Sibérie: un nouveau virus géant vieux de 30.000 ans

Sibérie: un nouveau virus géant vieux de 30.000 ans

Publié le :

Mardi 08 Septembre 2015 - 15:20

Mise à jour :

Mardi 08 Septembre 2015 - 16:16
©Maarten Takens
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Des chercheurs ont découvert un nouveau type de virus géant, vieux de 30.000 ans, congelé dans les glaces sibériennes. Baptisé "Mollivirus sibericum", ce virus géant est le quatrième virus géant découvert dans le monde à ce jour.

En Sibérie, une équipe de chercheurs franco-russe vient de découvrir un nouveau type de virus géant vieux de 30.000 ans congelé dans le permafrost, les glaces permanentes. Baptisé "Mollivirus sibericum" en raison de la région où il a été trouvé (dans l'extrême nord-est sibérien) et parce qu’il est "tout mou" , il se présente comme une "coque oblongue d’environ 0,6 micron de long" et renferme un génome d'environ 650.000 paires de base, précise l’étude parue lundi 7 septembre sur le site du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Il s’agit du quatrième virus géant découvert dans le monde à ce jour.

En 2003, alors que le monde scientifique était encore persuadé que les virus étaient forcément très petits et composés de seulement une poignée de gènes, Jean-Michel Claverie, professeur de médecine à l’université Aix-Marseille, et Chantal Abergel, du CNRS, avaient découvert avec surprise un premier virus géant, "Mimivirus", riche d’un millier de gènes, en Grande-Bretagne. Dix ans plus tard, ils avaient découvert au Chili et en Australie des "Pandoravirus" dotés de plus de 2.500 gènes, avant de mettre au jour l’année dernière les "Pithovirus" (environ 500 gènes). Ces derniers ont eux aussi été découverts dans le sol gelé de l’extrême nord-est de la Sibérie.

L’accumulation de ces découvertes a permis à l’équipe de Jean-Michel Claverie de mettre au jour un nouveau plan de virologie qui pourrait bien révolutionner nos connaissances sur les origines de la vie. En effet, deux-tiers des gênes de ces micro-organismes, voire les trois-quarts pour certains d’entre eux, "ne ressemblent en rien à ce qui est connu sur Terre", explique-t-il.

Les virus géants, appelés ainsi en raison de leur taille supérieure à 0,5 micron (qui permet de les observer au microscope) et de l'importance du nombre de leurs gènes, pourraient bien être les héritiers "d’essais ratés" ou inachevés de cellules vieilles de plusieurs milliers d’années. Ils se seraient donc développés il y a au moins 30.000 ans mais n’auraient pas pu évoluer à cause du froid.

A la découverte du premier virus, "on pouvait penser alors qu’il s’agissait d’une anomalie de la nature. Mais aujourd’hui, ce n'est plus possible puisqu'on découvre une nouvelle famille de virus géants quasiment tous les ans", explique Jean-Michel Claverie, craignant que ces virus géants ne se réveillent si les hommes se mettaient un jour à remuer trop intensément les sous-sols des régions arctiques, de plus en plus accessibles en raison de la fonte des glaces, à la recherche de pétrole ou de minerai.

"Le réchauffement climatique rend des endroits autrefois complètement inacessibles complètement acessibles", s'inquiète le chercheur dans un entretien avec France Info. "Des couches qui n'ont pas été perturbées depuis des millions d'années vont revenir à la surface. (...). Si on n’y prend pas garde et qu’on industrialise ces endroits sans prendre de précautions, on court le risque de réveiller un jour des virus comme celui de la variole, qu’on pensait éradiqués". Il réclame une "surveillance épidémiologique" en Sibérie. 

En attendant, pas d'inquiétude majeure: le Mollivirus sibericum est inoffensif pour l'homme, assure-t-il après avoir réalisé des tests sur des tissus humains.

 

 

 

Le professeur Jean-Michel Claverie prône une "surveillance épidémiologique" en Sibérie.


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