Homo naledi: "une découverte inouïe" pour le professeur Bruno Maureille

Homo naledi: "une découverte inouïe" pour le professeur Bruno Maureille

Publié le :

Vendredi 11 Septembre 2015 - 17:57

Mise à jour :

Vendredi 11 Septembre 2015 - 18:16
La découverte d'un nouveau type d'homme préhistorique en Afrique du Sud, l'"Homo naledi", enthousiasme le monde scientifique. Bruno Maureille, paléoanthropologue à l'université de Bordeaux, explique à "FranceSoir" pourquoi il s'agit d'une découverte très importante pour la compréhension de l'évolution humaine.
©Brett Eloff/REX Shutter/Sipa
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> Pourquoi la découverte de fossiles de cette nouvelle espèce humaine enthousiasme-t-elle autant le monde scientifique?

Cette découverte est importante pour trois raisons. La première, c'est l'ancienneté potentielle des vestiges qui peut être déduite de leur morphologie. A ce niveau, on a réellement des pièces qui probablement vont permettre de discuter, si elles datent effectivement aux alentours de 2,5 millions d'années comme le propose Lee Berger (l'un des chercheurs responsables de cette découverte, NDLR), l'ancienneté du genre Homo et la variabilité morphologique de ces membres du genre Homo en Afrique du Sud. En effet, c'est une région qui est relativement pauvre en fossiles du genre Homo.

Le second point c'est la nature même du matériel retrouvé. Sur ce site, il y a plusieurs milliers de vestiges et certains d'entre eux appartiennent à des individus dont on possède plusieurs membres (crânes, bras, fémurs…) pour des périodes aussi anciennes. Ce cas est absolument unique. C'est très rare d'obtenir autant de fossiles avant les premières sépultures intentionnelles que l'on date généralement autour de moins 100.000 ans. Sur ce site on trouve également des classes d'âge quasiment jamais représentées, il y a des adultes, des nouveau-nés et des immatures dans une population assez homogène. Ce groupe d'individus appartient vraisemblablement à la même population. C'est rarissime. Pour trouver une telle représentation d'une population donnée, on doit remonter à des sépultures collectives de la fin du paléolithique (entre 10.000 et 12.000 ans).

L'hypothèse proposée par le consortium de scientifiques qui étudie ce site forme la troisième raison de l'importance de cette découverte. Elle explique que les spécimens retrouvés seraient arrivés dans cette cavité suite à une activité humaine: en effet, ce site est extrêmement difficile d'accès. Cela ferait remonter ce type de comportement, soit placer les corps des individus décédés du groupe dans un même lieu, à des périodes que l'on ne soupçonnait pas encore.

> Que peut nous apprendre une telle découverte?

Si ces fossiles datent bien de 2,5 millions d'années, cela nous ouvre une porte nouvelle sur l'étude et la compréhension de la variabilité morphologique de ces premiers représentants du genre Homo qui sont très mal connus. L'état de conservation des squelettes, qui est très bon, est quasiment unique. Il faut attendre des sites âgés de 100.000 ans pour avoir des données équivalentes. Avoir plusieurs classes d'âge représentées nous permettra d'étudier leur croissance, leur développement, les marqueurs d'activités, les pathologies, l'alimentation ou encore le dimorphisme sexuel (l'ensemble des différences morphologiques plus ou moins marquées entre les individus mâle et femelle d'une même espèce, NDLR). C'est une découverte inouïe, il n'y a que ce site qui livre ce genre d'assemblages. Il n'y a pas d'équivalent.

> Les fossiles retrouvés appartiennent-ils au genre "Homo"?

De ce que j'ai lu des travaux sur la variabilité morphologique de ces fossiles, cela ressemble beaucoup plus à des individus du genre Homo que de type Australopithèque pour ce qui est de la morphologie crânienne. Ces fossiles sont parmi les plus anciens vestiges du genre Homo si la date fournit par Lee Berger, soit 2,5 millions d'années, est bonne. Cela classerait cette nouvelle espèce du genre Homo parmi les premiers représentants de ce genre. Cependant, cela ne veut pas dire que les individus retrouvés datent de cette période, il s'agit bien de l'espèce Homo naledi.

(Propos recueillis par Maxime Macé).

 

La découverte d'un nouveau représentan de l'espèce humaine est "sans équivalences" pour le paléoanthropologue Bruno Maureille.


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