Emploi: Amazon va embaucher 1.500 nouveaux salariés en France... mais à quel prix?

Emploi: Amazon va embaucher 1.500 nouveaux salariés en France... mais à quel prix?

Publié le :

Lundi 20 Février 2017 - 10:57

Mise à jour :

Lundi 20 Février 2017 - 11:33
Le géant du e-commerce Amazon lance un vaste plan d'embauches dans plusieurs pays où ses entrepôts sont implantés. La France bénéficiera de ce développement massif. Mais des suspicions sur des risques sociaux concernant ces emplois viennent tempérer l'apparente bonne nouvelle.
©Scott Lewis/AFP
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Côté pile, il y a une bonne nouvelle sur le front de l'emploi. Mais côté face, des craintes sur la qualité des postes proposés et le respect de la législation sont à craindre. Le géant américain de la vente en ligne Amazon a en effet annoncé la création en France de 1.500 en emplois en contrat à durée indéterminée pour 2017. L'entreprise de Seattle avait déjà ouvert 1.000 postes dans l'Hexagone en 2016. Ses effectifs pourraient dont passer, en France, à 5.500 salariés à la fin de l'année.

Ces nouveaux employés seront répartis sur les quatre sites existants (Lauwain-Planque, Saran, Chalon-sur-Saône et Montélimar), ainsi celui de Boves, dans la Somme qu'Amazon doit inaugurer en septembre 2017. Sans grande surprise, la majorité d'entre eux seront affectés à la préparation des colis.

Cette annonce sonne comme un présage favorable en garantissant des emplois stables, pour des profils peu ou pas qualifiés, et dans des zones géographiques moyennement attractives (quoique bien connectées et parfois dans des positions de carrefour). Mais Amazon reste sous le coup de nombreuses critiques sur les emplois proposés, aux salaires modestes, et sur des cadences difficiles à tenir. Contrairement aux apparences en effet, les effectifs d'Amazon ne sont pas si pléthoriques qu'il n'y paraît. Des entreprises comme la Fnac ou Darty, dont le chiffre d'affaires en France est proche de celui d'Amazon (entre 2,5 et 3 milliards d'euros environ) emploient chacune… 12.000 personnes (en ayant certes un réseau de magasins physiques), soit deux fois et demi plus qu'Amazon.

De plus la société a annoncé un vaste plan d'embauches de 15.000 personnes en Europe dont la France ne profite finalement que modestement. Le principal bénéficiaire sera le Royaume-Uni avec pas moins de 5.000 embauches, passant ses effectifs à 24.000. Or, fin 2016, l'entreprise était accusée d'exploiter ses salariés dans ce pays, obligeant ceux d'un site basé en Ecosse à dormir dans des tentes pour économiser sur les coûts de transports, et de faire appel à des sous-traitants pour la livraison dont les chauffeurs sont payés –après charges– entre 3 et 5,7 euros de l'heure.

D'autant que la firme américaine pourrait être tentée de mettre la pression sur ses salariés pour améliorer des chiffres colossaux en surface mais jugés décevants en réalité par les marchés. Au quatrième trimestre en effet, Amazon se réjouissait d'avoir réalisé sur cette période stratégique –englobant Noël– un chiffre d'affaires en hausse de 22,4% à 43,74 milliards de dollars (40,65 milliards d'euros) pour un bénéfice de 749 millions de dollars, soit 696 millions d'euros. Or, cela ne représente une marge "que" de 1,7% , pour ce moment faste (et crucial) de l'année. La sanction des marchés ne s'était pas fait attendre et l'action d'Amazon avait décroché. Autre signe inquiétant, Amazon, avant d'annoncer son plan d'embauches, sortait tout juste de deux semaines d'une étrange campagne, proposant à ses salariés en CDI une prime allant de 2.000 à 8.000 euros pour… démissionner. Officiellement, l'entreprise voulait soutenir ses salariés souhaitant prendre un "nouveau départ". Officieusement, les syndicats s'inquiétaient d'une démarche visant à écarter les employés les moins "motivés" (et donc les moins susceptibles à se plier aux cadences), avant de repartir vers une campagne d'embauche de nouvelles recrues.

Les effectifs d'Amazon seront de 5.500 personnes en France à la fin de l'année 2017.


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