La France et l'Afrique: nouvelles perspectives et vieux réflexes

La France et l'Afrique: nouvelles perspectives et vieux réflexes

Publié le :

Mardi 28 Novembre 2017 - 12:54

Mise à jour :

Mardi 28 Novembre 2017 - 15:29
Emmanuel Macron est en déplacement au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Ghana. Il espère pouvoir proposer sa nouvelle vision d'un "partenariat renouvelé" à un continent qui évolue sans doute plus vite que certains réflexes français de gestion des dossiers "africains". Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, développe pour "France-Soir" son analyse de ces nouveaux rapports.
© PHILIPPE WOJAZER / POOL/AFP
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Jean-Yves Archer, édité par la rédaction

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Pour la France, l'Afrique se conjugue à tous les temps. Bien entendu, au passé, compte-tenu de l'héritage colonial controversé, de l'ère Foccart, notamment dans la partie occidentale du continent ou dans le Maghreb. Au présent car nos échanges culturels, économiques et sociétaux sont importants sans oublier l'apport de la France à la sécurité du continent: je songe ici au rôle éminent de nos troupes dans le Sahel et aux divers traités d'entraide militaire.

Pour le futur, l'Afrique est sur le point de décoller et son taux de croissance moyen (4 à 5%) est presque le double de celui de la zone euro. Autant dire que l'alliance entre des ressources naturelles précieuses (uranium, diamant, terres rares, bois, pétrole, etc), une forte démographie (une population en passe de doubler d'ici à 2060) et des capitaux plus abondants qu'auparavant sont autant d'atouts dont la résultante sera probablement exceptionnelle. La croissance des IDE (investissements directs à l'étranger) de pays comme la Chine et la Russie entres autres vers l'Afrique sont impressionnants. Ainsi, le cas de l'Ethiopie reflète clairement la volonté du régime de Pékin en matière d'achats de surfaces agricoles ou d'aides à l'industrialisation.

Dans cette course à l'investissement en Afrique, la France ne semble pas remplir un rôle aussi éminent qu'elle le pourrait. C'est regrettable. Parallèlement, la tentation de ne voir l'Afrique comme un simple trésor de ressources naturelles demeure dans certaines démarches de grandes puissances. Concernant la compétitivité de la France, on retrouve une question de positionnement de nos gammes de produits. Les automobiles japonaises et allemandes sont loin devant nos constructeurs nationaux en Afrique de l'Ouest. En revanche, il faut signaler le décollage, en tant que producteurs, de l'Afrique du Sud et du Maroc avec la présence notable de Renault.

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La France demeure présente au plan économique dans de nombreux pays notamment grâce à Total et au groupe Bolloré. Incontestablement, l'industriel breton a su tisser un réseau de partenaires particulièrement fécond même si tout n'est pas simple dans cet univers du commerce international comme l'a démontré l'analyste Antoine Glaser (source Fayard) qui stigmatise l'arrogance française. Pour certains, Bolloré Africa c'est la résurgence de la Françafrique et d'une conception déséquilibrée des échanges. D'autres analystes affirment le contraire en tenant compte des transferts de technologie depuis l'Hexagone vers le Sud. On serait tenté de rajouter que Vincent Bolloré sait choisir avec soin ses collaborateurs tels que Michel Roussin, ancien fidèle de Charles Pasqua, ancien ministre de la Coopération, etc. Autant dire un vrai "ami" des Africains dont les plus humanistes. Ce qui peut être gênant, c'est lorsque des grands groupes privés français bénéficient indirectement de l'aide au développement qui n'atteint toujours pas, globalement, 0,7% de notre PIB.

Jean-Yves Le Drian est lui aussi un sérieux ami de l'Afrique et il saura initier le président Macron qui sait d'ores et déjà que l'on ne réussit en Afrique qu'à condition de nouer des liens personnels voire philosophiques. Or, Emmanuel Macron manie fort bien les codes de la philosophie moderne et de l'humanisme inter-civilisationnel. Il suffit de voir la totale pertinence de la nomination du diplomate "envoyé spécial" au Sahel récemment en place, l'ambassadeur Jean-Marc Châtaigner. Pour l'heure, on distingue mal les piliers de la politique africaine d'Emmanuel Macron –son déplacement va précisément nous y aider– mais on peut tabler sur une certaine continuité et surtout sur une fascination du jeune président pour l'Afrique. Digne de celle de François Mitterrand ou de Valéry Giscard d'Estaing.

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L'Afrique de notre futur commun reste à inventer. Il faut continuer de tordre le cou au canard de la toujours possible Francafrique. Mais pour avoir oeuvré au Cameroun et au Gabon, je conclurai en disant que travailler en Afrique, c'est respirer à pleins poumons l'air de la rue et partager cette fébrilité d'une foule qui veut désormais clairement rentrer dans le concert des Nations.

Emmanuel Macron souhaite proposer sa vision d'un "partenariat renouvelé".


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