Les cocoricos de FranceSoir : mettre les femmes au code

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Les cocoricos de FranceSoir : mettre les femmes au code

Publié le 27/10/2020 à 12:48
Souad Boutegrabet.
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Auteur(s): Yan Labêche pour FranceSoir

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En France, 33% des dirigeantes d’entreprises sont des femmes. Quand on parle numérique, le chiffre tombe à 7%. Dans les métiers de l’informatique, on est à 28% de femmes et même 11% dans la cyber sécurité. Une fatalité française ? Pas vraiment pour Souad Boutegrabet. Avec son association les Descodeuses, la trentenaire originaire d’Orly, forme en un an (5 mois théorique et 6 mois en stage) des femmes au code informatique. En 3 ans, ce sont 1 000 femmes qui ont passé le cap dont les 3 quarts sont devenus salariées entre temps.

 

France Soir : Pouvez vous nous expliquer les Descodeuses ?

Souad Boutegrabet : Descodeuses nait d’une envie de former au code informatique. Quand vous cherchez sur Internet des boulots dans le développement web ou le code informatique, vous le trouvez au masculin et pas au féminin. On a des formations au métier de développeuses. Nos ateliers sont destinés uniquement pour les femmes de 25 à 40 ans. C’est une association loi 1901, créée en 2017, avec une dizaine de bénévoles et 4 salariés et des ateliers un peu partout en France. Grâce à nos subventions publiques et privées, on a un lieu à Ménilmontant à Paris. Cette année, on a créé notre propre centre de formation au métier de développeuse web. Les 3 quarts ont trouvé du travail, malgré la crise.

 

FS : En quoi consistent ces métiers du développement web ?

SB : Les applications, les sites internet, la gestion de la base de données ou les services sont mis en place par du langage informatique qu’il faut maîtriser. Toute recherche que vous faites au quotidien, que ce soit par Smartphone ou par ordinateur du bout de votre doigt, passe par ses outils sur lesquels travaille le développement web.

 

FS : Pourtant, vous ne venez pas de l’informatique, ni du numérique

SB : Non, je viens d’une famille modeste du Val-de-Marne. J’ai fait un IUT dans les techniques de commercialisation, sans être convaincue. Pour mon master de management commercial, j’ai souhaité faire de l’alternance. Une banque a accepté car il avait un besoin d’une personne dans un quartier prioritaire. C’est la première et seule fois où le fait de venir de ma ville m’a servi pour être embauché en CDI. J’y suis restée 12 ans mais j’avais l’impression d’avoir fait le tour. Je voulais me convertir vers un nouveau domaine.

 

FS : Comment vous est venue l’idée de créer les Descodeuses ?

SB : A 33 ans quand j’ai quitté la banque, j’ai voyagé et fait des voyages (Pérou, Canada, Guatemala, Etats-Unis). J’étais active dans du bénévolat car je voulais me rendre utile et comprendre ce qu’il se passait dans la vie à l’autre bout du monde. Quand j’ai atterri à New York, à Harlem, j’ai fait la connaissance d’une ingénieure afro-américaine qui dirigeait une association, Black Girl Code. Pour elle, les femmes ne venaient pas au numérique car elles n’ont pas assez de modèles de référence. Ca a fait tilt en moi et à la situation en France. C’est aux Etats-Unis que je découvre cette question du genre. Je remarque aussi que dans la communauté de développeurs, nous sommes très peu nombreuses en tant que femmes.

 

FS : Pourquoi les femmes ne se dirigent elles pas vers ces voies ?

SB : Pour moi, l’absence de ses femmes dans le numérique et le scientifique provient, entre autres, de l’éducation. On fait confiance au système éducatif pour nous orienter. Or, on « genre » en France dés le plus jeune âge. On va privilégier pour les garçons des études longues (médecine, ingénierie, etc..) et conforter les études courtes pour les femmes. Il suffit de regarder les campagnes de communication pour les écoles avec des photos d’hommes dans des métiers prestigieux (aéronautique, médecine) alors que les femmes sont représentées dans les métiers du soin ou de l’assistance sociale.

 

FS : Comment arrivez-vous dans ce milieu masculin à vous faire une place ?

SB : Lors de ma reconversion, je me rapproche de quelques alliés, qui vont par la suite m’aider à m’organiser. Au cours des ateliers, je découvre toute une communauté de développeurs qui a envie d’une présence féminine plus importante. Malheureusement, ils ne savent pas comment faire. Je saisis rapidement qu’il y a un problème d’accès à l’information. Je décide alors d’aller parler de ces métiers aux femmes qui le souhaitent.

 

FS : Qui a été le plus dur à convaincre ? Les entreprises ? Les femmes ? Pôle Emploi ?

SB : Les entreprises ont été demandeuses et ont joué le jeu en recrutant des femmes. Certaines avaient un joli discours mais qui ne faisait pas l’effort. Il y a aussi des process RH qui sont très discriminant. De leur coté, les femmes se laissent convaincre de leurs capacités par la pratique. Pôle Emploi a tout de suite saisi l’utilité de notre démarche.

 

FS : Est ce qu’une femme développe aussi bien qu’un homme ?

SB : Il n’y a pas de différences majeures pour une femme à programmer. En revanche, actuellement, tout est pensé et programmé par les hommes avec les dégâts que cela peut causer au niveau des discriminations. Avec l’intelligence artificielle, il va falloir une présence féminine mais surtout de la diversité (handicap, origine, etc..). On ne peut laisser une partie de la population penser et créer. L’enjeu majeur est d’être présent pour éviter les discriminations à l’avenir.

 

FS : Le besoin de développeurs en France est il tel que l’on ne s’occupe plus de la question du genre ?

SB : Il y a un discours qui oriente fortement les femmes à venir avec un but d’obtenir l’égalité et la mixité dans le numérique. On est clairement dans un manque crucial de personnes formées dans le développement web. On se rappelle alors que les femmes existent. Comme en temps de guerre, quand un secteur est en difficulté de recrutement, on demande aux femmes de régler les problèmes.

 

FS : Le code informatique est il une solution  pour passer outre les discriminations ?

SB : Le numérique est une solution pour tout le monde que l’on vienne d’un quartier prioritaire ou du milieu rural. Ce sont des métiers où l’on peut travailler de n’importe où. La diversité des employeurs est importante (entreprises, associations, services publics). La solution numérique est accessible. Il faut inclure la diversité française car c’est elle qui va trouver les solutions à leurs problématiques.

 

 

Auteur(s): Yan Labêche pour FranceSoir


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