Programme d'Emmanuel Macron: le paritarisme dans le viseur du candidat d'En Marche!

Programme d'Emmanuel Macron: le paritarisme dans le viseur du candidat d'En Marche!

Publié le :

Mardi 07 Mars 2017 - 15:52

Mise à jour :

Mardi 07 Mars 2017 - 20:49
© ERIC PIERMONT / AFP
PARTAGER :

Jean-Yves Archer

-A +A

Si le programme dévoilé par Emmanuel Macron apparaît relativement classique dans bien des domaines, il porte une véritable "bombe" qui a été assez peu commentée par les observateurs: un rejet du paritarisme pour les retraites, le chômage ou la formation professionnelle qu'il veut remplacer par un système intégralement étatisé, court-circuitant les syndicats. Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, décrypte en partenariat avec "FranceSoir" le projet du candidat.

Lors de l'annonce jeudi 2 mars de son projet –davantage que de son programme d'ailleurs–, Emmanuel Macron a été relativement classique dans les domaines de la sécurité ou de l'éducation. En matière économique, il a avancé –à découvert cette fois– sur trois sujets: les retraites, l'assurance-chômage et la formation professionnelle.

Ces trois sujets de haute importance ont un point commun dans sa vision des choses: il ne croit plus au paritarisme et dégaine l'arme de l'étatisation.

Pour l'assurance-chômage, le payeur va être le décideur. Autrement dit, l'Etat qui assure les fins de mois de l'Unédic (tout en lui imposant plusieurs contraintes) veut imposer une réforme majeure consistant à élargir la couverture de l'assurance-chômage aux indépendants, commerçants et professions libérales.

Pour l'heure, nul ne s'est hasardé à un chiffrage précis (pas même le candidat…) de cette mesure qui parait beaucoup plus simple à énoncer qu'à mettre en œuvre. Impulsée par une future loi, elle va à l'encontre de la gestion paritaire de l'Unédic et sera un point de friction entre le président Macron et les représentants syndicaux, tant patronaux que des salariés.

En toute logique, c'est une forme de nationalisation rampante de l'Unédic tout comme la réforme des retraites que veut amorcer Emmanuel Macron. Souhaitant se diriger vers un modèle à la scandinave où la retraite est assurée par un système de points, il veut ainsi supprimer –sur près de 20 ans– les inégalités entre le public et le privé.

Impossible de concevoir cette réforme sans une loi-cadre complexe dont les syndicats catégoriels ne voudront pas entendre parler. Qui imagine la réforme des régimes spéciaux de la SNCF votée par une nuit d'été de l'année 2017?

Là encore, Emmanuel Macron dévoile son fort penchant pour l'étatisme et se rapproche d'un Juppé cuvée 1995 "droit dans ses bottes".

Dernier point à évoquer: la réforme de la gestion paritaire des quelques 32 milliards de la formation professionnelle. Issue de la loi de 1971 propulsée par Jacques Delors alors conseiller du premier ministre Chaban-Delmas, la formation professionnelle est mal orientée et s'adresse à un public d'insiders (qui ont déjà un job) par opposition aux besoins clairs et urgents de reconversion des chômeurs.

Pour changer de cap, la loi de mars 2014 a été un quasi-échec du fait de partenaires sociaux solidement attachés à leurs rentes de situation dans ce domaine-clef.

Autant dire qu'il faudra un vrai décapsuleur législatif pour parvenir au projet esquissé par Emmanuel Macron. Bref, un outil coercitif pour le paritarisme qui a certes des défauts mais est toutefois un des piliers du dialogue social dans une nation moderne.

Emmanuel Macron envisage un système par points entièrement géré par l'Etat, sans les syndicats.


Commentaires

-