France-Soir. Avec six buts en cinq rencontres, vous dominez le classement des buteurs en Premier League. Pas mal pour un milieu de terrain!
Florent Malouda. Je suis dans la forme de ma vie. Déjà, l'an dernier, j'ai accompli avec Chelsea la meilleure saison de ma carrière (14 buts et 15 passes décisives toutes compétitions confondues). Je n'irai pas jusqu'à dire que je me surprends, mais pas loin... Une certitude: je prends un maximum de plaisir. Et ce n'est que le début. Je sens que je monte en puissance. Ma marque de fabrique, c'est la régularité. Il n'y a pas de raison que ça change.
F.-S. Mardi, vous recevez Marseille en Ligue des champions. Quelle est votre ambition de cette épreuve?
F. M. D'abord, terminer premier du groupe. C'est important pour le tirage au sort des tours suivants. L'an dernier, on a été éliminé par l'Inter Milan sans s'en rendre compte! Après, jouer une équipe française reste particulier. On l'avait expérimenté avec Bordeaux. Là, l'OM a perdu son premier match contre Moscou à domicile, on a gagné à l'extérieur: on a l'opportunité de creuser l'écart. Chelsea n'a pas le droit au moindre faux-pas. Le groupe est à notre portée mais on ne sait jamais.
F.-S. Comment, alors qu'il est rayonnant avec Chelsea, Anelka a-t-il pu autant passer au travers au Mondial ?
F. M. Ce n'est pas transposable. Le rendement est différent. Regardez Leo Messi. Avec Barcelone il est meilleur qu'avec l'Argentine. En club, le travail est différent, on a le temps de peaufiner les automatismes, de s'adapter aux systèmes. A part l'Espagne qui joue plus ou moins de la même façon que Barcelone, chaque sélection est différente. Je vous rassure: Nico n'a pas fait exprès de rater son Mondial! Il avait envie d'être bon, de briller, évidemment. Le contexte autour des Bleus n'est pas évident. La suite, on la connaît...
F.-S. Expliquez-nous pourquoi Anelka se soit plaint du fait que Raymond Domenech l'aligne en pointe alors qu'il ne rouspète pas avec Ancelotti ?
F. M. Ce n'est pas un argument valable. A Chelsea, on ne reproche jamais à Nico de décrocher, en Bleu oui. Avec l'équipe de France, on était tout le temps sur son dos. Pas commode pour s'exprimer. Il n'allait pas passer son temps à rétablir des contre-vérités. A la suite de l'Euro 2008, moi aussi tout le monde m'est tombé dessus. On m'a reproché tout et son contraire, sans réelle analyse technique, j'en ai payé le prix.
"Démontrer que ce n'était pas nous en Afrique du Sud !"
F.-S. Avez-vous vous aussi souffert après l'Euro 2008 ?
F. M. Enormément. Ma famille aussi a été touchée. J'ai cru qu'on allait m'envoyer en bagne! Croyez-moi, je reviens de loin. Parfois il faut se mettre à la place des joueurs que l'on critique. Il faudrait une certaine mesure. Anelka n'a tué personne. L'excès a été total. Il est le coupable idéal, le bouc émissaire bien pratique.
F.-S. Anelka a parfois donné l'impression de se moquer des Bleus.
F. M. Mais il aime l'équipe de France. Il aurait pu rester sagement chez lui au lieu de participer au Mondial. Non, il avait envie de s'y illustrer, de jouer avec les copains. Il a remporté l'Euro 2000, il sait combien les Bleus sont importants.
F.-S. Qu'a changé Blanc ?
F. M. Il est très ouvert, nous responsabilise. Il ne fait pas de différence de statut entre les joueurs. J'ai beau être l'un des doyens, ce qui me fait d'ailleurs bizarre, chacun est au même niveau. Il nous aide aussi à évacuer la pression, nous rappelant par exemple que ça ne sert à rien de disputer le match avant dans les têtes. Bref, Blanc fait en sorte qu'on se sente bien en Bleu.
F.-S. Pour l'instant, il a désigné un nouveau capitaine à chaque match. Seriez-vous prêt à la conserver ?
F. M. (il hésite, craignant qu'on veuille lui faire dire « Je veux être capitaine des Bleus »). On ne peut pas refuser d'être capitaine de l'équipe de France. Ce rôle est essentiel, c'est un métier à plein temps. Cela exige une lourde responsabilité et de la pression. Quand ça va mal, c'est un cadeau empoisonné. A Chelsea, si Terry a le brassard, je fais partie des leaders avec Drogba, Cech et Lampard. Après, quel que soit le capitaine, l'essentiel est d'être bon sur le terrain. Pour la Guyane, en tout cas, ce serait un message fort. Je me souviens de l'impression quand Bernard Lama (Guyanais lui aussi) gardait les buts des Bleus. J'étais à Rémire, debout dans le salon, durant la Marseillaise, le son à fond.
F.-S. Vous avez marqué le seul but des Bleus en Afrique du Sud. Repensez-vous parfois à Knysna ?
F. M. Je me suis fait chambrer sur notre parcours, il faut assumer. Plutôt que de me mettre la tête sous l'eau, j'ai affronté la vie. Chercher à gommer tout ce qui est arrivé serait une grosse erreur. Il faut s'en souvenir pour ne plus commettre de telles erreurs. J'ai aujourd'hui encore plus envie de mordre dans l'existence, pour démontrer que ce n'était pas nous en Afrique du Sud !
F.-S. Avez-vous songé à prendre votre retraite internationale ?
F. M. Jamais. Dire stop après s'être fait taper dessus aurait été la facilité. Plus c'est dur, plus je jubile! C'est un résumé de ma carrière. Je suis encore frais. Et j'ai envie de bien faire. Même si je joue 55 matches par saison avec Chelsea, j'ai envie des Bleus. L'équipe de France ne doit pas être un piège où l'on se demande : qu'est-ce qu'il va encore me tomber dessus! A la lueur de ce que j'ai vu en Bosnie, je suis optimiste. L'implication et la motivation sont là.
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Propos recueillis par Arnaud Ramsay