Société

Natalité - L'idée de l'allongement du congé maternité trop ''coûteuse'', Nadine Morano

Propos recueillis par Jean-Pierre Voillot, le jeudi 16 octobre 2008 à 04:00

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La Commission européenne a récemment proposé de faire évoluer la durée minimale du congé de maternité de 14 à 18 semaines en Europe. Un dispositif que la secrétaire d’Etat chargée de la Famille, Nadine Morano, juge trop coûteux mais intéressant, dans une interview à France-Soir.
Dans le cas d’un vote positif du Parlement, il faudra attendre que la législation française évolue. Cependant, la France possède déjà un arsenal législatif très complet : les Françaises peuvent aujourd’hui profiter d’un congé maternité de 16 semaines au minimum, et peuvent le scinder pour pouvoir en user avant comme après l’accouchement. La directive européenne propose par ailleurs que les femmes puissent percevoir l’intégralité de leur salaire pendant cette période.


FRANCE-SOIR. Quel est l’objectif de la proposition du Commissaire européen ?
NADINE MORANO. Les pays de l’Union européenne ne peuvent renouveler leurs générations. La France, qui a pourtant le meilleur taux de natalité d’Europe, avec deux enfants par femme, peine à assurer ce renouvellement. C’est le plus grand défi que l’Union européenne aura à surmonter dans les vingt prochaines années. Il faut donc inciter les femmes à avoir des enfants.

La France est-elle bien placée en Europe, en ce qui concerne la politique familiale ?
Non seulement la France est bien placée, mais elle est de loin la première, en termes de natalité. Les dispositifs tels que les congés de maternité, les congés parentaux, mais aussi la prestation d’accueil jeune enfant et, en termes de fiscalité, le quotient familial, unique en Europe, font que nous avons la politique familiale la plus dense de l’Union. Nous y consacrons 88 milliards d’euros, soit 4,7 % de notre PIB !

Que pensez-vous des facilités professionnelles proposées aux mères dans ce projet ?
Il n’y a pas spécifiquement de facilités professionnelles proposées aux mères dans ce projet. Mais en France, nous menons une politique active pour augmenter notre taux d’emploi féminin qui est déjà excellent, à 82 %. Et pour ce faire, nous sommes en train de mettre en place, conformément aux engagements du président de la République, le développement de l’offre de garde d’enfants, pour offrir d’ici 2012 entre 200.000 et 400.000 places de garde supplémentaires. Des offres de garde que je souhaite adaptées à tous les modes de vie, et à tous les horaires. Car je veux aussi penser à toutes les personnes en France qui travaillent de nuit ou le week-end. C’est pour cette raison que j’ai voulu ouvrir les crèches de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) à tous les Parisiens, pour leur faire bénéficier de places de garde avec une très grande amplitude horaire. Et c’est bien pour cela que je vais faire passer d’autres conventions entre hôpitaux et caisses d’allocations familiales, pour ouvrir les crèches hospitalières à travers tout le territoire à l’ensemble des Français.

Pensez-vous que ce que propose la Commission soit utile pour les futures mères françaises ?
Encore une fois, c’est une proposition. Et certainement pas la directive à l’état final. J’ai demandé à ce que ce projet soit expertisé. Pour l’instant, le coup de cette mesure est évalué à près de 250 millions d’euros. Nous devons rester très prudents tant que le chiffrage n’est pas entièrement réalisé.

La France veut-elle faire l’impasse ?
La proposition reste intéressante, mais coûteuse… Nous avons des choix à faire sur les politiques à mener et les études du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) montrent que 70 % des Français attendent surtout des services. Faire des enfants, d’accord. Mais sans mode de garde, cela reste compliqué, quel que soit le congé de maternité !

Un autre volet de la directive est la lutte contre la discrimination à l’embauche à l’égard des femmes en âge d’avoir des enfants. Que souhaite faire le ministère ?
Il ne faut pas non plus alourdir les législations nationales. La France possède déjà de nombreux dispositifs contre ces discriminations. Il existe en revanche, parmi les pays de l’Union, des Etats qui n’ont aucune loi à ce sujet.

Ce n’est donc pas la France qui est pointée du doigt ?
Non, ce n’est certainement pas la France. Cette proposition a plutôt pour but de tirer vers le haut les pays qui n’ont pas une politique familiale suffisante. Il faut accompagner dans leur évolution ces pays qui sont moins bien pourvus.

 

Edition France Soir du jeudi 16 octobre 2008 n°19929 page 6

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