Rossignol remonte la pente

Saga

Rossignol remonte la pente

Publié le :

Lundi 26 Octobre 2015 - 12:07

Mise à jour :

Mercredi 28 Octobre 2015 - 17:36
En plus d’un siècle d’existence, Rossignol est passé par tous les états. Du petit atelier régional à la multinationale, le fabricant de skis a connu les délocalisations avant de rapatrier sa production en Isère. Habituée des podiums, la marque s’est affichée aux côtés des plus grands champions.
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La rédaction de FranceSoir.fr

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C’est en 1907 qu’Abel Rossignol, menuisier de son état et passionné de ski, construit sa première paire en bois à Voiron (Isère). Ce prototype sera primé lors d’un concours organisé par le Tourning Club de France --l’ancêtre de l’office du tourisme. Quatre ans plus tard, la production industrielle débute comme branche accessoire de l’atelier d’Abel Rossignol.

Son nom n’est pas encore synonyme de succès. En effet, la renommée de la société s’est construite, au-delà de la qualité de ses produits, sur sa participation aux grands évènements sportifs. Or, les sports d’hiver ne connaissent leur premier essor qu’à l’entre-deux-guerres.

Rossignol s’installe sur les podiums

Ce n’est donc qu’en 1937 que la marque s’associe au premier d’une longue lignée de champions. Lors des championnats du monde de Chamonix, chaussé de ses Rossignol, Emile Allais remporte la descente, le slalom et le combiné. En 1948, Henri Oreiller décroche l’or olympique en descente et en combiné avec les "Olympique 41" tout droit sortis des ateliers de Voiron. A l’époque, seules 8.000 paires de skis sont fabriquées chaque année.

En 1956, l’entreprise est rachetée par Laurent Boix-Vives, un enfant du pays qui a réussi en construisant à Courchevel les premières remontées mécaniques. Comme souvent dans l’histoire de Rossignol, le rôle d’un grand champion est déterminant puisque c’est Emile Allais qui aurait introduit Laurent Boix-Vives auprès du fabricant.

C’est sous son influence que Rossignol prend réellement son envol. Les trois décennies suivantes seront celles de l’innovation, du développement international, de l’âge d’or de la marque. Le bois laisse sa place aux alliages métalliques comme produit de base pour la fabrication des skis, une première mondiale.

En 1960, Jean Vuarnet, équipé par Rossignol d’"Allais 60", remporte en ski alpin la seule médaille d’or tricolore des J.O. de Squaw Valley (Etats-Unis). L’entreprise française est reconnue pour son savoir-faire mais ne va pas s’arrêter là. Dès 1964, Rossignol innove à nouveau en lançant le "Strato", premier modèle de ski en fibres de verre, qui sera renouveléjusqu’en 2011. Le "Strato" est devenu une référence aux pieds d’un autre grand skieur français, Jean-Claude Killy, fort de 15 titres internationaux.

L’entreprise profite de ce succès pour s’internationaliser. Des points de vente et de production sont créés en Europe. En France, une seconde usine s’installe à Saint-Etienne de Crossey (Isère). En 1967, Rossignol rachète la marque d’équipement de sports d’hiver Dynastar. Dans les années 1970, grâce à son implantation sur le marché américain et la fabrication de skis de fond, la société devient le plus gros producteur mondial dans son domaine.

Une douloureuse remontée

Les années 1990 voient la société se diversifier. Chaussures de ski et fixations, snowboards, textile, raquettes de tennis, rollers, équipement de golf… via des rachats d’entreprises ou son propre développement, Rossignol s’attaque à de multiples domaines. Malheureusement cette période est aussi celle du recul économique. A l’époque l’entreprise emploie 2.900 salariés dans trois usines à Sallanches (Isère), Voiron et en Espagne mais accuse déjà un déficit d’environ 10 millions d’euros. Le marché s’essouffle et en 1998 l’usine historique de Voiron ferme.

C’est donc bien volontiers qu’en 2005, la société accueille l’OPA (offre publique d’achat) amicale de Quiksilver. L’entreprise australienne compte ainsi créer un géant de l’outdoor (vêtements et équipement pour les sports en extérieur). Rossignol est acquis pour 241 millions d’euros. Ambitieuse, cette prise de contrôle ne sera pas couronnée de succès et plusieurs années difficiles attendent alors Rossignol. L’usine de Saint-Etienne de Crossey ferme à son tour. L’hiver 2006-2007 est marqué par un faible enneigement, ce qui plombe un peu plus les comptes.

Dès 2007 Quiksilver cède la branche golf de Rossignol et délocalise une partie de la production à Taïwan. En 2008, rattrapé par la crise,l’Australien brade l’entreprise à 40% de son prix au consortium Chartreuse & Mont Blanc, dirigé par Bruno Cercley, un ancien de Rossignol. Le second rachat sera le bon. Après une cure d’austérité drastique de deux ans, Rossignol publie en 2010 des résultats positifs. Ayant réduit ses volumes,l’entreprise se permet même de rapatrier à Sallanches la production taïwanaise.

L’entreprise redressée, Chartreuse & Mont Blanc a à son tour cédé le contrôle de Rossignol au fond d’investissement norvégien Altor en juillet 2013. Le nouveau patron compte développer la branche textile, jusqu’ici très minoritaire. Pour l’instant, Rossignol emploie 1.205 personnes dont 691 en France. Son usine de skis de Sallanches est la dernière du genre en France. Malgré ses années noires, Rossignol avait réalisé, au 31 mars 2014, un chiffre d'affaires de 223 millions d'euros. 

 

Abel Rossignol sur ses propres skis en bois.

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