Recovery, la bonne nouvelle est un leurre pour cacher les incohérences et les fautes graves

Recovery, la bonne nouvelle est un leurre pour cacher les incohérences et les fautes graves

Publié le 17/06/2020 à 19:16 - Mise à jour à 19:27
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Auteur(s): Le Collectif Citoyen pour FranceSoir

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Alors que nous publions un article sur les manquements, les omissions et les manipulations du grand essai britannique Recovery d'Oxford University, un communiqué de presse sort hier faisant état d’une « découverte » : le corticoïde Dexaméthasone améliorerait la probabilité de survie chez les patients ayant reçu une assistance ventilatoire.  Cette information a bien sûr fait l’objet à cet instant de nombreuses reprises dans les médias.

C’est en soi une bonne nouvelle mais qui finalement, n'est pas vraiment une surprise.

Un médecin nous dit :  Les corticostéroïdes sont utilisés depuis longtemps en détresse respiratoire. Il semblerait donc anormal que l’on n’en administre pas à un patient dans un état avancé de détresse.

Une fois de plus, la désinformation circule grâce aux responsables de l'essai Recovery.

 

Qu’est-ce que la Dexaméthasone ?

C’est un corticoïde dont les propriétés sont bien connues et documentées dans le Vidal comme dans de maintes publications et études. 

Il s'agit d'un corticostéroïde on ne peut plus banal, médicament anti-inflammatoire, qui est déjà utilisé pour le traitement de la COVID-19 à des stades avancés de la maladie. Un corticostéroïde moins puissant, la méthylprednisolone, est en fait utilisé aussi dans le protocole de traitement MATH+ développé par l’Eastern Virginia Medical Group.

Sous assistance respiratoire, les patients ont une diminution de leurs capacités respiratoires et il n’est donc pas étonnant qu’un corticoïde fonctionne à ce niveau.


Ce qui est plus étonnant, c’est pourquoi cette nouvelle arrive maintenant

Dans le communiqué en date de ce 16 juin 2020, les investigateurs écrivent que les observations ont été faites en date du 8 juin 2020

Il leur aura donc fallu 8 jours pour alerter le public de cette pseudo bonne nouvelle.

L’hydroxychloroquine, par contre, a fait l’objet d’un communiqué immédiat qui a conclu à son retrait en date du 5 juin 2020. Le Pr Landray nous avait dit que les analyses avaient été faites la veille (donc le 4 juin à la demande du MHRA).  À cette date, le groupe de contrôle contenait 3132 patients. Moins de 24 heures ont été nécessaires aux investigateurs pour faire un communiqué de presse et informer du retrait des essais de l’hydroxychloroquine au motif qu’elle ne présentait aucun avantage, mais cependant n’était pas toxique. Pour rappel, le taux de létalité observé était de 25% non différent du placébo. 

24h pour retirer l’hydroxychloroquine.

 

Petit retour sur le calendrier

  • Le 23 mars une demande est faite à la MHRA par les investigateurs de l’étude Recovery, les Pr. Horby et Pr Landray. Deux jours plus tard, l’acceptation de l’inclusion de l’hydroxychloroquine dans l’essai est donnée, soit le 25 mars.
  • Un document de présentation de l’hydroxychloroquine est rédigé le 1er avril 2020.  Ce document n’est plus disponible sur le site internet.  Il a été remplacé par une version 3, le 18 avril 2020 même si le nom de ce document comporte une date différente et inclut le 20 avril

  • Le 26 mai le régulateur donne l’autorisation d’utiliser le remdésivir pour la Covid 19.
  • Le 27 mai Recovery inclut le remdésivir dans l’essai sans modifier le protocole.
  • Le 3 juin Recovery fait une modification de son protocole qui le fait passer de 6 bras à 7 bras avec plusieurs éléments modificatifs.
  • Le 4 juin le régulateur demande à Recovery de vérifier les effets de l’hydroxychloroquine.
  • Le 5 juin Recovery, dans un communiqué de presse sans précision, déclare que l’hydroxychloroquine, non toxique, n’a pas d’effet sur la Covid 19 et le retire de l’essai avec effet immédiat.
  • Le 5 juin FranceSoir interview Martin Landray.
  • Le 6 juin l’interview de Martin Landray est publiée et FranceSoir sort un premier article questionnant Recovery sur le dosage utilisé et d’autres éléments.
  • Le 8 juin Recovery fait l’analyse sur la dexaméthasone. Nous n’apprenons cette information que le 16 juin via le communiqué de presse. Personne n’était au courant.
  • Le 15 juin, FranceSoir publie un article à charge questionnant les mensonges et manipulations concernant Recovery.
  • Le 16 juin Recovery annonce en grande pompe que la dexaméthasone réduit la mortalité.  Le jour après les accusations sévères, révélées dans notre article. 

Nous ne reviendrons pas sur la diversion faite par un article de Libération interposé, où les investigateurs de Recovery ont indiqué que FranceSoir avait rapporté un faux propos ou mal compris.  Cette même personne annonçait sur twitter, à propos de l’étude viciée du Lancet, qu’enfin une étude prouvait que l’hydroxychloroquine ne fonctionnait pas, avant de devoir procéder à un exercice de style pour récupérer le coup. Il est dommage pour un journaliste, qui se veut scientifique, de non seulement n’avoir pas débusqué l’énorme fraude du Lancet et en plus de rater les éléments « alarmants » de l’étude de Recovery.

Nous aurions donc tant dérangé pour que les Pr Horby et Pr Landray ne demandent pas un droit de réponse à notre publication.

Ils ont visiblement utilisé l’aubaine offerte par voie de média interposé avec une interview dans Libération.  Avant bien sûr de déclarer que les propos de Pr Landray, que nous avions rapportés, étaient en fait corrects. 

Mais là finalement n’est pas le propos, nous avons des doutes sur Recovery, nous l’avons écrit mais certains éléments sautent au visage même des personnes les moins éclairées.  Pourquoi attendre 8 jours pour annoncer une bonne nouvelle alors que pour une information contre l'hydroxychloroquine les investigateurs se précipitent sur les réseaux sociaux.  

En s’intéressant de plus près au protocole, tout d’abord. Ce protocole en est à sa version 6 en date du 14 mai 2020. Ce nombre excessif de version est le signe d'un manque de maîtrise scientifique flagrant d'un protocole qui va à hue et à dia, au gré des besoins politiques du moment. Un outil sur internet permet de faire une comparaison avec la version précédente. Pour les non anglophones, nous recommandons de faire un click droit dans le navigateur et d’utiliser le service de traduction cela permet d’avoir une traduction.

En rouge les éléments enlevés et en vert les éléments ajoutés.  En outre, l’étude passe à 7 bras avec un nouveau bras le « plasma de convalescent » et il y a une modification d’un essai en « parallèle » à un essai « factoriel » avec des randomisations différentes

Le 7ème bras est le bras plasma qui n’était pas inclus dans la version précédente.  Cela veut dire que les patients pourront recevoir le plasma de patients qui sont guéris.

De plus nous voyons que le besoin de remplacement rénal (dialyse) est déplacé de mesures secondaires à autres mesures et qu’est inclus une mesure composite de mortalité ou le besoin de ventilation. Nous reviendrons sur l'importance de ce point dans un article à venir.

Il est normal qu'une étude évolutive voie son protocole évoluer avec le temps.

Mais ici, il s'agit d'évolution que l’on peut apparenter à de l’amateurisme et il n'y pas de volonté de transparence, qui serait la signature de la bonne foi par l'intermédiaire de communiqués de presse sur ces éléments.

 

 

En nous intéressant de plus près aux données disponibles, plusieurs points nous interpellent.

Nous sommes en pleine épidémie et les hospitalisations régressent, cependant elles sont bien plus importantes en Grande Bretagne qu’en France au même stade de l'épidémie.

Le 5 juin, donc le lendemain de l’analyse des données pour HCQ, la base de la cellule de contrôle « SOC : standard of care » rassemblait 3132 patients.  Le 8 juin lors de l’analyse suivant le SOC en comptait 4321 ; une différence donc de 1189 patients.  À ces deux dates, le nombre de patients déclarés dans l’essai était de 11000 patients le 5 juin et 11500 patients le 8 juin, approximativement de ce que dit Recovery dans les communiqués des deux dates respectives.

Entre le 5 juin, 515 admissions à l’hôpital, le 6 juin 438, le 7 juin 435 et le 8 juin 458 soit 1846 patients nouveaux dans les hôpitaux du Royaume Uni.  Le taux précédent d’inclusion dans l’essai estimé par Recovery était de 13%; cela veut donc dire qu’ils auraient inclus 1846*13% = 239 patients. Or, le communiqué de presse dit que le delta d’inclusion et de l’ordre de 500.  Recovery a donc dû pousser à l’inclusion des patients dans l’essai.  Ici le point le plus questionnable est comment peut-on avoir une augmentation de l’inclusion de 500 patients (différence entre 11 500 le 8 juin et 11 000 le 5 juin) et dans le même temps une augmentation du groupe placebo de 1189 (4321 le 8 juin vers 3132 le 5 juin). 

Ceci ne tient pas debout. Il y a donc forcément un couac ou une erreur quelque part.  Ce qui veut dire que les chiffres fournis sont discutables sur des choses simples.  Et, ici on ne parle pas des personnes qui sont malheureusement décédées.

 

Revenons sur la feuille de présentation aux médecins participants sur l’hydroxychloroquine

La version actuelle sur le site est la version 3 du 20 avril 2020 ou d’après la date indiquée par ' propriétés du document du 18 avril 2020, une incohérence de plus. Peu importante. Mais ce qui importe c’est que ce document est la justification de l’administration du dosage d’hydroxychloroquine, les 2400mg les premières 24h, suivie de 800mg les jours suivants pendant 9 jours. Ce document comporte 3 pages et explique qu’ils se sont basés sur une analyse pharmacocinétique et d’un document de l’OMS de 1995 sur l'usage de la chloroquine pour définir le dosage.  Cependant, l’analyse pharmacocinétique n’est pas disponible, celle évoquée par le Pr Landray et qui formerait la base du dosage très élevé d'hydroxychloroquine.

Impossible de trouver la version 2 sur le site de Recovery. Nos demandes à Recovery sont restées vaines. Cependant, nous avons réussi à nous procurer la version 2 de ce document ainsi que le rapport de l’OMS (70 pages), que nous avons présentés à divers experts microbiologistes et médecins.  Sans rentrer dans le détail de l’analyse les premiers éléments qui ressortent sont : 


 
  • Ce document là, fait 25 pages et comprend la fameuse analyse pharmacocinétique qui a été enlevée de la version 3, document qui pour mémoire a été réduit à 3 pages. Pourquoi?
  • L’analyse pharmacocinétique de ces documents extrapole plusieurs choses : la chloroquine et l’hydroxychloroquine, l’extrapolation de la dose de charge basée sur les documents de l’OMS.
  • On peut se poser la question de savoir si ces experts n'ont pas confondu les unités ou les métriques.

Nos experts regardant l’information sont encore plus surpris des quantités d’hydroxychloroquine évoquées et prescrites. L’hydroxychloroquine a une demi-vie assez longue sur des patients déjà infectés et la dose mortelle est considérée comme étant entre 3000mg et 5000mg sachant que l’overdose est à partir de 2000mg telle que définie dans le Vidal avec préconisation d’hospitalisation aux urgences.  Le document de l'OMS fait état de doses potentiellement létales à partir de 50 mg/Kg. Les patients ont reçu 2400mg le premier jour, 800mg le second 800mg le 3eme et ainsi de suite jusqu’au 9ème jour. Les données pharmacocinétiques présentées dans le document justificatif du dosage de l'HCQ dans Recovery sont le résultat d'extrapolations et simulations théoriques qui n'ont pas leur place dans un tel document où seules les preuves expérimentales doivent prévaloir.

Notre expert en essai clinique nous dit :

Ce document dénote un amateurisme certain, une ignorance totale de l'éthique médicale, le piétinement de la bonne pratique des essais cliniques et au final l'inconscience du fait qu'une dose de charge de 2.4 g est potentiellement létale selon l'âge, la masse corporelle et le degré de fragilité du patient. 

Cette grave faute pourrait expliquer l'absence de bénéfice de l'HCQ qui aurait ainsi tué autant de patients qu'elle en sauvait.

Si les investigateurs principaux de l'essai avaient voulu nuire à l'HCQ (entraînant probablement la mort de nombreux patients) ils n'auraient pas pu mieux faire.   

 

Données extraites de la monographie du produit pour l'hydroxychloroquine des laboratoires Mylan Pharmaceuticals

 

Les chefs investigateurs de Recovery, les professeurs Horby et Landray auront sûrement à répondre devant la justice de ce qui restera dans l’histoire comme les #CovidPapers et le #RecoveryFraud.  C'est à minima une erreur médicale, une incompétence ou potentiellement un crime.

 

 

 

Auteur(s): Le Collectif Citoyen pour FranceSoir


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