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Corruption : Truquer un match, c'est simple

Football et corruption


Comment truque-t-on un match de football ? En suivant quelques règles de base.

Début décembre, la rencontre entre Zagreb et Lyon avait, à tort, fait l'objet de rumeurs sur une possible corruption
Début décembre, la rencontre entre Zagreb et Lyon avait, à tort, fait l'objet de rumeurs sur une possible corruption MaxPPP

Pour lutter contre la corruption « et les criminels » qui « conspirent et réussissent parfois à manipuler des matchs internationaux », la FIFA a annoncé la semaine dernière vouloir faire appel à Interpol et protéger les sources qui l'informeraient de toutes pratiques illégales. Une décision compréhensible tant les scandales se multiplient, liés à l'explosion des paris sportifs en ligne. Mais comment truque-t-on une rencontre sportive ?

En premier lieu, il convient de bien choisir son Tour opérateur. Wilson Raj Perumal, un Singapourien, a ainsi testé la Finlande, une destination prisée par les magouilleurs. L'homme s'est arrêté à Rovaniemi, village du Père Noël, où les cadeaux se font aussi sous la table. Il offrait jusqu'à 20.000 euros aux joueurs pour truquer les rencontres du championnat. Lui-même touchait parfois 50.000 euros plus un intéressement sur les paris clandestins. Condamné depuis à deux ans de prison, il explique avoir profité des faibles revenus des joueurs locaux pour les séduire : « Ils vivaient dans des conditions atroces. En six mois, leur vie a fait un virage à 360°. Ils ont été capables de payer un acompte pour une maison, leurs enfants pouvaient aller dans des écoles de meilleure qualité. J'ai eu des joueurs qui m'ont remercié pour leur avoir donné cette opportunité. » Perumal a profité des largesses de la Fédération et de certaines équipes : « Lorsque tu vas vers elles en leur proposant un adversaire prêt à prendre à sa charge toutes les dépenses pour disputer une rencontre amicale, elles t'accueillent les bras grand ouverts. »  

L'Europe de l'Est peut également plaire aux tricheurs débutants. Le 4 janvier, la police croate a arrêté l'ancien international Nenad Pralija, impliqué dans une enquête de matches arrangés. Plus récemment, un Bosniaque, Vahidin Čahtarević, a avoué avoir corrompu un arbitre lors d'une rencontre de Première division en lui offrant 6.500 euros. « Mais cela n'était pas assez, explique-t-il. Le match s’est mal fini pour nous. Par la suite, l’arbitre nous a rendu l’argent... Évidemment, l’autre club l’avait payé davantage. » Ou la glorieuse incertitude du sport. Encore plus prisée, l'Asie du Sud-Est est un marché très rentable. Là-bas, calcule la FIFA, les revenus liés à la manipulation des matches sont estimés « entre cinq et quinze milliards d'euros par an. »

Le capitaine, cible idéale

Après avoir établi son paramètre d'action, l'escroc décide de contacter un joueur. Pas n'importe lequel : pour voir sa tentative de corruption réussir, il doit cibler en priorité le gardien de but, le défenseur central et le capitaine. Le gardien encaisse les buts. Le défenseur oublie de marquer l'attaquant. Le capitaine transmet le message au reste de l'équipe. Inutile, par exemple, de vouloir corrompre un latéral droit. Encore plus s'il est roux et qu'il joue à Bordeaux :



En Italie, un joueur anonyme de Deuxième division, Simone Farina, a refusé une offre de 200.000 euros de la part d'un intermédiaire. Farina a interpellé la justice. Puis, en guise de récompense, il a été invité par la FIFA à la cérémonie de remise du Ballon d'Or. Certains de ses confrères n'ont pas son courage. Plus inquiétant, la plupart semblent ne rien remarquer. « Le plus grand ennemi est la naïveté, déplore Chris Eaton, responsable de la sécurité à la FIFA, en ce sens que les gens pensent : "C'est un sport magnifique, qui essaierait d'en tirer profit?" » Actuel meilleur buteur du championnat belge, Jérémy Perbet assure dans une interview accordée à Football.fr n'avoir « jamais entendu parler de problèmes de corruption, de matches arrangés ou truqués ». Lorsqu'il évoluait en Chine, le milieu Mickaël Murcy n'avait « pas cherché à approfondir la question », se contentant de taper le cuir avec le club de Shadong Luneng Taisha. Les inconvénients de vivre dans une bulle.

Le sexe, arme fatale

Pour un corrupteur, le plus difficile est de trouver un joueur susceptible de coopérer. Mais, s'il sent une once d'hésitation ou un refus manquant de fermeté, il est alors assez facile pour lui de le convaincre à tricher. Dans son livre Comment truquer un match de foot?, le journaliste britannique Declan Hill a rencontré un gangster américain, Michael Franzese, qui travaillait à une époque dans le crime organisée et le jeu. Concrètement, il truquait des matches de hockey. Franzese connaissait bien les sportifs. Il savait tout de leurs faiblesses. Il raconte: « On peut les approcher ou les piéger avec une femme. Elle peut tomber enceinte, ou prétendre l'être. Cela fout en l'air le match. Ou bien les faire sortir tard, faire la fête la nuit avant le match. » Comment les approchait-il ? En fréquentant leurs bars, leurs hôtels ou en passant par des prostituées pour établir le contact. Un autre filou, Ljubomir Barin, aurait aidé des clubs français à gagner des matches de coupe d'Europe dans les années 80 et 90. Un jour, ce Croate s'est retrouvé sur le bateau d'un président d'un club du sud de la France. Un arbitre, présent sur le navire, lorgnait la montre du président. « Le lendemain matin, écrit Declan Hill, il reçut la même montre en cadeau. »


S'il veut mettre toutes les chances de son côté, l'apprenti tricheur prendra la montre et attendra l'heure H pour bouger. Il choisira de préférence une équipe démobilisée, par exemple déjà condamnée à la descente ou éliminée d'une compétition. Le 7 décembre, l'imposante défaite (1-7) du Dinamo Zagreb contre Lyon, lors de la dernière journée de la phase de poules de la Ligue des Champions, a pu semer le doute dans l'esprit de beaucoup. Les joueurs croates n'avaient plus rien à jouer. Pour la FIFA, « l'un des plus gros risques se situe au niveau des qualifications pour la Coupe du monde, en particulier lorsque des équipes estiment qu'elles n'ont pas une chance réelle d'aller à la Coupe du monde. » Ah, au fait, lors des éliminatoires du Mondial 2014, la Finlande affrontera la France.

 

Par Maxime Mianat

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