
L’indécence de l’assassin
Gérard Carreyrou, le jeudi 2 octobre 2008 Ã 04:00
Cette interview m’inspire deux commentaires, à l’égard du journal et à l’égard de l’interviewé.
1. Non, monsieur Christophe Barbier, directeur de L’Express, vous n’avez pas eu raison de publier cette interview. Le journal qui fut celui de Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Pierre Mendès France et François Mauriac, par son courage et sa lucidité notamment pendant la guerre d’Algérie, m’a donné l’irrésistible envie de faire ce métier. Tout journaliste a droit à l’erreur et je crois qu’après avoir, comme vous le dites, bien réfléchi vous avez fait une faute en donnant cette magistrale tribune d’expression à un homme qui n’a rien renié de son passé et de ses crimes, et qui affirme : « En tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire est nécessaire ». Quelles que soient vos précautions, Christophe Barbier, vous avez hélas concouru objectivement à l’apologie de la lutte armée et du terrorisme, et je le regrette pour L’Express.
2. Non, monsieur Jean-Marc Rouillan, vous n’auriez pas dû avoir le droit à la parole pour vous engager dans le débat politique. Qu’il s’agisse de votre choix en faveur du nouveau parti d’Olivier Besancenot ou de toute autre considération. Vous bénéficiez d’un régime de semi-liberté depuis décembre 2007, mais cela n’implique pas que vous ayez retrouvé vos droits civiques comme les honnêtes gens. Faut-il rappeler, M. Jean-Marc Rouillan, que vous êtes un assassin, que vous et les vôtres avez lâchement assassiné l’ingénieur général Audran, le 25 janvier 1985, parce que son nom de famille commençait par la première lettre de l’alphabet ?
Que vous et les vôtres avez assassiné, le 17 novembre 1986, le PDG de la Régie Renault, Georges Besse, dont le nom commençait par un « b », et que lorsque vous avez été arrêté, en février 1987, vous vous prépariez à un autre assassinat dont le nom de la victime aurait commencé par un « c », je sais de quoi je parle ainsi que les policiers qui ont retrouvé les notes de repérages… Sans doute vous inspiriez-vous à l’époque d’un polar d’Agatha Christie, ABC contre Poirot ! Je pense aux familles de vos victimes et j’estime que vous devriez avoir la décence de vous taire, monsieur l’assassin condamné à la perpétuité. Vous n’avez qu’un droit aujourd’hui dans notre société, c’est celui de demander le pardon de vos crimes.
Voir aussi l'article : Besancenot récupère le “camarade” Jean-Marc Rouillan
Edition France Soir du jeudi 2 octobre 2008 n°19917 page 6















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