
Consécration - Le Français JMG Le Clézio Prix Nobel de littérature
Marie-Eve Wilson-Jamin, le vendredi 10 octobre 2008 à 04:00
« L’artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde », écrivait-il dans L’Extase matérielle. Jean-Marie Gustave Le Clézio est devenu hier le 14e écrivain français à recevoir le prix Nobel, la plus prestigieuse des récompenses littéraires, si l’on compte le fameux Nobel refusé par Sartre en 1964. Il s’inscrit dans la prestigieuse liste qui comprend Mauriac, Camus, Gide ou encore Bergson. L’Académie suédoise, qui décide du nom du lauréat de ce prix doté de 10 millions de couronnes suédoises (environ 1 million d’euros), a voulu récompenser un « écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur de l’humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ».
Des débuts très prometteurs
JMG Le Clézio, qui vient de publier ce mois-ci un nouvel ouvrage, Ritournelle de la faim, avait déjà commencé en littérature par un coup d’éclat. Son premier roman, Le Procès-verbal, lui valut en 1963, à seulement 23 ans, le prix Renaudot. Le Procès-verbal est emblématique de la première période de son écriture, tournée vers les thèmes de la folie et du langage. Une deuxième période se dessine à partir de la fin des années 70, l’écrivain s’orientant dès lors vers des horizons et civilisations qui lui sont chers.
Né à Nice en 1940, d’un père britannique et d’une mère bretonne, Le Clézio est donc bilingue. Issu d’une famille qui émigra au XVIIIe siècle à l’île Maurice, il traduit dans son œuvre la diversité de ses origines et son attrait pour les Indiens d’Amérique. Sa vie est celle d’un écrivain cosmopolite, qui partage aujourd’hui son temps entre Nice, le Mexique, l’île Maurice et d’autres contrées. A l’âge de 7 ans, il se rend au Nigeria avec sa mère pour y retrouver son père. Longtemps plus tard, il écrira Onitsha (1991), dans lequel il évoque le Nigeria d’après-guerre, à l’époque coloniale. Désert, roman situé entre le Sahara et Marseille, traite aussi de l’Afrique, des hommes bleus et de l’immigration, et a valu à Le Clézio, en 1980, d’être lauréat du premier Grand Prix Paul Morand.
Polémique sur la littérature américaine
Une polémique avait éclaté dans les jours précédant l’attribution de ce Nobel de littérature 2008, à la suite des propos du secrétaire permanent de l’Académie suédoise. Horace Engdahl avait suscité un tollé en déclarant que les écrivains américains composaient des œuvres trop repliées sur les Etats-Unis et ne participaient pas au « grand dialogue » de la littérature. Cette année, les noms de Philip Roth et de Joyce Carol Oates circulaient parmi les favoris du Nobel. L’œuvre de JMG Le Clézio est aux antipodes de la vision de la littérature stigmatisée par Horace Engdahl. « Ses œuvres ont un caractère cosmopolite. Français, il l’est, oui, mais c’est plus encore un voyageur, un citoyen du monde, un nomade », a dit Horace Engdahl.
Le Nobel de littérature sera remis à Le Clézio à Stockholm, lors d’une cérémonie en décembre. « Je suis très heureux, je suis d’ailleurs assez ému parce que je ne m’y attendais pas du tout », a déclaré l’écrivain en apprenant la nouvelle, ajoutant : « Il faut continuer à lire des romans. »
« Un citoyen du monde »
Parmi les nombreuses réactions, Nicolas Sarkozy a salué « un citoyen du monde » qui « incarne le rayonnement de la France ». Le chef de l’Etat français a souligné que l’attribution de cette prestigieuse récompense à cet auteur honorait « la France, la langue française et la francophonie ».
Edition France Soir du vendredi 10 octobre 2008 n°19924 page 7




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