Société

Polémique - Les gadgets « anti-jeunes » ou « anti-SDF » se multiplient

Philippe Cohen-Grillet, le vendredi 2 mai 2008 à 04:00

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L'appareil émet un son que seuls les adolescents perçoivent. On savait que Beethoven était sourd, désormais, il sera muet. Il ne s'agit pas, bien sûr, du célèbre compositeur, mais du gadget baptisé du nom du musicien, également connu comme le « boîtier anti-jeunes ».

Mardi, le juge des référés du tribunal de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) a prononcé l'interdiction de ce dispositif émettant des sons stridants, uniquement perceptibles par les jeunes de moins de 25 ans, dans le but d'empêcher, justement, les attroupements juvéniles. Pas sûr toutefois que cette décision mette fin au concert de critiques qui accompagne l'apparition de l'appareil, commercialisé en France depuis quelques mois par une société marseillaise. Le boîtier Beethoven est un véritable répulsif à adolescents. Explication : un mineur peut en effet percevoir des sons jusqu'à 20 kilohertz. Le seuil de cette fréquence s'abaisse progressivement avec l'âge. Un trentenaire ne peut par exemple entendre des sons que jusqu'à 16 kHz. « Beethoven » pousse donc ce volume et produit une sonnerie stridante faisant fuir les ados, considérés comme gêneurs.

L'appreil représente « une agression »


Cette sympathique invention est initialement destinée aux collectivités locales ou aux commerçants soucieux de faire déguerpir les bandes de jeunes dont l'occupation favorite consiste à squatter les hall d'immeubles ou « tenir le mur ». Mais dans l'affaire jugée à Saint-Brieuc, c'est précisément une association de commerçants qui demandait sa mise hors-circuit. Le boîtier en cause avait été installé par un particulier sur le mur de sa résidence secondaire, en plein centre-ville de Pléneuf-Val-André. Petit inconvénient, Beethoven ne fait pas la différence entre un jeune tenu pour indésirable et un client. D'où l'inquiétude des commerçants pour leur chiffre d'affaires. Dans son ordonnance, le juge a estimé que l'utilisation de l'appareil constitute « en soi une agression » et qu'il ne peut être considéré comme « une réponse appropriée à des troubles causés par une animation excessive d'une rue de centre-ville ».

Ministres en colère


La polémique, elle, est loin d'être mise en sourdine. Déjà, plusieurs ministres et secrétaires d'Etats, dont Roselyne Bachelot, Fadela Amara, Christine Boutin ou Bernard Laporte, se sont dits scandalisés et ont réclamé l'interdiction du repoussoir à jeunes. Pour autant, aucun n'a encore pris l'initiative d'un texte législatif ou réglementaire dans ce sens. Debut avril, la Commission européenne, saisie de la question, a refusé de trancher, renvoyant le choix d'autoriser ou de prohiber le boîtier à chaque Etat membre. La fameuse boîte est commercialisée depuis plusieurs année en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, sous l'appelation imagée de « Mosquito », sans susciter le moindre bruit. En revanche, elle fait l'objet en Belgique d'une plainte d'un adolescent qui accuse la boîte infernale installée près de chez lui de lui infliger de sévères migraines.
Pour l'heure, aucune étude scientifique n'a établi de relation de cause à effet entre l'appareil et des céphalées ou des vertiges. Le juge français a prononcé son interdiction pour cause de « gêne » et non de danger. Et la décision n'a pas de portée générale.
Les jeunes oreilles n'ont donc sans doute pas fini d'écouter du Beethoven suraigu.


Les « boules puantes » du maire contre les SDF

Le maire d’Argenteuil (Val-d’Oise) a de la suite dans les idées et de l’imagination. L’été dernier, Georges Mothron s’est illustré en ordonnant à ses employés municipaux de répandre un spray répulsif du nom de « Malodore » pour chasser les SDF des abords d’un centre commercial. Tollé immédiat déclenché par plusieurs associations d’aide aux démunis et jusqu’au sein même du gouvernement. Après avoir procédé à quelques « essais », le premier édile a finalement renoncé à sa mesure radicale. Le produit contenait une substance toxique qui dissuadait même les fonctionnaires préposés à la voirie de le manipuler. Déjà en 2005, le premier édile d’Argenteuil avait édicté un arrêté prohibant la mendicité sur le territoire de sa commune, arguant de la « gêne olfactive anormale » supposée être dégagée par les SDF. Jugeant la formule vexatoire, le préfet avait obtenu l’annulation de cette décision par le tribunal administratif. Persévérant, l’élu a signé un nouvel arrêté interdisant toujours de faire la manche près du supermarché jusqu’en 2011, avant de retirer de lui-même et discrètement son texte controversé. Le maire a donc tout de même tenté de lutter contre la pestilence et la « gêne olfactive » grâce… à des boules puantes. Comprenne qui pourra.

Edition France Soir du vendredi 2 mai 2008 n°19786 page 14

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1 commentaire

Vos commentaires

Pascal, le vendredi 2 mai 2008 à 14:52
Il convient de rappeler que le Maire d'Argenteuil concerné par ces pratiques a été désavoué par sa population et battu lors des élections municipales de mars 2008. Il aurait donc fallu dans l'article parler de l'ancien Maire d'Argenteuil.

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