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Aravane Rezai, un avenir en question

Fed Cup 2012


Aravane Rezai a fait parler d'elle négativement le week-end dernier en provocant une vive polémique en équipe de France. Un an après la douloureuse rupture avec son père, la jeune joueuse de 24 ans est toujours en phase de reconstruction.

Aravane Rezai est en encore période de reconstruction un an après la rupture avec son père
Aravane Rezai est en encore période de reconstruction un an après la rupture avec son père SIPA

Que s'est-il passé le week-end dernier ?

Reléguée dans le Groupe Mondial 2 l'an passé, l'équipe de France a disputé (et perdu 3-1) le week-end dernier un premier tour compliqué de Fed Cup face à la Slovaquie de Dominika Cibulkova (16e joueuse mondiale) et Daniela Hantuchova (20e). Pour cette rencontre, Nicolas Escudé, le capitaine, a fait appel à Pauline Parmentier, Virginie Razzano, Alizé Cornet, Aravane Rezai et la jeune Kristina Mladenovic (18 ans). Vendredi, Escudé annonce son équipe dans laquelle Rezai n'est pas retenue. Vexée, la jeune femme annonce son intention de rentrer à Paris, où elle doit disputer l'Open GDF-Suez pour lequel elle disposait d'une wild-card, avant de se raviser. L'attitude de la jeune femme ne plaît pas du tout à ses coéquipières, mais aussi à Escudé et à la direction du tournoi qui lui retire son invitation. La jeune femme est donc contrainte de passer par les qualifications si elle veut être présente à Coubertin. Dans le soucis de clarifier la situation, la Stéphanoise publie un communiqué sur lequipe.fr vendredi soir : « Le capitaine a jugé que je devais partir et m'en a informée. Il m'a retiré ma wild-card à l'Open GDF-Suez, m'obligeant à quitter le groupe pour aller jouer les qualifications dès demain (samedi). Exclue du groupe, je serai donc avec le public, mais je ne peux accepter les mots du capitaine qui prétend que j'ai quitté le groupe », assure Rezai. Escudé, lui, juge ses propos « incohérents ». Ancien grand reporter au journal L'Equipe, Alain Deflassieux, a suivi durant de nombreuses années le tennis pour le quotidien sportif. Présent mardi à Coubertin à l'occasion d'une table ronde autour de l'évolution du tennis féminin,  il a accepté de décrypter l'incident. « Si on le prend au premier degrés, on se dit :  elle est dans l'équipe, la Fédération a beaucoup fait pour elle après ses problèmes. Elle ne joue pas très bien, il faut qu'elle se reconstruise. Son comportement n'est pas normal. D'un autre côté, quand on voit à quel point le tennis s'est professionnalisé... c'est dans les tournois qu'on fait son classement, qu'on gagne sa vie. Elle sait que l'Open GDF-Suez vient juste derrière, elle avait une wild-card. Elle se dit au lieu de rester là à regarder les autres, elle ferait mieux de rentrer à Paris et de s'entraîner pour ce tournoi ». Pour le journaliste, « Gasquet a fait un peu la même chose il y a quelques temps, on ne lui en a pas voulu. Il ne faut pas trop monter ça en épingle. On doit la laisser se reconstruire ».

Sera-t-elle sanctionnée ?

A priori la Fédération Française de Tennis (FFT) ne prendra pas de sanctions contre Aravane Rezai. Alexandra Fusaï, responsable du haut niveau féminin à la FFT nous l'a confirmé ce mardi à Coubertin. « Cet épisode est difficile à accepter car il y a un état d'esprit à avoir en équipe de France. Toutefois, aujourd'hui, on ne va pas accabler Aravane. On avance. Elle était là-bas (en Slovaquie), elle n'a pas refusé d'y aller. Elle est dans une période difficile, en pleine reconstruction personnelle et au niveau sportif. Pour l'instant Aravane est en difficulté ». Selon Fusaï, si sanction il doit y avoir, elle viendra de Nicolas Escudé. « C'est le capitaine qui décide. Après, il faut qu'Aravane s'entraîne dur, joue des tournois. Si elle mérite d'aller en équipe de France, ce sera au capitaine et à son staff de discuter avec elle. Il faut aussi qu'elle discute aussi avec les joueuses, car il y a eu un malaise. Elle s'est excusée, elle a regretté. On ne peut pas lui fermer la porte de l'équipe de France ».

Quelles conséquences pour son image ?

En terme d'image, ce comportement pourrait avoir de conséquences graves, notamment auprès des partenaires de la jeune joueuse. Alain Deflassieux lui préfère minimiser l'incident. « Il ne faut pas non plus en faire tout un drame. Dans le tennis, depuis 40 ans, j'en ai connu des joueurs, des joueuses qui ont des personnalités à part. Au court de leur carrière, il y avait des incidents, des soubresauts, des choses qui se passent comme ça. D'accord, elle s'est mal comportée, mais ce n'est pas très grave ». Pour GDF-Suez qui accompagne la jeune femme depuis sa rupture avec sa famille, l'incident n'aura pas non plus de conséquences sur le contrat qui les lie à Rezai. « Notre rôle est de la soutenir, dans les bons comme dans les mauvais moments, explique-t-on du côté du partenaire historique du tennis féminin français. Nous suivons Aravane de près. Nous ne jugeons pas ses performances. La seule chose qui pourrait remettre en cause notre partenariat, c'est la notion de dopage ».

Peut-elle revenir à son meilleur niveau ?

Reste la question essentielle : Aravane Rezai peut-elle encore redevenir la joueuse qui a atteint la 15e place mondial en 2010 et qui s'était imposée à Madrid puis à Bastad cette même année ? Pour Alain Deflassieux, pas de doute : si Rezai, tombée à la 123e place mondiale, parvient à enchaîner les bons résultats, elle reviendra. « Elle est encore assez jeune, elle a un potentiel phénoménal. Il lui manque de  la discipline dans son jeu. Sur le plan de la qualité des frappes et de l'envie elle a ce qu'il faut. Ce n'est pas une fille qui a peur, au contraire; quelques fois elle était un peu trop sûre d'elle. Il faut qu'elle ait l'envie de s'en sortir, assure le journaliste. Je crois que maintenant elle est assez sérieuse sur le plan de la préparation physique. Elle a une certaine expérience et si au fond d'elle même elle se dit qu'elle peut y arriver, si elle fait ce qu'il faut pour ça, elle y arrivera. L'épisode de la Fed Cup va passer ». Nathalie Dechy, ancienne numéro 11 mondiale, désormais membre du comité de pilotage de Roland-Garros ne veut pas « entrer dans la polémique » mais donne quelques éléments pour comprendre la situation de la Stéphanoise : « Aravane avait un fonctionnement. Il était unique et à bien marché à un moment. Quand elle a voulu en changer, elle s'est retrouvée perdue mentalement, c'était dur. Il faut qu'elle arrive à se reconstruire et à trouver un fonctionnement qui lui convient. Est-ce qu'on peut dire que mentalement elle est faible ? Non, je la trouve très courageuse d'avoir osé faire ces changements-là ».

Par Syanie Dalmat
 

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