Santé Olivier Véran a donc pris la décision de suspendre les essais cliniques français et l'utilisation de l'HCQ en France sur la base d'un article publié dans le Lancet, alors que Discovery, Solidarity et Recovery montraient qu'il n'y avait aucun souci de sécurité pour les patients hospitalisés traités à l'HCQ.  Pourquoi a-t-il pris la décision si rapidement entrainant la colère du président Macron ?   

 

Les résultats erronés voire frauduleux de l’étude publiée dans le Lancet le 22 mai prouvés implicitement par l’essai clinique Discovery à la manière d'une pièce manquante d'un puzzle.

Le 22 mai dernier, la revue « The Lancet » publiait les résultats d’une étude observationnelle réalisée sur plus de 95 000 patients atteints du Covid19 et hospitalisés, répartis dans de nombreux pays sur tous les continents et ayant reçu différents traitements médicaux.

Cette étude faisant apparaître, sur quelques 15 000 patients, au mieux l’inefficacité de l’Hydroxychloroquine (HCQ)  - seule ou en association avec un antibiotique « macrolide » - et au pire sa nette dangerosité, l’OMS suivie notamment par le gouvernement français, a très promptement déconseillé l’utilisation de l’HCQ et a stoppé l’inclusion de nouveaux patients dans les essais cliniques en cours sur ce traitement.

Dans les jours suivants, les résultats très surprenants voire sidérants, ainsi que des incohérences flagrantes dans l’étude publiée le 22 mai par les 4 auteurs – Mandeep Mehra, interviewé par FranceSoir, Sapan S. Desai, Amit Patel et Franck Ruschitzka  - ont suscité de vives réactions au point, notamment, que 180 médecins/scientifiques ont signé une tribune pour demander nombre d’explications, d’informations complémentaires ainsi que les données brutes ayant conduit à ces résultats.  Les auteurs de cette étude, sur lesquels nous reviendrons plus tard, ne brillent pas par leur transparence en ne répondant pas – ou si peu - aux attentes et questions légitimes posées par ces scientifiques. La société surgisphere qui a fait la collecte des données est d’ailleurs assez douteuse.

Cependant, sans même attendre d’éventuelles réponses de ces 4 auteurs, nous pouvons avoir la certitude que les résultats de cette étude, menée entre décembre 2019 et avril 2020, sont au mieux erronés et au pire frauduleux concernant l’inefficacité et la dangerosité de l’HCQ…

Et c’est l’essai clinique Discovery mené par l’Inserm depuis le 22 mars dernier qui nous en donne implicitement les preuves alors même que ses résultats sont très en retard et se font attendre.

Pour information ou rappel, l’essai clinique européen Discovery, piloté par l’Inserm vise à évaluer depuis plus de 2 mois, via des tests randomisés, 4 traitements ou « bras » - dont l’HCQ ( Seule sans association avec un antibiotique ) sur des patients hospitalisés.

Cet essai clinique européen Discovery devait inclure 3 200 patients, mais depuis le 22 mars, moins de 760 patients ont été inclus dont plus de 750 en France.

A ce jour et malgré les promesses de résultats du gouvernement français pour, tout d’abord fin avril, puis pour le 14 mai, aucun résultat de l’essai clinique Discovery n’a été publié par l’Inserm.

En revanche, le 7 mai, l’Inserm par la voix de la Pr Florence Ader, investigatrice principale de l’essai Discovery, nous apprenions qu’un comité – le DSMB, data safety monitoring board « un groupe international de gens, d’expertises différentes, mais extrêmement élevée, à qui les données sont transmises », allait émettre un avis sur les résultats des traitements de l’essai clinique Discovery.

Extraits du point presse de l’Inserm du 7 mai :

« Les données sont analysées à intervalle régulier par un comité indépendant (DSMB) au fur et à mesure des inclusions. La semaine prochaine, le DSMB de l’essai se réunit pour analyser les données collectées depuis le 22 mars. A l’issue de cette réunion, comme l’a évoqué le président de la République, ce comité indépendant produira une synthèse qui conclura soit à : 

  • un signal positif (l’une ou l’autre des molécules testées est plus efficace que les soins standards optimaux),
  • un signal négatif (l’une ou l’autre des molécules testées est moins efficace que les soins standards optimaux)
  • Pas de signal, auquel cas il faudra continuer à inclure des patients selon les mêmes modalités.

 

En cas de signal positif ou négatif, des modifications de l’étude seront envisagées en concertation avec SOLIDARITY ».

« En respect des règles internationales de bonnes pratiques qui régissent la recherche clinique, la synthèse produite par le DSMB n’a pas vocation à être rendue publique ».

 

Quel avis a donc été rendu le 14 mai par le DSMB ?

Ni tambour ni trompette, ni sirènes d’alerte, l’Inserm a annoncé en conclusion dans un point presse laconique :

« Suite à la réunion du 11 mai 2020, le DSMB s’est prononcé pour la poursuite de Discovery sur les 4 bras thérapeutiques après avoir examiné les données de 700 patients. L’essai continue donc, afin de parvenir à des résultats rigoureux et de qualité, permettant de dire quelle molécule s’avèrerait efficace pour quel patient et à quelle dose ». 

 

En clair, comme confirmé le 15 mai à un de nos confrères,  suite à une question posée sur l’essai Discovery :

« Le DSMB n’a en l’occurrence pas donné de signal sur l’efficacité ou l’inefficacité d’un des traitements. «Ils nous ont dit qu’il fallait continuer», a déclaré à l’AFP le professeur Yazdan Yazdanpanah, l’un des chercheurs qui chapeautent le projet.

 

Une autre source proche de l’essai Discovery confirme : «La recommandation [du DSMB] est de continuer l’étude sans modification».

 

L’avis rendu par le DSMB le 14 mai est donc la confirmation que ni l’efficacité ni l’inefficacité du traitement à l’HCQ de patients hospitalisés n’est signalée alors que l’essai clinique a débuté le 22 mars.

Plus essentiel encore...et hautement rassurant, l’avis rendu par le DSMB est donc la confirmation de la non-dangerosité du traitement à l’HCQ de patients hospitalisés car si ce traitement s’était avéré dangereux et avait provoqué la mort de patients comme l’étude publiée le 22 mai dans The Lancet l’indique, l’essai clinique Discovery sur l’HCQ – et l’essai clinique Solidarity de l’OMS par la même occasion - auraient été stoppés immédiatement et à grand renfort de communication de l’OMS et du gouvernement français.

Aussi, le 14 mai, l’OMS et nombre de gouvernements avaient connaissance de l’avis du DSMB.

Cependant, la connaissance de cet avis n’a nullement entravé des prises de décisions de l’OMS et notamment du gouvernement français dans les jours qui ont suivi la publication du 22 mai dans The Lancet d’une étude rétrospective basée sur des dossiers médicaux partagés provenant de plusieurs pays sur tous les continents et analysés par des outils d’Intelligence Artificielle. 

Ces prises de décisions de l’Organisation Mondiale de la Santé et du gouvernement français sont non seulement totalement incompréhensibles mais surtout particulièrement suspectes puisqu’elles désavouent les essais cliniques qui nous ont été présentés – Discovery et Solidarity -, avec force communication, comme les essais scientifiques les plus rigoureux qui soient et les seuls à même de pouvoir démontrer scientifiquement les bénéfices ou non de tel ou tel traitement et en l’occurrence celui de l’HCQ. 

En conséquence, il est indispensable que l’OMS et le gouvernement français justifient publiquement ce désaveu des essais cliniques Discovery et Solidarity qu’ils ont mêmes promus et justifient les raisons qui les ont conduits à leurs prises de décisions sur l’HCQ suite à la publication de l’étude du 22 mai dans The Lancet.

Notons également que le 24 mai, le comité de surveillance des données de l’essai Recovery n'a vu aucune raison valable de suspendre le recrutement pour des raisons de sécurité et a recommandé que l'essai continue le recrutement sans interruption. « L’essai RECOVERY est actuellement le plus grand essai contrôlé randomisé de HCQ pour COVID-19, mais n’est pas encore suffisamment grand pour détecter (ou exclure) des effets de traitement modérés mais importants."

Pour les citoyens français, il est également indispensable que les parlementaires se saisissent de cette affaire qualifiée de plus en plus, et à juste titre, de « LancetGate ».

 

Note et références

Supporté et revu par le collectif citoyen

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31180-6/fulltext

https://presse.inserm.fr/point-detape-sur-lessai-discovery-promu-par-linserm/39387/

https://presse.inserm.fr/discovery-point-detape-au-14-mai-2020/39499/

https://www.liberation.fr/checknews/2020/05/15/ou-en-est-l-essai-therapeutique-discovery_1788158

https://www.recoverytrial.net/files/professional-downloads/recovery_noticetoinvestigators_2020-05-24_1422.pdf

Inserm - Démarrage de l'essai clinique contre le COVID-19 – vidéo 23 mars 2020

 

Auteur(s): Xavier Azalbert et Eric Gyssler pour FranceSoir


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