Noëmie Mermet, portrait de la gagnante du concours "Ma Thèse en 180 secondes"

Noëmie Mermet, portrait de la gagnante du concours "Ma Thèse en 180 secondes"

Publié le :

Lundi 27 Octobre 2014 - 16:44

Mise à jour :

Mercredi 12 Novembre 2014 - 10:23
Jeune et jolie, Noëmie Mermet est bien loin du cliché de la laborantine chercheuse en neurosciences. Pleine de vie, passionnée depuis son plus jeune âge, elle a surtout remporté, fin septembre, la première finale internationale du concours "Ma thèse en 180 secondes".
©DR
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Pierre Plottu

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Pour cette première édition internationale du concours Ma thèse en 180 secondes, ils étaient des centaines de doctorants en lice, en Belgique, au Canada, au Maroc et en France. Ce titre tant convoité, c’est Noëmie Mermet, une scientifique française de 24 ans, qui l’a décroché fin septembre, déclenchant un concert de louanges parmi lesquelles celles de la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem, qu’elle a rencontré fin octobre.

Ce concours consiste à présenter de manière claire et en moins de trois minutes ses recherches à un public de non initiés. Pour Noëmie Mermet: "L’implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKCy (prononcer "PKC gamma") dans un contexte d’allodynie"…

Sa traduction par la biologiste: "Lorsque vous avez un coup de soleil et qu’on passe la main dessus, ça peut être très douloureux. Imaginez alors que vous ressentiez cette douleur tout le temps, à certains endroits, alors que vous n’avez pas de coup de soleil. C’est ce qu’on appelle l’allodynie permanente". Une pathologie provoquée par des "neurones fourbes", les PKCy, qui envoient par erreur les informations tactiles dans la zone du cerveau traitant la douleur. Un exposé limpide.

Toute petite, c’est lors d’une visite dans la maison de son grand-père, qu’elle n’a pas connu, que Noëmie Mermet a eu le déclic. "Il était biologiste lui aussi et, quand j’ai découvert ses collections d’insectes épinglés sur des tableaux, un peu comme dans les films, j’ai été fascinée", se souvient-elle pour FranceSoir.

Dès lors, cette fille d’un médecin et d’une infirmière se passionne pour le monde animal. "J’étais tout le temps dehors, à gratter la terre pour trouver des vers et des insectes, à en faire l’élevage", confie-t-elle. A l’âge de neuf ans, elle prélève des cellules épithéliales dans la gueule de sa chienne pour les observer avec le microscope qu’elle a récupéré chez son grand-père. Elle veut devenir vétérinaire.

La jeune Noëmie ne brille pourtant pas forcément par ses résultats à l’école. Ainsi, après un parcours scolaire tout ce qu’il y a de plus classique dans son village natal de Saint-Lupicin, à quelques kilomètres du lac Léman, puis au lycée de Saint-Claude tout proche, elle décroche son bac scientifique. Sans mention –notamment parce qu’un certain nombre de matières, comme les maths, ne la passionnent guère… On est loin du cliché de la laborantine surdouée.

Tout change dès son entré en fac de biologie à Besançon. C’est à cette période que naît sa passion pour les neurosciences: travaillant le week-end dans un centre pour malades atteints de sclérose en plaques, une maladie du système nerveux central, elle est touchée par leur sort et veut les aider en participant à la découverte d’un remède.

Partie pour Lyon, où elle achève sa licence, elle se heurte à un rythme de travail insensé. "En commençant à 8h, je restais parfois la nuit entière derrière ma paillasse. Je passais mes week-ends à travailler, pour me faire un peu d’argent", raconte Noëmie Mermet. 

Une anecdote est parlante: "Un jour je me suis brûlée les deux jambes au deuxième degré avec de l’eau bouillante. Quand j’ai appelé mon directeur pour le prévenir et lui dire que j’allais à l’hôpital, il m’a juste demandé d’arriver avant 10h, car il avait une réunion…".

De Lyon à Clermont

Débordée, elle ne voit ainsi pratiquement pas son petit ami. Avec qui elle vit pourtant… La Jurassienne est également nostalgique de son petit village et mal à l’aise dans le brouhaha de la capitale des Gaules. Le doctorat qu’elle espérait décrocher devant fermer, elle cherche une autre université. 

Elle postule alors à celle de Clermont-Ferrand, qui la rappelle dès le lendemain et lui confie les recherches sur lesquelles elle travaille actuellement. Ayant retrouvé un rythme de travail "normal", elle a pu se remettre à la danse contemporaine et retrouver le plaisir de cuisiner, d’écouter de la musique et de bouquiner "avec (s)es chats sur les genoux".

Adepte des voyages, elle a parcouru une bonne partie du Maghreb et de l’Europe avec son père (ses parents sont divorcés, "un sujet encore sensible", confie-t-elle), puis son compagnon. Pour son post-doctorat, elle aimerait partir en Suède.

Interrogée sur son avenir, Noëmie Mermet évoque spontanément sa vie de famille. En couple depuis neuf ans, fiancée depuis peu, elle veut deux enfants, et cela avant 30 ans. Côté professionnel, son amour pour la vulgarisation la pousse vers le journalisme scientifique, même si elle aimerait faire une carrière de chercheuse. Mais les places sont chères en France…

Pourquoi ne pas partir à l’étranger? "Je ne pense pas, je n’ai pas tellement envie de participer à la fuite des cerveaux", explique la jeune femme. Car non contente d’être une tête bien faite et une jolie jeune femme, Noëmie Mermet est également engagée, même si elle refuse toute étiquette politique. 

"J’essaye de m’impliquer autant que mon emploi du temps me le permet dans les causes écologiques et humanitaires", dit celle qui fait des dons mensuels à diverses ONG comme l’Unesco, le Sidaction et Action contre la Faim. "J’essaie de faire ce que je peux, à mon petit niveau", explique très simplement la jeune femme, qui se révèle être à la fois chercheuse en neurosciences et en monde meilleur.

Noëmie Mermet, 24 ans, est chercheuse en neurosciences.


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