Société

Adolescence - Ces enfants barbares qui ne reculent devant rien

Steeve Cupaiolo-Verney, le mercredi 8 octobre 2008 à 04:00

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Alors que les agressions perpétrées par des enfants se succèdent, notamment dans les écoles, le pédopsychiatre Maurice Berger, du CHU de Saint-Etienne, publie un livre sur les violences extrêmes.

Un adolescent qui brûle trois voitures à Lyon, le 20 septembre dernier, après avoir joué à un jeu vidéo. Une jeune fille de 15 ans qui se jette sur son enseignante et la frappe violemment avant de lui casser le nez, à Paris, quatre jours plus tard. Un autre élève de 10 ans qui agresse son institutrice dans le Val-D’oise la même semaine. C’est dans ce contexte difficile que vient d’être publié le livre Voulons-nous des enfants barbares ? Cet ouvrage, écrit par Maurice Berger (*), chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Etienne, évoque principalement la violence pathologique extrême « qui concerne environ 14.000 mineurs en France », indique ce dernier.

Maurice Berger aborde ainsi le processus à l’origine de la violence – physique et sexuelle – et les différentes conditions de prise en charge. Il dresse surtout un constat : La quasi-totalité des enfants et préadolescents auteurs de violences pathologiques extrêmes ont été soumis tout-petits – le plus souvent par leurs parents – à des relations particulièrement défectueuses, responsables de traumatismes relationnels précoces.

Il distingue plusieurs types de violence… pour autant de réponses. Si pour certains enfants, des soins psychiatriques semblent indispensables, d’autres pourront retrouver des repères à travers un système éducatif plus adapté. « Ces enfants qui fonctionnent avec la loi du plus fort, ont souvent une piètre estime d’eux-mêmes. Il est important qu’ils rencontrent des limites éducatives très contenantes. Pour cela, il faut soutenir et former les enseignants à faire face aux situations violentes. Il faut également que ces jeunes aient un enseignement adapté à leurs difficultés de pensée, en petits groupes », souligne Maurice Berger, qui remarque une troisième forme de violence : « Ce dernier cas concerne les enfants qui ont un comportement pervers, comme filmer et diffuser une scène violente, et qui prennent du plaisir à humilier l’autre. Il me paraît alors important que ces jeunes rencontrent une loi pénale très ferme ».

Reste à espérer que les recommandations du pédopsychiatre puissent contribuer à faire rapidement chuter les chiffres : les violences gratuites auraient augmenté de 100 % en dix ans et de 6 % entre 2006 et 2007.

Voulons-nous des enfants barbares ? de Maurice Berger, éd. Dunod, 224 p., 21,50 euros.

 


 “Il s’agit souvent d’enfants qui ont assisté à des scènes de violences familiales”

FRANCE-SOIR. Pourquoi un enfant bascule-t-il dans une violence extrême ?
MAURICE BERGER,, chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Etienne.
Nous savons désormais avec certitude que ces enfants ont été soumis dans les deux premières années de leur vie à des traumatismes relationnels précoces et répétitifs. Cela concerne des enfants qui peuvent avoir été battus ou abusés sexuellement. Mais il s’agit plus souvent d’enfants qui ont assisté à des scènes de violences familiales. D’autres ont été victimes de négligences graves : certains parents délaissent leur nourrisson en le laissant dans son berceau toute la journée ou en le confiant à des inconnus. C’est ce que l’on appelle le traumatisme en creux : quand l’enfant est complètement délaissé par des parents qui disparaissent pendant de grands moments. Nous savons désormais que ces situations créent des traumatismes terribles.

Dans votre ouvrage, vous évoquez des connaissances scientifiques qui permettraient une vraie prévention et que la France refuse de prendre en compte. De quoi s’agit-il exactement ?
Aujourd’hui nous pouvons évaluer précisément le développement et l’état affectif d’un nourrisson de moins de deux ans. Nous pouvons donc voir si ce qu’il subit entraîne des dégâts importants. Certains signes cliniques précis apparaissent dès 16 mois. Par exemple, dès que ces enfants ont acquis la marche, leurs mains sont libérées et ils peuvent commencer à frapper d’une manière particulière. Ces signes ne permettent pas de prédire l’évolution d’une manière absolue, mais ils indiquent tout de même que l’enfant est dans une situation très inquiétante.

Que reprochez-vous au système français ?
Ces troubles sont souvent fixés à partir de 2 ans. Or notre prévention n’est pas assez efficace avant cet âge. Contrairement à beaucoup d’autres pays, nous ne disposons pas d’un outil national d’évaluation. A cause de notre système de décentralisation, chaque département construit son propre outil d’évaluation, ce qui est une perte d’énergie stupéfiante, et nous avons une centaine de dispositifs différents les uns des autres. De plus, notre aide aux parents n’est pas assez intensive et structurée. Enfin, quand les parents ne peuvent pas évoluer, nous laissons l’enfant être exposé trop longtemps aux traumatismes dont il est victime. Alors que dans d’autres pays, on place l’enfant beaucoup plus tôt, avant que les troubles ne soient fixés.

Y a-t-il une relation de cause à effet avec la télévision et les jeux vidéo ?
Des travaux précis montrent que la violence à la télévision ne donne pas plus de jeunes violents. Les images peuvent favoriser la violence chez les sujets qui ont vécu dans un environnement très médiocre au niveau éducatif, mais elle ne la crée pas. Ces enfants ne savent pas jouer. Pour eux le jeu et la réalité sont la même chose. Nous aurions une France moins violente si les parents jouaient un quart d’heure par jour avec leurs enfants, avec la télévision éteinte. Une chose est claire : tous les enfants violents, n’ont pas eu de parents qui jouaient avec eux quand ils étaient petits.

Edition France Soir du mercredi 8 octobre 2008 n°19922 page 10

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