Société

Bidonville - Le prix du départ des Roms de Saint-Ouen

Jean-Pierre Voillot, le vendredi 5 septembre 2008 à 04:00

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La destruction du bidonville de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, mais aussi le relogement des familles roms ont un prix. Une note salée qui ne résout pas les problèmes à leur origine.
Comme évoqué dans notre édition de mardi, le bidonville de la rue Ardouin a été rasé. La destruction du bidonville situé entre la bretelle de l’A86 et du RER D a commencé mercredi au moyen de deux pelleteuses. Les abris de fortune, les planches et les détritus qui jonchaient le sol de l’ancien site industriel étaient le lot, jusqu’à la semaine dernière, de plus de 600 personnes.

Aller-retour sous conditions

Lorsque les pelleteuses sont arrivées, la majeure partie des occupants du camp avait déjà quitté les lieux, hormis 29 d’entre eux. « J’imagine que ces personnes ont rejoint des cousins sur un autre camp sauvage », estime le sous-préfet de Saint-Denis, Olivier Dubaut. Ces derniers ont évacué le site sans incident. La destruction des anciens docks appartenant à EDF ont duré deux jours, et il est prévu de construire des HLM dans l’ancienne friche industrielle.

La plupart des Roms qui vivaient sur le site ont choisi de retourner dans leur pays d’origine, en bénéficiant des primes de départ, 300 euros par adulte et 100 euros par enfant. 217 personnes sont ainsi reparties en Roumanie ou en Bulgarie par des avions affrétés par l’Etat. Les aides au départ débloquées par le ministère de l’Intérieur sont évaluées à 51.500 €, pour le seul camp de la rue Ardouin. Les immigrés en situation irrégulière ayant eu recours au système du « retour volontaire » ont été plus de 23.000 l’année dernière à rejoindre leur pays d’origine.

1,2 million d’euros investis

« Il y a un changement de style de vie que tous ne souhaitaient pas entreprendre, précise le sous-préfet de Saint-Denis. On ne peut pas accueillir tout le monde ! » C’est pourquoi selon des critères précis, 24 familles ont été relogées dans des caravanes prêtées par l’association Emmaüs. Ce village d’insertion est un investissement évalué entre 1,2 et 2 millions d’euros, un coût important pour l’ensemble de la communauté de la Seine-Saint-Denis.

Cette politique « à la fois ferme et humaine », faite d’expulsions et d’aides à l’intégration, vise une entrée dans la « vie normale d’ici 3 à 4 ans » au sein des HLM nouvellement construites. Un point crucial est donné à l’intégration scolaire des enfants dans ce projet mais aussi au travail des adultes. « Le bâtiment a besoin de bras. Les Roms ne devraient pas être obligés de travailler au noir, j’espère qu’ils auront la possibilité de travailler officiellement », souligne le sous-préfet.

Cependant, une entreprise qui emploie un ressortissant étranger – comme un Rom – est obligée de payer des taxes d’intégration à l’Anaem, l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations. Pour un contrat d’un an ou plus dont le salaire est inférieur à 1.525 €, la taxe est de 893 euros, soit l’équivalent de de 30 heures au smic horaire. Dans le cas d’un salaire supérieur, la taxe monte à 1.612 € ! Un frein important à l’intégration des Roms qui finit par créer des bidonvilles tels que celui coûteusement détruit à Saint-Ouen.

Edition France Soir du vendredi 5 septembre 2008 n°19894 page 10

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