Emmanuel Macron va-t-il réussir à profiter de l'embellie économique... malgré le lourd héritage budgétaire de François Hollande?

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Emmanuel Macron va-t-il réussir à profiter de l'embellie économique... malgré le lourd héritage budgétaire de François Hollande?

Publié le 22/06/2017 à 14:34 - Mise à jour à 17:17
© Miguel MEDINA / AFP
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Auteur(s): Jean-Yves Archer, édité par la rédaction

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Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe sont aux commandes pour relancer la machine France, dans un contexte macroéconomique favorable. Mais ils doivent aussi composer avec les erreurs budgétaires du quinquennat Hollande qui ne sont pas effacées avec le départ de l'ancien locataire de l'Elysée. Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, décrypte pour "FranceSoir" les fardeaux qui pourraient rapidement assombrir la dynamique Macron, qui se refuse à un collectif budgétaire.

Emmanuel Macron est un homme chanceux: bien des signes en attestent depuis son accession à l'Elysée. Ainsi, tant le gouvernement Philippe que lui sont sur le point de bénéficier d'une embellie conjoncturelle.

 

> De vrais signaux positifs pour la conjoncture    

En effet, nombre de centres de recherche économique ont corrigé à la hausse leurs prévisions de croissance pour 2017. C'est d'ailleurs la position adoptée par la Banque de France elle-même qui considère désormais que la hausse du PIB sera d'au moins 1,4% pour cette année. Les plus optimistes affichent le chiffre de 1,6%. Ce cap de 1,6% a d'ailleurs été confirmé par l'Insee elle-même via une note de conjoncture datée du 20 Juin 2017. Même si le curseur devait se figer à 1,4%, il y aurait lieu de constater que ce chiffre serait le plus élevé depuis cinq ans. L'embellie est donc tangible.

Par-delà les incontestables tensions géopolitiques, le prix du pétrole demeure dans une fourchette raisonnable en se situant autour de 50 dollars le baril. Ainsi, la hausse initialement programmée est plus faible que prévue et ne devrait pas trop attenter au pouvoir d'achat ,donc à la consommation des ménages. Autre élément favorable, l'investissement privé a connu une hausse de 1,5% qui s'explique par la reconstitution des marges issue du CICE et aussi par la mesure désormais –et hélas- abrogée de suramortissement. Parallèlement, les entreprises (voir par exemple le secteur du bâtiment et de la construction) continuent de profiter de taux d'intérêt de faible niveau. Pour reprendre la formule consacrée, l'alignement des planètes n'a pas disparu et c'est une véritable opportunité en ce début de quinquennat.

Mais de sérieuses vulnérabilités persistent. Tout n'est pas résolu et nul ne peut ignorer la forte singularité française qui affecte l'emploi (chômage de masse persistant) mais aussi le commerce extérieur. La piètre performance de 2016 "s'explique en partie par des événements exceptionnels (mauvaises récoltes agricoles, difficultés rencontrées dans la chaîne de production d'Airbus, tourisme), ce qui laisse augurer un rebond des parts de marché françaises en 2017 et 2018" (source: Banque de France). Dans ce ciel d'apparence éclairci, il faut noter deux points cruciaux qui sont de véritables cactus sur le chemin du président marcheur.

> Les cactus issus de l'héritage Hollande

Tout d'abord, je suis totalement en phase avec les récents propos de Philippe Trainar, chef économiste de l'assureur-crédit Scor: il est urgent de réformer la fiscalité de l'épargne (instauration promise d'une flat-tax à 30% sur les revenus de l'épargne). Selon mon analyse, cette mesure urgente alliée à l'audit des comptes publics aurait mérité de recourir à un collectif budgétaire. Faute d'abroger la politique fiscale du tandem Ayrault–Hollande de 2013, la France se prive d'une capacité crédible en matière d'attrait des investisseurs nationaux ou étrangers.

Toute aussi préoccupante est l'ardoise laissée par le duo Sapin–Hollande en matière de finances publiques que la Cour des comptes a commencé à débusquer. La France ne sera pas à 2,9% de déficit rapporté au PIB: c'est une fable de la Hollandie crépusculaire qui laisse au président Macron une impasse budgétaire de près de 8 milliards (mesures nouvelles non financées, recettes 2017 exagérées au regard de la réalité, etc). La rectitude politique n'a pas guidé l'élaboration du dernier projet de loi de finances de ce quinquennat étrange et contestable.

Hors considération partisane qui s'estompe devant l'intérêt supérieur du pays, il est crucial de rappeler que nos évolutions budgétaires sont d'autant plus scrutées par les prêteurs que notre dette dépasse désormais 2.200 milliards et 98% du PIB. A ce sujet, certains documents d'agences de notation s'étonnent du non-respect de l'engagement du Premier ministre Manuel Valls de reprendre une partie de la dette de la SNCF. Une omission à 20 milliards pour une entreprise, là aussi, en mal de fonds propres tout comme la filière électronucléaire.

Le budget pour 2018 va donc être complexe car si l'embellie conjoncturelle est effective, elle ne résisterait pas à un énième coup de matraque fiscale qui serait contracyclique et viendrait ainsi altérer la croissance. Comme l'a dit le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, il y a moins de huit jours: "La France reste en retard. La moyenne de la zone euro est de 1,9 % pour 2017: il y a un demi-point de croissance d'écart". Selon son analyse constante, "cet écart de croissance renvoie au besoin de réformes en France".

Tel est bien le défi de la navigation en haute mer du couple exécutif: une conjoncture correcte, des finances publiques plus dégradées que prévu, une croissance en net redémarrage mais relativement chétive au regard des chiffres d'ores et déjà atteints par nos partenaires.

Auteur(s): Jean-Yves Archer, édité par la rédaction


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Le challenge s'annonce plus délicat qu'espéré pour Emmanuel Macron.

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