Remaniement ministériel: l'industrie de nouveau au cœur des préoccupations?

Une promotion et deux nouveaux

Remaniement ministériel: l'industrie de nouveau au cœur des préoccupations?

Publié le :

Samedi 25 Novembre 2017 - 14:02

Mise à jour :

Samedi 25 Novembre 2017 - 14:08
Emmanuel Macron a procédé comme prévu à un (mini) remaniement ministériel vendredi. Benjamin Griveaux devient porte-parole du gouvernement, le député Olivier Dussopt est nommé aux côtés de Gérald Darmanin et Delphine Gény-Stephann aux côtés de Bruno Le Maire. C'est sur ces deux derniers noms, qui remettent l'industrie au premier plan, que Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, apporte son analyse à "France-Soir".
© Jean CHISCANO / SAINT-GOBAIN/AFP/Archives
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Jean-Yves Archer, édité par la rédaction

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Le remaniement a donc eu lieu. Il a pour finalité de renforcer Bercy et pour modalités de respecter les équilibres politiques et paritaires en nommant des personnalités issues de la gauche et aussi de la société civile.

Olivier Dussopt (PS), en charge de la Fonction publique, devra réussir à s'insérer dans le dispositif piloté par Gérald Darmanin, qui est connu pour être sourcilleux lorsqu'il s'agit de ses prérogatives. Bon courage au jeune promu qui ne manque ni de talent ni surtout d'une vraie densité intellectuelle.

Pour tout dire, la nomination d'Olivier Dussopt laisse toutefois davantage de questions ouvertes car son passé de parlementaire lors de la dernière mandature  sous étiquette PS) n'a pas laissé un souvenir impérissable et ne figurera pas dans les annales de la République.

S'il n'avait pas été un représentant honorable de l'ancienne gauche, aurait-il été repéré? On se souvient de l'interpellation assassine de Ségolène Royal: "Mais qui connait Monsieur Besson?" Ici, l'opinion publique peut sereinement proclamer en chœur: "Mais qui connait ce Monsieur Dussopt?"

Il risque de rejoindre ce lot de ministres qui demeurent des exécutants inconnus du grand public sauf si le président de la République le charge d'une réforme en profondeur de notre Fonction publique. Questions de statut par exemple?

Voir aussi: Benjamin Griveaux porte-parole, Castaner reste au gouvernement

S'agissant de Delphine Gény-Stephann, nommée secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, elle est inconnue du grand public mais fort appréciée dans les milieux professionnels du secteur privé.

Polytechnicienne de 49 ans, et ancienne de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées, elle complète un gouvernement par son parcours académique (une X au milieu des énarques) et par son origine de type "société civile".

Une chose est acquise: l'industrie va enfin trouver son compte dans ce remaniement. Pour une fois, elle n'est pas indirectement dédaignée alors qu'il faut bien reconnaître que son avenir constitue un immense défi pour notre pays. Si le ministère du Redressement productif avait donné lieu à quelques quolibets, il y avait un sens derrière la création de ce département ministériel.

Oui, il me semble la nouvelle Secrétaire d'Etat devrait fort bien tenir la barre d'un Miti (source: définition glossaire international) à la française.

Par sa capacité de travail et par ses fulgurances, elle devrait être à même de piloter un ministère interventionniste dans un univers libéral de type OMC où bien des pays demeurent, dès qu'ils le peuvent juridiquement, d'inspiration protectionniste. Monitorer le CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle – source: Atlantico.fr), négocier avec Bruxelles le contenu finalisé du Plan Juncker, porter le fer dans la croisade pour l'essor de l'intelligence artificielle, etc. Autant de points qui sont aujourd'hui dilués dans la masse de responsabilités d'un Bruno Le Maire qui parait -de temps en temps- fourbu.

L'avantage de la nomination de Delphine Gény-Stephann, c'est qu'elle est passée depuis 2005 par diverses responsabilités, par "l'école" des managers Saint-Gobain chère à son ancien président Jean-Louis Beffa. Elle a ainsi été responsable des Fusions-Acquisitions ce qui lui facilitera les éventuelles futures négociations autour d'entreprises à recapitaliser ou à marier. Je songe notamment aux conditions financières et sociales du dossier Siemens/Alstom. Depuis 2014, elle était en charge de la Direction du plan et de la stratégie d'un groupe multinational actif et prospère.

Elle devrait aussi aisément porter une vision de moyen terme, ne pas se contenter d'arbitrages à la va-vite et ainsi rassurer les industriels qui ne connaissent pas encore avec précision la doctrine Macron en matière de politique industrielle. Le tissu productif ne se résumant pas à la French Tech et au penchant du président pour le monde des start-up. Pour conclure, là où sa nomination ne manque pas de subtilité et de pertinence, c'est que l'impétrante connait déjà Bercy!

Entre 1999 et 2005, elle faisait partie de la Direction Générale du Trésor au sein du département des Affaires internationales. Puis, elle a eu l'opportunité d'occuper le poste de Chef de division au sein de l'APE. L'Agence des Participations de l'Etat dirigée par Martin Vial (époux de la ministre des Armées Florence Parly) est au cœur de la politique de privatisation voulue par le Gouvernement Philippe.

Autant dire que Delphine Gény-Stephann ne sera pas snobée par les hiérarques de Bercy et que le nombre de "cases" qu'elle coche est positivement impressionnant. Après, il y a le vent du large et les aléas ministériels… donc son futur degré de réussite face à certains dossiers épineux.

Delphine Gény-Stephann a été nommée secrétaire d'Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire.

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