D'Uber à Take Eat Easy, les travailleurs précaires des nouvelles plateformes de services dénoncent leur statut

D'Uber à Take Eat Easy, les travailleurs précaires des nouvelles plateformes de services dénoncent leur statut

Publié le :

Vendredi 12 Août 2016 - 18:17

Mise à jour :

Vendredi 12 Août 2016 - 18:17
©Nederstigt/Sipa
PARTAGER :

La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

-A +A

Les coursiers de Take Eat Easy, placé en redressement judiciaire, veulent poursuivre la plateforme de livraison de repas devant les prud'hommes. Ils ne sont pas les seuls à protester contre le statut précaire qui leur est imposé.

La chute inopinée de Take Eat Easy (TEE), start-up belge prometteuse de livraison de repas à vélo, qui laisse sur le carreau 2.500 personnes en France, met en lumière le statut d'indépendance très précaire et de plus en plus contesté de ces travailleurs "ubérisés".

Le 26 juillet, TEE a été placée en redressement judiciaire, première victime de la concurrence féroce d'un secteur en plein boom.

"Les coursiers commencent à se poser des questions sur la viabilité du système", explique à l'AFP Matthieu Dumas, 22 ans, ex-employé de la start-up, à la tête du premier collectif de travailleurs "ubérisés" en France.

Ce collectif est né fin juillet d'une "prise de conscience" et "après un email de TEE annonçant à ses prestataires que les bonus pour les week-ends travaillés et les tarifs minimum garantis par créneau horaire étaient supprimés, ce qui faisait passer mes revenus mensuels de 1.800 à 1.200 euros", ajoute-t-il.

Matthieu ne croit plus au "modèle Uber", mastodonte américain des plateformes en ligne de VTC qui "capitalise sur la misère" en permettant à des étudiants, jeunes professionnels sans emploi ou chômeurs en fin de droits de trouver une activité rémunérée, pour laquelle les entreprises n'acquittent aucune charge sociale.

"Ces boîtes nous vendent ce statut comme le Saint Graal sans nous parler des inconvénients. Beaucoup de gens sont contents de trouver un job avec un potentiel de 4.000 euros mensuels et des horaires flexibles. Certains perdent tout, car ils ne connaissent pas leurs obligations", déplore Matthieu Dumas.

Ces coursiers, chauffeurs d'Uber ou aides à domicile de l'économie collaborative, relèvent obligatoirement du statut d'auto-entrepreneur.

Ils seraient "80.000 travaillant un peu ou totalement pour une plateforme numérique sur un million d'auto-entrepreneurs en France", selon Grégoire Leclercq, à la tête de l'observatoire de l'ubérisation créé en 2015.

Mais leur rémunération et la possibilité de s'inscrire dans les plannings dépendent souvent d'une "notation opaque". Ils sont soumis à des "strike" (punitions) en cas d'absence ou quand ils se désinscrivent provisoirement. Une semaine de congés et leurs compteurs sont "remis à zéro", avec une protection sociale "a minima" ou inexistante, expliquent à l'AFP plusieurs d'entre eux.

Les revenus sont déclarés au régime social des indépendants (RSI) qui prélève leurs cotisations sociales. Mais "il faut avoir cotisé un an pour prétendre à un remboursement plafonné" et "les délais sont très longs", selon M. Dumas.

Ces prestataires doivent aussi souscrire une "responsabilité civile professionnelle" en cas d'accident avec un tiers, "trop chère" pour beaucoup.

"Plus tu roules, plus tu gagnes, plus tu risques de mourir", résume avec amertume Jérôme Pimot, ancien livreur à vélo de la plateforme internet de livraison TokTokTok.com (TTT), devenu un "sniper combattant l'ubérisation".

L'Observatoire de l'ubérisation concède qu'il s'agit de travailleurs "précaires", "arrivés par défaut", et "par nécessité", "inconscients de ce que suppose leur statut", mais, ajoute-t-il, "on ne peut pas prendre tant que tout va bien et tirer sur l'ambulance quand ça va mal".

La Loi Travail prévoit d'obliger les plateformes à payer elles-mêmes cette responsabilité civile professionnelle pour leurs prestataires qui pourront également se syndiquer, se félicite Matthieu Dumas, même si "ce n'est pas suffisant".

Son "collectif coursier francilien" qui revendique 700 membres entend "fédérer" coursiers et travailleurs "ubérisés" pour défendre un "statut plus protecteur", "à mi-chemin entre auto-entreprenariat et salariat".

Pour Jérôme Pimot le combat est ailleurs: il tente aujourd'hui d'obtenir la "requalification" de son contrat commercial de prestataire de TokTokTok.com en contrat salarié, afin d'obliger la plate-forme à l'indemniser, en faisant "la démonstration du lien de subordination" qu'elle entretient avec ses prestataires.

Mais pour l'avocate de TTT, Marianne Lecot, "il n'y a pas de relation d'employeur à employé car les coursiers sont +libres+ de se connecter à la plateforme quand ils le souhaitent,(...) et de travailler pour d'autres".

Plusieurs autres dossiers ont été introduits ces derniers mois par des indépendants contre des plateformes VTC et par l'Urssaf contre Uber. Une procédure pour "travail dissimulé" visant TEE a été transmise "courant juillet" au parquet de Nantes, après enquête de l'inspection du travail.

 

Les plateformes nient une quelconque subordination, puisque les travailleurs peuvent se connecter aux applications quand ils le souhaitent.

Commentaires

-