
Mur de Berlin - Rohr : “Ces joueurs étaient des robots”
Maxime Mianat, le lundi 9 novembre 2009 à 04:00
FRANCE-SOIR. Joueur, quel regard portiez-vous sur la RDA ?
GERNOT ROHR. Ce pays m’a forcément toujours intéressé. J’y avais des amis et j’ai plusieurs fois joué au football contre des clubs de l’ex-RDA en Coupe d’Europe, avec le Bayern de Munich. Ces équipes ont souvent eu de bons résultats ; Leipzig et Magdebourg ont même atteint des finales. Avec Munich, je me souviens d’un match contre le Dynamo Dresde. Ils avaient reçu au tour précédent une formation italienne qui s’était plainte d’avoir été intoxiquée par la cantine d’un l’hôtel de la ville. Un peu craintifs, nous avions alors mangé dans le bus du Bayern, qui possédait sa propre cuisine.
La rivalité entre les sélections de RFA et de RDA était exacerbée par les tensions politiques…
La RDA voulait prouver sa supériorité. J’ai affronté l’équipe juniors de RDA chez les jeunes à la fin des années 1960. Comme ils n’avaient pas de chaussures, on les a rencontrés en secret pour leur offrir des Adidas. Sans, bien sûr, en avertir les surveillants, sinon on risquait gros ! On avait sympathisé avec eux. Entre joueurs, cela se passait bien.
Quel football pratiquaient-ils ?
Ces joueurs étaient des robots. Ils étaient choisis très jeunes, dès 4, 5 ans, selon des paramètres plutôt limites, pour être regroupés dans des structures de l’Etat. On les orientait plus tard vers les différents sports, la gymnastique ou le football, par exemple. Ce système était censé garantir une certaine qualité. Les footballeurs professionnels étaient réunis des journées entières, s’entraînaient le matin et l’après-midi pour ne sortir que tard le soir. Certains essayaient de prendre la fuite à l’Ouest dès qu’ils le pouvaient. Deux joueurs passés à Francfort ont ainsi été suspendus un an.
Comment expliquer-vous que la chute du mur n’ait pas profité aux clubs de l’Est ?
A la chute du mur, les clubs de RFA qui avaient de l’argent ont acheté les bons joueurs évoluant à l’Est, qui ne se sont pas fait prier pour partir là où était le fric. Résultat : les équipes ont décliné. On a bien retrouvé pendant quelques années l’Energie Cottbus et le Hansa Rostock en première division, mais ils sont depuis redescendus.




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