
Marie-Laure Picat : “J’ai fait ce qu’il fallait”
Virginie Belle, le jeudi 12 mars 2009 à 11:56
Petite maison sur le bord de la départementale à Puiseaux, dans le Loiret. Dans l’entrée, un canapé sans prétention accueille les amis, nombreux, de Marie-Laure. Tigrou, le chat, monte la garde, enfin ouvre un œil. Au mur, les coloriages des petits. Celle que l’on appelle désormais « mère courage » est assise à sa table, cigarettes à portée des lèvres. Le tutoiement est de rigueur. Il est 11 heures. « Aujourd’hui j’ai mal partout. Mais c’est mieux que dimanche. »
Marie-Laure a stoppé tous les traitements. Maman de quatre enfants, Julie, 11 ans, Thibault, 9 ans, Matthieu, 5 ans, et Margot, 2 ans, elle a ému la France entière. Condamnée par un cancer généralisé, elle se voit en avril dernier accorder par les médecins pas plus de trois mois de vie. « Je me suis battue pour que mes enfants restent ensemble, dans une famille d’accueil de la ville. » Elle voulait choisir ces nouveaux parents de cœur, « être certaine qu’ils seraient bien après mon départ ».
« Mère en sursis »
Après un combat remporté de haute lutte sur l’administration, Marie-Laure a signé un contrat avec l’aide sociale à l’enfance (ASE), afin que Valérie et Jean-Marc puissent accueillir ses petits. Un cas unique en France. Eprouvée par la maladie, Marie-Laure a fait le dur choix d’anticiper le placement de ses « bébés ». La petite Margot a été accueillie fin novembre, ses deux frères et sa grande sœur le 1er février dernier, chez Valérie et Jean-Marc, à un kilomètre de là. « J’ai l’impression de les abandonner, mais je n’ai pas le choix. Je suis trop fatiguée. C’est une façon de les habituer, de les préparer tranquillement à ce qui va arriver. » Inéluctablement.
« Ils ne réalisent pas encore, car ils me voient en forme », explique la jeune femme de 36 ans, véritable concentré d’amour maternel. « Les enfants se sont faits à cette nouvelle organisation. Seul Matthieu ne voulait pas partir. A deux reprises, il a fallu l’emmener de force. Il le fallait… La séparation est plus facile quand Jean-Marc et Valérie viennent les chercher à la maison. »
Tigrou, André, Cécile
Mercredi et samedi sont les jours permis, Marie-Laure retrouve alors les bruits, les cris et les bisous dans sa maison. Mais s’il lui prenait l’envie d’un câlin le jeudi, impossible, l’ASE ne le permet pas. « Les règles devraient être établies au cas par cas. Marie-Laure n’est pas un parent délinquant. Juste une mère qui veut profiter de ses enfants quand elle le peut, tant qu’elle le peut ! » s’insurge Cécile, sa « sangsue », son amie, venue remplir le frigo, avec André. Pendant ce temps, Marie-Laure avale une « croquette » de morphine, l’air de rien, après ce sera la pompe. Elle souffre. Fort caractère, elle sait que le supportable aujourd’hui deviendra pénible demain, avant la « grande dégringolade ». Ce délai lui interdit donc de partir pour Djerba, en Tunisie, avec Marie-Thé, sa prof de couture qui prend soin d’elle depuis la sixième. « Ce ne serait pas prudent et personne ne veut m’assurer de toute façon ! » Adieu Djerba, bonjour Puiseaux et ce soleil d’amitiés qui inonde le quotidien de Marie-Laure. Avant de dire adieu à la vie, cette maman en sursis a voulu raconter à ses « bébés » l’histoire de sa vie, son combat, expliquer d’où elle venait, cette mère dénuée d’affection, ce père brutal. Le Courage d’une mère sera dès mercredi dans les rayons des grandes librairies, et lundi partout en France. La porte se referme sur Tigrou, André, Cécile, et leurs rires. Marie-Laure est apaisée. « J’ai fait ce qu’il fallait »…
Le Courage d’une mère, de Marie-Laure Picat, Oh ! Editions, 272 p., 18,90 euros. Une partie du produit des ventes est destinée aux quatre enfants de Marie-Laure. Cet argent leur sera accessible à leur majorité.
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