FRANCE-SOIR. Les résultats des travaux de la Commission sur la diversité et l’égalité des chances vont-elles donner de nouvelles pistes de réflexion sur l’égalité des chances, dès le lycée ?
Xavier Darcos. Bien sûr. Si nous voulons réformer le lycée, c’est précisément pour qu’il donne à tous ses élèves les mêmes chances d’accéder à l’excellence aussi nous ne devons pas avoir de tabou à examiner toutes les propositions qui pourront être faites par cette commission. J’ai déjà indiqué, par exemple, que je n’étais pas favorable, à titre personnel à l’instauration de quotas ethniques. Mais je reconnais qu’il s’agit d’une question qui mérite d’être débattue très largement et sur laquelle le silence de l’opposition, d’ailleurs, est proprement assourdissant.
Quel est l’engagement du ministère quant à la mixité sociale au lycée ?
La mixité sociale, c’est souvent au collège qu’elle se joue. Chacun sait que la carte scolaire, qui était chargée d’assurer la mixité sociale, s’était mise progressivement à produire l’inverse, en laissant les plus privilégiés échapper à la contrainte alors qu’elle l’imposait strictement aux plus fragiles. Voilà pourquoi, conformément à la promesse du président de la République, nous avons voulu que les parents aient le choix et que lorsque la demande excède l’offre, ce soient les élèves boursiers qui soient prioritaires. Quant à l’accès aux formations les plus prestigieuses, c’est dès la classe de seconde qu’elle se détermine aujourd’hui, par le jeu des options. C’est pourquoi je souhaite qu’on revienne à une vraie seconde générale et qu’on incite les élèves à s’orienter selon leurs goûts et leurs aptitudes plutôt qu’en fonction du prestige des différentes filières.
Quelle est votre opinion sur les actions de discrimination positive ? Les initiatives prises par certaines grandes écoles (Essec, Sciences Po…) peuvent-elles être élargies ?
Ces mesures ont eu le très grand mérite de briser le tabou de la reproduction sociale dans les grandes écoles. Mais elles lancent aussi un vrai défi à notre système scolaire, celui de donner à chaque élève, quelle que soit son origine, les mêmes chances de se présenter et d’être reçu aux concours les plus prestigieux. Avec Fadela Amara, nous avons mis en place des mesures de soutien scolaire dans les 200 lycées réputés les plus difficiles et nous avons fait en sorte que, désormais, les 5 % des meilleurs élèves de chaque lycée puissent être admis dans une classe préparatoire s’ils le souhaitent. Et j’encourage les lycées qui le souhaitent à mener toutes les expérimentations qui leur paraissent aller dans le sens d’une meilleure égalité des chances.
Des tuteurs pour réussir les concours
Avec le programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? » (PQPM), l’Essec a lancé la vague du tutorat au sein des grandes écoles. Depuis 2002, cette prestigieuse école de commerce parisienne a instauré un système de « coaching » auprès d’élèves de lycées socialement défavorisés de région parisienne. Depuis, une quarantaine de projets similaires ont vu le jour dans toute la France.
L’idée : permettre à des lycéens issus de milieux modestes d’accéder à un enseignement supérieur, dit d’élite. Durant trois ans, de la seconde à la terminale et à raison de trois heures par semaines, les adolescents approfondissent leurs connaissances avec un « tuteur », étudiant à l’Essec. « Ils participent également à des sorties culturelles et rencontrent des professionnels du secteur de leur choix », détaille Chantal Dardelet, qui chapeaute le programme.
Et ça marche : les 4.500 participants à ce jour ont tous poursuivi leurs études après le bac, et 35 % d’entre eux ont intégré une grande école. « Ça m’a permis de prendre confiance en moi et de trouver des stages déterminants grâce au réseau de l’Essec », témoigne Christelle Basilua ancienne lycéenne de la troisième promotion de PQPM. Elle a depuis quitté son lycée de Jouy-le-Moutier (95) pour intégrer l’Essec.
Les recruteurs se labellisentLa diversité a récemment pris une nouvelle dimension dans les grandes entreprises. Au-delà de l’aspect « solidaire », sa prise en compte est désormais un atout de développement et d’innovation. Pour formaliser cet objectif, les postes de « responsables diversité » fleurissent. Des processus de innovants sont mis en œuvre. Ainsi des forums de recrutements ciblés, par exemple envers les jeunes des quartiers défavorisés, mais aussi du recours au CV anonyme. Pas moins de 100 entreprises le testeront en 2009, suite à une proposition de l’Etat.
Cahier des charges
Afin de certifier ces bonnes pratiques, et encourager les politiques volontaristes, l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) a lancé, en septembre 2008, le « label diversité ». Plus qu’une simple distinction, ce label consacre les entreprises qui respectent un strict cahier des charges en matière de recrutement et de gestion du personnel.
Ces précautions ne sont pas sans lien avec les opérations de testing menées par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). Dans son dernier rapport, l’institution comptabilise 8.000 réclamations de citoyens. Dans un tiers des cas, il s’agit de discriminations liées à l’origine.



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