AccorHotels et Courtepaille accusés de discrimination: le gouvernement opte pour la stratégie du "name & shame"

AccorHotels et Courtepaille accusés de discrimination: le gouvernement opte pour la stratégie du "name & shame"

Publié le :

Mercredi 15 Mars 2017 - 12:21

Mise à jour :

Mercredi 15 Mars 2017 - 16:20
Pour mettre la pression sur deux entreprises jugées peu enthousiastes à l'idée d'améliorer la lutte contre les discriminations à l'embauche, le gouvernement a choisi de les accuser nommément. Cette pratique, connu dans le monde anglo-saxon du "name & shame" n'est pourtant pas courante dans l'Hexagone.
©Kacper Pempel/Reuters
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La rédaction de FranceSoir.fr

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Sur la liste des accusés, deux noms: AccorHotels et Courtepaille. Leur faute selon la ministre du Travail Myriam El Khomri? Avoir pratiqué des discriminations ethniques à l'embauche pour leurs personnels et ne pas avoir cherché efficacement à corriger la situation malgré la demande des autorités.

Si beaucoup voient derrière ce cas un exemple de plus du réel problème de la discrimination à l'embauche pour certaines catégories de population, l'affaire a aussi été un exemple d'une pratique encore rare, mais pas inédite en France le "name & shame", littéralement parlant "nommer et susciter la honte". Le principe: la force publique assume maintenant clairement de nommer précisément des entreprises condamnées ou pointées du doigt, dans le but possible d'inciter le changement par la mauvaise image suscitée par la dénonciation.

Ce n'est pas la première fois en France qu'un membre du gouvernement se permet ainsi de donner des noms précis d'entreprise. En 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, avait livré la liste de plusieurs entreprises accusées de pratiquer des délais de paiement excessifs envers leurs petits fournisseurs.

Cet usage reste pourtant peu commun dans l'Hexagone. Il est par contre largement plus répandu dans le monde anglo-saxon et notamment outre-Atlantique où le "name & shame" dépasse largement les frontières des seules questions économiques ou politiques puisque la pratique s'est largement structurée dans le grand public pour dénoncer aussi bien les pédophiles que les repris de justice. En France, des associations féministes dénonçant des entreprises dont les publicités sont jugées sexistes, ou des collectifs de précaires pointant du doigt les entreprises utilisant à l'excès des stagiaires pratiquent le "name & shame" depuis au moins dix ans.

Les entreprises au centre du "name & shame" de Myriam El Khomri semblent en tout cas embarrassées de voir leur nom ainsi citée. AccorHotels a admis que "les résultats de ce testing, qui a porté sur 38 hôtels en France, sont clairement insuffisants" et a jugé la démarche du ministère du travail "constructive". Courtepaille continue de plaider la bonne foi: "Le testing (l'envoi de faux CV avec des profils fictifs bien différenciés, NDLR) s'était pourtant bien passé. Des risques avaient été identifiés sur les restaurants mais deux plans d'actions ont été envoyés en début d'année, sans aucun retour du ministère".

Les noms des entreprises ont été publiquement révélés par le gouvernement pour faire peser une forme de pression.


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