Morts de cyclistes sur les routes: il fait un tour d'Europe à vélo pour dénoncer l'hécatombe (semaine 3)

Journal de bord

Morts de cyclistes sur les routes: il fait un tour d'Europe à vélo pour dénoncer l'hécatombe (semaine 3)

Publié le :

Lundi 17 Juillet 2017 - 12:34

Mise à jour :

Lundi 17 Juillet 2017 - 14:12
Michel Debien est un passionné de cyclisme et s'est lancé le pari fou de faire le tour d'Europe à vélo, un périple de 100 jours qu'il a commencé le 21 juin. Pour "FranceSoir", ce fabricant de roues haut de gamme raconte son périple dans un journal de bord, étape par étape. Lors de sa troisième semaine, il a traversé l'Irlande et l'Ecosse.
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La rédaction de FranceSoir.fr

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Afin de défendre la cause des cyclistes, trop souvent mis sur le bas-côté, Michel Debien s'est lancé le défi de faire le tour d'Europe à vélo. Un pari qu'il a commencé le 21 juin. Au programme: la traversée de 38 pays en 100 jours, soit 14.247 kilomètres sur la selle. Passionné de cyclisme, ce fabricant de roues de 58 ans raconte pour +FranceSoir+ son périple. Voici son journal de bord.

 

>Lundi 3 juillet

Arrivée du bateau à 4h du matin, rien mangé et pas dormi. Bonjour l’Irlande. Nous sommes dans le sud, la version républicaine: ici on paie en euros et on compte en kilomètres. Nous sommes en Europe, il fait un froid glacial. Je dois attendre 7h pour boire un café. Misti, un Tunisien, qui travaille à l’hôtel Fusion accompagnera mon café de quelques toasts, et me facilitera l’accès au brunch.

La route est faite de montées et de descentes en permanence. J’ai des difficultés à m’asseoir sur la selle, pourtant souple et bien adaptée à mon fessier endolori, très endolori. Ca m’inquiète pour la suite.

Je m’arrête pour acheter un adaptateur car les prises ici sont différentes des prises françaises. Par souci d’économie, j’achète une prise bas de gamme et au premier branchement mon téléphone est en vrac! Je suis furieux. Un réparateur de téléphone le démonte entièrement et me le rend avec l’écran cassé, que faire? En plus maintenant, il ne charge que lorsqu’il est éteint.

Un conducteur irlandais, Bill, me double et me fait signe de m’arrêter. Son épouse, Sophie, est Française. Il veut m’inviter à déjeuner. Evidemment, j’accepte car je ne connais jamais de quoi sera fait le prochain repas, ni quand il aura lieu d’ailleurs. Bill me propose un téléphone, j’aurai du accepter, la suite expliquera pourquoi! Ne jamais rien refuser est la règle dans ce genre de voyage.  

La pluie est glaciale, je ne m’y habitue pas. Le ciel est bas et toujours gris, ça influe tout de même sur le moral. Pour trouver la maison de Colman et Beth, c’est une horreur. J’arrive épuisé dans leur cottage en haut d’une colline déjà presque enveloppée par la nuit.

Leur maison est accueillante, je logerai pour cette nuit dans un petit chalet indépendant. WarmShowers, c’est une surprise chaque jour. Ensuite, quel que soit le confort et la pitance, il faut apprécier ce qui est offert sans le moindre jugement: c’est gratuit! Sans la communauté WarmShowers, ce voyage serait impossible.

Cela fait deux semaines que je suis parti et je suis en Irlande à prendre un bateau pour l’Ecosse, après 1.500 kilomètres effectués et la traversée de quatre pays. Je mesure la chance que j’ai pour l’instant. Des rencontres, des échanges avec des personnes si sympathiques et généreuses. Je suis certain de revenir changé de ce voyage. Je suis déjà moins maniaque et vais plus à l’essentiel.

Données techniques du jour

Parcours du jour: Rosslare - Kilamanogue (127 kilomètres – 7h30 – 20km/h)

Réseau pistes cyclables: En Irlande, hormis sur les vraies autoroutes, les cyclistes sont autorisés sur les routes à quatre voies. Parfois ils disposent d’une vraie route qui leur est réservée et large de quatre mètres, c’est presque trop!

Comportement des automobilistes: Cela fait maintenant une semaine que je suis au United Kingdown, le Royaume-Uni, enfin désuni puisque l’Irlande républicaine au sud est restée en Europe, alors que les autres pays n’en font plus partie avec le Brexit. En tout cas, c’est bien moins dangereux de pédaler ici qu’en France. Il y a peu de cyclistes et peu de voitures sauf dans les villes.

 

>Mardi 4 juillet

Colman part travailler. Nous déjeunons ensemble puis Beth me tient compagnie. Je fais un tri rapide de choses inutiles puis finalement jette la sacoche de guidon qui rend la direction du vélo imprécise et dangereuse. Je ne suis pas superstitieux mais l’étape 13 ne sera pas le meilleur souvenir de ce voyage, pas le pire non plus, peut être?

Je m’arrête dans un petit village touristique pour boire un café et comme d’habitude, j’ai droit à quelques gâteries dont un gâteau local incroyable à la fois nourrissant et délicieux. En repartant, le porte-bagages acheté 29 euros à Decathlon casse. Prévu pour 10 kilos il n’en a pas supporté 8!

 

Le porte-bagages acheté 29 euros à Décathlon a cassé.

Je suis devenu un piéton et trouve sur place une ambulance pour mon vélo. Le chauffeur roumain m’amène dans la prochaine ville où il y a un magasin spécialisé. Très sympa, il m’explique qu'ici tout est très cher, les loyers en particulier. A la boutique, le vendeur veut me vendre un porte-bagages minable pour 45 euros. Je refuse! 

Je commence à être agacé et je fais tomber mon téléphone, ce qui l’achève complètement. Il est désormais inutilisable! Ca va devenir très compliqué mais pour l’instant je dois m’occuper de mon vélo. Je dois sembler tellement désemparé qu'un homme descend de sa voiture, s'approche et me demande si j’ai besoin d’aide.

Ce retraité perspicace me conduit d’abord chez lui pour m’offrir un thé et me présenter son épouse. J’en ai profité pour dévorer le cake incontournable chez tout Irlandais respectable. Une fois l’estomac calé, il me conduit dans un immense magasin de vélo, le plus grand d’Irlande. En partant, il me remet un billet dans la main en me hurlant "vive la France". J’ouvre la main et je découvre 50 euros. Je veux le remercier mais il est déjà parti! Incroyable.

Je me débarrasse d’un maximum de choses pour alléger le chargement du porte-bagages: j’offre donc des gants, quelques vêtements inutiles, mon dictionnaire, des boîtes de sardines et jette quelques bricoles. L’allègement est notable. J’arrive tard chez Dave, Major est déjà là, un autre WarmShowers avec un vélo lourd chargé de 40 kilos de bagages. Ce soir c’est pizza surgelée et canapé, les jours se suivent et ne se ressemblent jamais.

Données techniques du jour

Parcours du jour: Kilamanogue - Skerries (98 kilomètres – 6h22 – 20,000 km/h)

Réseau pistes cyclables: Je n’en peux plus des pistes cyclables qui ne le sont pas toujours. Alors je roule sur la route, parfois c’est un peu risqué mais beaucoup moins qu’en France!

Comportement des automobilistes: L’Irlande est peu peuplé et pauvre. Donc hormis Dublin qui est une ville d’un million d’habitants, le reste du pays est très rural. Peu de voitures finalement. Je ne me suis jamais senti menacé. Les coups de klaxon sont rares.

 

>Mercredi 5 juillet

Dave part travailler en vélo, il bosse dans la finance. Major et son tank de 50 kilos s’échappent vers Dublin et je me retrouve seul sur la route de Belfast. Il est 7h du matin, j’ai froid. Alors que les deux lascars sont en tee-shirt, j’ai mis tout ce que j’avais. Un seul moyen pour se réchauffer, pédaler le plus fort possible, et ça fonctionne.

Un peu de mal à m’orienter dans les villes car comme toujours les panneaux sont indéchiffrables pour un Français. Mais enfin des panneaux qui indiquent le port, je suis sauvé. Je m’accorde une pause pour boire un café. Mary m’offrira une soupe, du pain, une sorte de sandwich saucisse, et même une poche de nourriture à emmener. Comment autant de générosité? Je suis surpris chaque jour un peu plus.

In extremis, je peux monter dans un bateau, avec un tarif très préférentiel! A l'intérieur, je regarde le Tour de France et dévore une assiette de frites qu’une famille allait jeter. Finalement, quand il s’agit de survie, je me découvre certaines nouvelles facettes. Après deux heures de traversée, je débarque en Ecosse, il fait presque chaud, le soleil brille discrètement. Un WarmShowers écossais en kilt s’est désisté. Il est tard, je suis presque sans argent et j’ai toujours faim.

Michel Debien a fait une traversée pour rejoindre l'Ecosse. 

Je rentre dans un Fish & Ships. Le patron Romano Petrucci m’offre un café et m’autorise à me connecter pour trouver une solution pour cette nuit. Puis, il me demande si j’ai faim. Il m’apporte un énorme poisson frit et des frites, du haddock local, excellent! Devant mon embarras pour dormir cette nuit. Il téléphone à des amis et ça fonctionne!

Au bout de 10 minutes, il me tend un papier pour aller dormir dans un petit hôtel, chez un de ses amis Scott. Cette nuit je suis donc logé à l'Arkhouse Pubet gratuitement. Que demander de plus ? 

Données techniques du jour

Parcours du jour: Skerries - Stanraer (160 kilomètres – 8h12 – 20,000 km/h)

Réseau pistes cyclables: Je n’en ai emprunté aucune aujourd’hui.

Comportement des automobilistes: Je commence à m’habituer à ne plus être en danger. Drôle de sensation!

 

>Jeudi 6 juillet

Scott me prépare un petit déjeuner typiquement écossais et pantagruélique. Je m’arrête chez Niels pour modifier les fixations du porte-bagages et hop c’est parti. J’ai de plus en plus de mal à m’asseoir sur la selle. Je la baisse encore, on verra si ça solutionne le problème. L’étape n’est pas si longue que cela.

J’arrive à Dumfries assez tôt pour aller au supermarché acheter des piles pour l’appareil photo puis avec James on se fait un buffet indien. Une fois de plus, je n'ai pas trop envie de taper sur le clavier. Je suis épuisé, le mal aux fesses empire, ça m’inquiète vraiment. Demain c’est l’étape 16, il en restera 84.

Une vraie bande cyclable et non pas une piste cyclable. 

Données techniques du jour

Parcours du jour: Stranraer - Dumfries (128 kilomètres – 6h46' – 20,000 km/h)

Réseau pistes cyclables: En Scotland, c’est de la piste cyclable de luxe. Une vraie autoroute qui longe la voie des voitures, puis plus rien. Difficile de comprendre la disparité entre ces différentes régions. 

Comportement des automobilistes: Sur quelques grandes routes, sans bande de roulage pour les cyclistes, il reste très peu d’espace quand deux voitures se croisent. C’est hyper limite. La vitesse est souvent contrôlée par des compagnies privées qui stationnent bien en évidence. Ainsi, très peu de véhicule roulent hyper vite. Je vais passer pour un idiot, mais ça m’arrive encore de rouler à droite, pas longtemps évidemment.

 

>Vendredi 7 juillet

J’arrive enfin chez Peter et Liz, ils m’attendaient. Tous les deux professeurs d’anglais. Excellent repas, J’ai mal partout ce soir, la douche très chaude sera bénéfique. Un bon lit m’attend, je m’endors comme chaque soir en cinq minutes.

Parcours du jour: Dumfries - Prudhoe (136 kilomètres – 7h17 – 20,000 km/h)

Réseau pistes cyclables: Je commence à être sérieusement fatigué. J'ai donc privilégié de ne pas me perdre pour ne surtout ne pas rallonger la distance. J'ai roulé sans Map's et c'est un peu compliqué de demander ma route. J'ai un gros problème d’accent. Ils ne me comprennent pas et c’est souvent réciproque.

Comportement des automobilistes: Les grandes routes sans voie cyclable sont très fréquentées. Parfois, les voitures passent près et plus on se rapproche des villes plus c'est le cas.

 

>Samedi 8 juillet

Liz me prépare un bon petit déjeuner. Peter m’accompagne à la poste de Prudhoe pour me débarrasser de toutes mes affaires qui logeaient sur le porte-bagages arrière. Décision difficile mais indispensable. Mon vélo est un vélo de course et n’est pas prévu pour transporter du poids. Je dois me séparer de presque tout et garder le minimum.

J’offre à Peter mon porte-bagages irlandais, il a les vélos adaptés pour l’utiliser. Nous descendons ensemble jusqu’à la piste cyclable près de la rivière et je pars. Le vélo est impossible à conduire, j’ai failli tomber. C’est étonnant comme le corps s’habitue à pédaler avec une charge importante et perd tous ses repères dès qu’elle est enlevée.

Aujourd’hui l’étape est courte je traîne dans Newcastle. J’arrive au bateau, impossible de négocier le prix. Un policier me demande de payer ou partir, 151,20 euros c’est trop cher pour une traversée lente mais pas très longue! C’est le quatrième transfert en bateau et vraiment le pire. Il en reste trois. La cagnotte SoKengo ne fonctionne pas, je suis inquiet.

Le ventre creux, je m’endors dans la cabine imposée par la compagnie maritime DFDS. Cela fait 20 jours que je suis parti. Ces trois semaines sont très vite passées.

Données techniques du jour

Parcours du jour: Prudhoe - Newcastle (72 kilomètres – 3h12 – 20,000 km/h)

Réseau pistes cyclables: Ici très peu de voitures.

Comportement des automobilistes: J’en ai croisé très peu, les Anglais dorment le samedi.

 

>Dimanche 9 juillet

Bye bye UK, bonjour Hollande. C'est un petit pays de 200 kilomètres sur 400, peuplé de seulement 17 millions d’habitants. Les gens sont accueillants malgré un abord un peu rustre. Tout est écrit en néerlandais et je n’y comprends rien. Je m’arrête 100 fois par jour pour demander ma route.

Dans le centre d’Amsterdam, il y a peu de voitures, des milliers de vélos, des parkings immenses avec seulement des vélos. Le plus incroyable, c'est que les cyclistes ont la priorité. Ce sont les automobilistes qui doivent céder le passage. Je demande ma route à un cycliste rencontré sur la route. Il m’accompagne puis me propose à manger! Il m’amène chez lui. Ralph est cuisinier, je me régale: il m’offre des barres énergétiques, des fruits et de l’eau fraîche. Un excellent café et c’est reparti! 

Michel Debien à Amsterdam. 

Je m’arrête dans le centre pour acheter une coque de protection et une façade d'écran pour mon nouveau téléphone, 15 euros. Pas question de casser celui-ci. Je me perds des dizaines de fois et demande ma route avec difficultés, c’est épuisant. Je croise des cyclistes qui me mettent sur la bonne route et j’arrive enfin à destination.

Jessy et Willem, vivent en pleine campagne, un havre de paix! un jardin extraordinaire, des moutons, des ruches. Ils font tout eux-même, même la bière. Des gens merveilleux qui prendront soins de moi avec beaucoup de générosité. Après un vrai repas bio, sans produit chimique, c’est l’heure du thé.

Données techniques du jour

Parcours du jour: Amsterdam - Schijndel (148 kilomètres – 7h52 – 20,000 km/h)

Réseau pistes cyclables: En Hollande, il y a plus de pistes cyclables que de route, il y en a partout.

Comportement des automobilistes: A part dans les centres villes, les cyclistes et les automobilistes ne se croisent jamais.

 

Michel Debien a poursuivi son périple en Irlande et en Ecosse.

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