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Jean-Michel Larqué : "Mais sur quelle planète vivent ces gens-là ?"

Football

Publié le 9 juillet 2010 à 06h30
Mis à jour le 9 juillet 2010 à 08h55

Dans un nouvel opus au vitriol, en librairie aujourd’hui (vendredi), Jean-Michel Larqué décrypte le fiasco des Bleus en Afrique du Sud, qu’il a largement anticipé.

« Si tout le monde attend Laurent Blanc comme Dieu le Père, on va vite déchanter », assène d’entrée Jean-Michel Larqué, 63 ans, de sa chambre du Cap, qui donne sur le Green Point Stadium. L’ancien capitaine de Saint-Etienne (7 fois champion de France) et des Bleus continue d’affûter ses crampons sur TF1 et RMC. Remonté contre Domenech, la FFF et les joueurs, il publie, sept mois après Vert de rage, Les Secrets d’un fiasco (éd. du Toucan), toujours en collaboration avec Hugues Berthon et Jean Rességuié. Le constat du président du district des Pyrénées-Atlantiques est accablant.

France-Soir. Que vous inspire le niveau général du Mondial ?
Jean-Michel Larqué.
C’est un ton au-dessous en qualité technique et en homogénéité des équipes que la Ligue des champions. Mais les émotions restent, comme celle de la Corée du Nord au moment de marquer face au Brésil et qui semblait jouer sa vie. J’ai aimé aussi la générosité des Etats-Unis, du Japon, de la Corée du Sud ou du Mexique, malgré leur élimination. Ils ont fait preuve d’un enthousiasme rafraîchissant. La déception des Bleus est là : au lieu de se livrer à 200 %, ils ont donné l’impression de venir remplir une corvée.

F.-S. Se faire sortir dès le premier tour n’a pas dû vous étonner. En introduction de votre ouvrage, vous écrivez : « Je ne hurle pas avec les loups, aujourd’hui. J’ai été le chef de cette meute, il y a longtemps déjà. J’ai crié avant tout le monde. Personne ne m’avait entendu à ce moment-là. »
J.-M. L.
Ce que l’équipe de France a produit en Afrique du Sud s’inscrit dans la droite ligne de ce que je constate depuis la fin du Mondial 2006. Je posais ouvertement des questions, signalant qu’on courait à la catastrophe. Le courrier de menace de Jean-Pierre Escalettes a motivé l’écriture de Vert de rage. Et dire que, au tirage au sort, chacun était unanime pour affirmer qu’on était dans un groupe facile. Hélas ! de la liste 30 à la préparation d’une rare indigence, tout a été bâclé. Tignes, Lens, la Tunisie, la Réunion : ça fait peur. Est arrivé ce qui devait arriver.

F.-S. Les insultes d’Anelka et la mutinerie dans le bus n’étaient tout de même pas prévisibles…
J.-M. L.
Là, on a atteint l’inimaginable. Même le pire adversaire des Bleus ne pouvait pas le souhaiter. J’ai croisé beaucoup de supporteurs en Afsud. Ils avaient honte, étaient effondrés. Je me souviens d’un couple qui avait économisé deux mois et demi de salaire pour les encourager. Désormais, c’est le mode de gouvernance de la Fédération qu’il faut changer. Malheureusement, je n’y crois guère. Les membres du conseil fédéral ne se remettent jamais en question. La FFF n’a pas eu un soupçon de lucidité alors que, en période de crise, il convient d’essayer d’avoir un temps d’avance sur les événements. Rendez-vous compte : pendant les quatre heures du conseil fédéral convoqué en urgence après le Mondial, à aucun moment les épisodes de Knysna n’ont été évoqués ! L’objet des discussions s’est concentré sur des candidatures éventuelles à la présidence. Mais sur quelle planète vivent ces gens-là ?

« Domenech est fort avec les faibles et faible avec les forts »

F.-S. Vous prétendez que le mode de fonctionnement de Domenech, dès l’instant où il dispose d’un minimum de pouvoir, repose sur l’humiliation et la terreur…
J.-M. L.
Il a l’art d’abaisser les gens, par des réflexions désagréables. Il est fort avec les faibles et faible avec les forts. Dès sa prise de fonctions, il a viré les anciens mais aussi fait le ménage dans le staff médical, et même le cuisinier ! Domenech était censé participer aux réunions avec la DTN, il ne venait pas. Il prétend avoir oublié de se lever le jour du bac et en tire une certaine gloriole. Peut-être valait-il mieux qu’il ne se présente pas à l’examen… Je l’ai croisé la première fois tandis que je disputais la finale de la Coupe de France, lui venait d’être battu par les juniors de Saint-Etienne. On a été coéquipiers en équipe de France et adversaires en club. L’intelligence dont il se prévalait, elle était bien cachée.

F.-S. Vous assurez également que son staff était composé de « fainéants »…
J.-M. L.
Mais c’est vrai ! Ils ne faisaient pas leur boulot. Pas un, par exemple, n’est allé superviser en Argentine Gonzalo Higuain qui, né à Brest, aurait pu jouer pour les Bleus. Ils se sont contentés de le préconvoquer et il n’a pas choisi la France. Quant à Bruno Martini, il s’occupait des trois gardiens et avait besoin d’un adjoint ! Un Martini qui transmettait les consignes pour les joueurs entrant en jeu. On est dans le folklore, là.

« Philippe Séguin aurait fait un bon président de la FFF »

F.-S. Les joueurs ne sont pas exempts de tout reproche. Vous écrivez que ce sont « des parvenus, mal élevés, qui considèrent que tout leur est du »…
J.-M. L
. Ils ont en effet le sentiment d’être seuls au monde. Impossible, sinon, de disjoncter ainsi. Comment ont-ils pu trouver normal de ne pas aller s’entraîner à deux jours de disputer un match décisif dans la plus grande compétition internationale ? Ils ne représentent qu’eux-mêmes, n’ont pas compris que derrière eux il y a des millions de licenciés. J’ai six employés au district des Pyrénées-Atlantiques. Depuis 2007, le football perd des licenciés. La chute risque de se poursuivre. C’est triste. Les Bleus ne vont pas en souffrir, le bas de l’échelle, lui, va morfler.

F.-S. Comment la FFF doit-elle évoluer ?
J.-M. L.
Un grand commis de l’Etat à sa tête serait l’idéal. Sur le modèle de Fernand Sastre, le dernier grand président de la Fédération. Philippe Séguin aurait été une bonne solution. Jacques Lambert, aujourd’hui, a le profil. Mais je ne crois pas qu’il en ait envie. Il faut changer les choses en profondeur. Ce n’est plus possible de devoir patienter quarante ans avant d’intégrer le conseil fédéral. Une fois arrivés, ils scellent leurs fauteuils ! Le mal est profond. Le père Larqué a passé quatre-vingts ans à la JAB de Pau, jusqu’à sa mort. Il m’a inculqué des valeurs, qui ont été bafouées en Afrique du Sud. S’occuper des petits est un sacerdoce. Pendant que les Bleus étaient dans le bus, j’aurais aimé leur mettre en face une cinquantaine d’éducateurs et de dirigeants du foot qui bénévolement s’occupent de gamins, leur achètent des survêtements, des sandwiches, des boissons afin qu’ils s’amusent. En tant qu’ancien capitaine de l’équipe de France, je souffre et suis écœuré (il s’arrête, au bord des larmes).

Par De notre envoyé spécial au Cap, Arnaud Ramsay
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