"Ma thèse en 180 secondes": Noëmie Mermet, la science dans la peau

"Ma thèse en 180 secondes": Noëmie Mermet, la science dans la peau

Publié le :

Vendredi 27 Février 2015 - 14:39

Mise à jour :

Mercredi 04 Mars 2015 - 22:02
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Pierre Plottu

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Noémie Mermet avait remporté la toute première finale internationale du concours "Ma thèse en 180 secondes", en septembre dernier. Alors que les qualifications de la deuxième édition viennent de démarrer, voici le portrait de cette jeune et jolie laborantine, passionnée de sciences depuis son plus jeune âge et bien éloignée des clichés habituels de la laborantine chercheuse en neurosciences.

Les Françaises avaient brillé au premier concours international de Ma thèse en 180 secondes, ce concours de "gouaille" où des scientifiques doivent capter l'attention, en trois petites minutes, d'un public de profanes avec leurs recherches de haut vol. Alors que les qualifications pour la deuxième édition viennent tout juste de commencer, voici le portrait de la gagnante française (cocorico!) de l'an passé, Noémie Mermet.

Au départ, ils étaient des centaines, en Belgique, au Canada, au Maroc et en France, à prétendre au titre. Le tout pour seulement douze places de finalistes et –forcément– un unique gagnant. Ce titre tant convoité, c’est Noëmie Mermet, une jeune neurobiologiste de 24 ans, qui l’a décroché, en septembre dernier.

Lors de ce "stand-up" pour têtes biens faites, Noémie Mermet, qui se dit pourtant timide, a réussi avec brio à passionner à son auditoire avec "l’implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKCy (prononcer "PKC gamma") dans un contexte d’allodynie". Un énoncé barbare et à première vue incompréhensible pour les profanes… Sa traduction par la biologiste est pourtant limpide: "lorsqu’on vous caresse sur le bras, c’est assez agréable. Mais lorsqu’au même endroit, vous avez un coup de soleil et qu’on passe la main dessus, ça peut être très douloureux. Imaginez alors que vous ressentiez cette douleur tout le temps, à certains endroits, alors que vous n’avez pas de coup de soleil. C’est ce qu’on appelle l’allodynie permanente». Une pathologie provoquée par des "neurones fourbes", les fameux PKC gamma, qui envoient par erreur les informations tactiles dans la zone du cerveau traitant la douleur.

Un sujet particulièrement abscon pour la plupart des gens, mais pas pour cette fille d’un médecin et d’une infirmière, qui a baigné dans l'univers scientifique dès son plus jeune âge.

Passion familiale

Toute petite, c’est lors d’une visite dans la maison de son grand-père, qu’elle n’a pas connu, que Noëmie Mermet a eu le déclic. "Il était biologiste lui aussi et, quand j’ai découvert ses collections d’insectes épinglés sur des tableaux, un peu comme dans les films, j’ai été fascinée", se souvient-elle pour FranceSoir.

Dès lors, elle se passionne pour le monde animal. "J’étais tout le temps dehors, à gratter la terre pour trouver des vers et des insectes, à en faire l’élevage", confie la jeune femme. A l’âge de neuf ans, elle prélève les cellules épithéliales dans la gueule de sa chienne avec un coton-tige pour les observer avec le microscope qu’elle a récupéré chez son aïeul. Elle veut devenir vétérinaire.

La jeune Noëmie ne brille pourtant pas forcément par ses résultats à l’école, dit-elle. Ainsi, après un parcours scolaire tout ce qu’il y a de plus classique dans son village natal de Saint-Lupicin, à quelques kilomètres du lac Léman, puis au lycée de Saint-Claude tout proche, elle décroche son bac scientifique. Sans mention, notamment parce qu’un certain nombre de matières, comme les maths, ne la passionnent guère…

Tout change dès son entré en fac de biologie à Besançon. Là, elle est dans son monde: les animaux et le vivant. C’est aussi à cette époque que naît sa passion pour les neurosciences. Travaillant le week-end dans un centre pour malades atteints de sclérose en plaques, une maladie du système nerveux central, la Jurassienne veut les aider en participant à la découverte d’un remède.

Partie pour Lyon, où elle achève sa licence, elle se heurte à un rythme de travail insensé. "En commençant à 8h, je restais parfois la nuit entière derrière ma paillasse. Je passais mes week-ends à travailler, que ce soit dans mon laboratoire ou d’autres, pour me faire un peu d’argent", raconte Noëmie Mermet. Une anecdote est parlante: "un jour, je me suis brûlée les deux jambes au deuxième degré avec de l’eau bouillante. Quand j’ai appelé mon directeur pour le prévenir et lui dire que j’allais à l’hôpital, il m’a juste demandé d’arriver avant 10h, car il avait une réunion…".

Débordée, elle ne voit ainsi pratiquement pas son petit ami. Et ce alors même qu’ils vivent ensemble… elle est de plus nostalgique de son petit village et mal à l’aise dans le brouhaha de la capitale des Gaules. Le doctorat qu’elle espérait décrocher devant fermer, elle cherche alors une autre université.

Vers le journalisme scientifique?

Ce sera celle de Clermont-Ferrand, dont le laboratoire Neuro-Dol la rappelle dès le lendemain de sa candidature et lui confie les recherches sur lesquelles elle travaille actuellement. Un soulagement pour Noëmie Mermet qui s'épanouit dans cette ville à taille plus humaine, où la nature est proche. Elle trouve également le temps de se remettre à la danse contemporaine, sa grande passion qu’elle pratique depuis dix ans, de cuisiner, d’écouter de la musique et de bouquiner "avec (s)es chats sur les genoux".

Questionnée sur son avenir, Noëmie Mermet évoque spontanément sa vie de famille. En couple depuis neuf ans, fiancée depuis peu, elle veut deux enfants, et cela avant 30 ans. Côté professionnel, son amour pour la vulgarisation la pousse vers le journalisme scientifique, même si elle aimerait faire une carrière de chercheuse. Mais les places sont chères en France…

Pourquoi ne pas partir à l’étranger? "Je ne pense pas, je n’ai pas tellement envie de participer à la fuite des cerveaux", explique la jeune femme. Car non contente d’être une tête bien faite et une jolie jeune femme, Noëmie Mermet est également engagée, même si elle refuse toute étiquette politique. 

"J’essaye de m’impliquer autant que mon emploi du temps me le permet dans les causes écologiques et humanitaires notamment", explique celle qui fait des dons mensuels à diverses ONG comme l’Unesco, le Sidaction et Action contre la Faim. "J’essaie de faire ce que je peux, à mon petit niveau", explique-t-elle très simplement, se révélant être à la fois chercheuse en neurosciences et en monde meilleur.

(L'allodynie permanente, expliquée par Noémie Mermet)

 

 

La ministre d el'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a reçu, en octobre dernier, Noémie Mermet (au centre) et les autres lauréates françaises du concours.

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