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Le footballeur, un produit en crise

Football

Publié le 31 août 2010 à 09h24
Mis à jour le 1 septembre 2010 à 08h54

Le dernier jour d’ouverture du marché des transferts, ce mardi, constitue une ultime chance pour beaucoup de joueurs de trouver un contrat à la hauteur de leurs espérances, souvent élevées.

La fin de carrière de Jérôme Rothen, 32 ans, n’a rien d’un conte de fées. Mis à l’écart par le PSG, le milieu international français fait chasuble à part, en équipe réserve, dans l’attente d’un départ. Aura-t-il trouvé chaussure à son pied lorsque minuit sonnera, ce soir, pour signaler la fin du marché des transferts ? On lui prête un contact avec Auxerre. Une chance, tant on ne prête plus grand-chose aux footballeurs depuis la dernière Coupe du monde et le lamentable spectacle des millionnaires grévistes de Knysna. Joint par nos soins, le Parisien « ne veut pas parler de sa situation », préférant la discrétion. Sa condition de footballeur précaire reste confortable, avec un salaire de 180.000 € mensuels. C’est parce qu’il refuse de revoir ses exigences à la baisse que Rothen est actuellement sur le carreau. Sa situation est partagée par d’autres.

En 2009-2010, les clubs professionnels ont perdu 180 millions d’euros, un record, et ce déficit les oblige désormais à demander à leurs salariés des efforts financiers importants. « On va avoir trois années extrêmement difficiles », expliquait au début du mois Frédéric Thiriez, le président de la Ligue, qui mise beaucoup sur l’Euro 2016 et la rénovation du parc des stades pour augmenter les recettes du football français. « En 2014, avec la mise en œuvre des nouveaux stades, la billetterie pourrait passer de 15 à 25 % des recettes », espérait-il.

Les experts jugent cette estimation raisonnable. L’un d’entre eux, qui souhaite rester anonyme, en fait même « l’axe prioritaire de développement de la Ligue », mais aussi de clubs français dont « l’équilibre économique est impacté sur le marché des transferts ». La Ligue 1 a besoin de vendre pour survivre et continuer à se vendre à l’antenne, surtout depuis la montée en grade du rugby, sport positif en termes d’image. Celle des footballeurs, brouillée, est au plus bas. Le grand public leur reproche de gagner trop d’argent. A vrai dire, ce n’est pas tant le salaire des grands joueurs, ceux qui font remporter les matches, qui pose problème, mais davantage celui des joueurs moyens ou remplaçants. Xavier Gravelaine, souvent contesté dans les clubs où il est passé au cours de sa tumultueuse carrière, n’a pas hésité à faire « des sacrifices » pour retrouver une équipe. Son entretien est assez édifiant et pourrait en faire réfléchir certains.

200 joueurs pro au chômage

En achetant Yoann Gourcuff pour 22 millions (plus diverses primes), Lyon s’est offert le plus gros transfert de ce mercato d’été mais également un joueur attractif, cinquième sportif préféré des Français selon L’Equipe Magazine. L’OM, en misant finalement sur Loïc Rémy pour 15,5 millions et André-Pierre Gignac pour 16 millions, s’est renforcé avec deux jeunes attaquants épargnés par la critique. Afin de conclure ces transactions, Marseille a dû toutefois alléger sa masse salariale, poussant ainsi dehors le latéral Laurent Bonnart, trop gourmand. Le joueur est actuellement au chômage, comme près de deux cents de ses collègues, dont l’international François Clerc. Ce dernier n’a pas souhaité revoir son salaire à la baisse – contrairement à son coéquipier Cris – pour prolonger son contrat à l’OL. Le signe que les temps sont durs pour tout le monde.

Curieusement, beaucoup de footballeurs au chômage s’efforcent de rester discrets sur leur situation, de peur, sans doute, d’écorner leur image. Ainsi, Ousmane Dabo « préfère attendre d’avoir trouvé un club pour parler à la presse ». Clerc, lui, « ne ressent pas le besoin de communiquer, nous a expliqué son agent, Frédéric Guerra, car on sait qu’il va trouver un point de chute ». Les chômeurs du ballon rond bénéficient d’un mois supplémentaire pour trouver un club. Un luxe rare, si l’on ose dire, en cette période de sinistrose.



Par Maxime Mianat (avec N. O.)
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