« Ostalgie », donc. Malgré l’évidence, rétrospective ou non, du fait que la RDA tenait plus du régime totalitaire que de la république démocratique, la nostalgie de l’Est est un sentiment partagé par nombre d’« Ossies ». Un sondage publié en juin dernier par le Berliner Zeitung révélait qu’une majorité de ses anciens ressortissants jugent que la RDA avait « davantage d’aspects positifs que négatifs », 49 % allant même jusqu’à estimer qu’il « y avait quelques problèmes, mais globalement on y vivait bien ». S’il y a pourtant, un domaine dans lequel il semble difficile de regretter l’ex-RDA, c'est bien le sport : entraînés jusqu’à la torture, dopés dès leur plus jeune âge, irrémédiablement déformés, quelque 10.000 athlètes auraient ainsi été broyés par un système plaçant l’effort physique au cœur de ses valeurs. Le sport en guise de vitrine, l’idée n’était pas nouvelle, mais entre le début de la décennie 1970 et la chute du mur, la RDA mit sur pied un véritable dopage d’Etat. En 2002, l’Allemagne reconnaissait bien plus que symboliquement ce fléau et débloquait même un fonds de 2 millions d’euros pour indemniser une partie des anciens athlètes et de leurs familles. L’héritage, pourtant, est bien loin d’être soldé.
Ballack « doit beaucoup » à la RDALe plus illustre des footballeurs allemands actuellement en exercice, Michael Ballack, est originaire de Chemnitz, en ex-RDA, et ne manque jamais l’occasion de rappeler qu’il « doit beaucoup au club de sa ville natale », l’ancien FC Karl-Marx-Stadt, et surtout à la manière dont le sport était alors enseigné en Allemagne de l’Est. « C’est grâce à cela que j’ai compris que le talent ne suffisait pas, que seuls une discipline et un travail exemplaires permettaient d’arriver à ses fins », estime Ballack. Le capitaine de la Nationalmannschaft, arrivé en 1983 au FC Chemnitzer, champion de RDA en 1967 et aujourd’hui relégué en cinquième division, a pourtant forcément connu l’aspect noir de l’éducation des jeunes sportifs. Il semble préférer l’oublier, regrettant même publiquement les procès régulièrement intentés à des anciens médecins et entraîneurs d’ex-RDA.
Magdebourg seul rescapéQue reste-t-il, pourtant, du sport professionnel en ex-RDA ? Ecrasé par la puissance financière de l’ancienne RFA, il a peu à peu sombré, n’existant presque plus aujourd’hui, au grand dam des « Ossies ». Un club de handball, Magdebourg, quelques médailles salies par la manière dont elles ont été acquises, et tant de vies abîmées… Probablement conscients de l’absurdité d’un système destructeur, les ressortissants de l’ex-Allemagne de l’Est peinent cependant à le condamner clairement, à l’image, donc, de Michael Ballack. Converti depuis belle lurette aux vertus du capitalisme, le milieu de terrain de Chelsea, l’un des clubs les plus riches du monde, symbolise finalement une forme de schizophrénie de nombre d’« Ossies », nostalgiques d’un monde disparu et contraints de s’adapter à un système qu’ils n’ont pas vraiment choisi, même s’il les avantage parfois. Une fois de plus, le sport s’avère être le reflet d’une société, en l’occurrence une Allemagne officiellement réconciliée mais où les murs les plus solides ne sont pas forcément des constructions physiques.


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